Misia, ambassadrice des « Années Folles »

Edouard Vuillard, Misia Sert et sa nièce, Mimi Godebska. Les Tasses noires, 1925

Misia n’est ni peintre, ni musicienne, ni danseuse, alors pourquoi une exposition en son honneur au musée d’Orsay ? Cette femme de caractère, reconnue comme la « Reine de Paris » mais d’origine russe fut un personnage influent de la vie culturelle française, et plus précisément parisienne de la première moitié du XX ème siècle. Tantôt mécène, tantôt muse, elle incarne, à elle seule les années folles.

Ainsi, le musée d’Orsay, en regroupant certaines des œuvres ayant rapport à Misia, nous plonge dans l’ambiance parisienne de 1890 à 1950.

Misia par Toulouse-Lautrec sur la couverture de “La revue Blanche”

Époque reconnue comme frivole, bien que traversée par une guerre et une crise financière, elle reste symbolisée par l’émergence de la consommation de masse et une émancipation globale touchant aussi bien les mœurs que les codes artistiques. Cette effervescence est en partie due à l’accueil chaleureux d’artistes étrangers, bien souvent russes ou américains à Paris, qui devient le centre d’attention du monde artistique. Chaque domaine est touché par ce renouveau : l’architecture et les arts décoratifs, le music-hall et les variétés, le cinéma et les lettres, le ballet et la mode, la peinture et la sculpture. C’est dans ces six derniers domaines que Misia sera considérée comme une personnalité maîtresse.

Misia et sa coiffeuse, Félix Vallotton, 1898

Si le père et la mère de Misia sont respectivement artiste et fille d’artiste, elle ne présentera d’aptitude à exercer son art de l’interprétation musicale que dans le cercle privée et ne sera liée à la vie artistique que par ses fréquentations. Ainsi son mariage avec Thadée Natanson, fondateur de la La revue blanche lui fera côtoyer des artistes tels que Vuillard, Valloton ou encore Toulouse-Lautrec. Tous sont amoureux d’elle, et Misia devient alors leur muse. On peut donc trouver tout au long de l’exposition de nombreux portraits de cette femme par Vuillard qui portait une fascination sans limites à Misia incarnant à la perfection la parisienne type des années folles (« Misia Sert et sa nièce Mimi Godebska. Les Tasses noires. » Vuillard). La vie de Misia suivant l’émancipation des mœurs caractéristique de l’époque, deux divorces interviennent avant sa rencontre avec José Maria Sert. Ce dernier lui fit découvrir le milieu d’avant garde et Serge Diaghilev, avec qui elle entretiendra des relations très étroites jusqu’à sa mort. Dès lors Misia s’implique vivement dans les Ballets Russes, distrayant les parisiens de 1917 encore sensiblement touchés par la « Grande Guerre ». En effet ces ballets représentent l’archétype du milieu artistique de l’époque car ils réunissent en une seule œuvre les compétences de l’ensemble des artistes phares des années folles : ainsi, les décors de Picasso, la musique d’Erik Satie et le génie touche à tout de Cocteau inspirent considérablement Léonide Massine pour son ballet «Parade», dont un extrait est visible dans l’exposition. 

Edouard Vuillard, La nuque de Misia, 1897-99

Parler alors de réunion pour caractériser l’action de Misia peut être adéquat. En effet, Paul Morand et Gabrielle Chanel la comparaient avec plus ou moins d’ironie au personnage si particulier de Mme Verdurin dans « A la recherche du temps perdu » de Proust : « (…) elle excitait le génie comme certains rois savent fabriquer des vainqueurs, rien que par la vibration de son être, (…) plus Mme Verdurin que la vraie. » Paul Morand)

Cassandre Morelle

Imprimer cet article Imprimer cet article

Commentaires

Copyright © 2013 Zone Critique. Tous droits réservés. ISSN 2430-3097
Lire les articles précédents :
Patrick Bouchaud, Liberté
La course arrêtée

Le passage dit de la course hippique, dans le roman de Claude Simon, La Route des Flandres, est un récit...

Fermer