Dali. L’obsession des inspirations.

Etude pour le miel est plus douce que la sang

Etude pour le miel est plus doux que la sang

Le centre Pompidou se livre jusqu’au 25 mars, et pour la deuxième fois de son histoire, à une rétrospective consacrée à Salvador Dali. Cette fois, c’est à titre posthume que l’on présente son travail, nous permettant ainsi un certain recul face à l’oeuvre majeure que l’artiste nous a légué depuis sa mort en 1984.

Entre modernisme et classicisme

Si les commissaires de l’exposition ont décidé d’orienter leur rétrospective sur le rapport qu’entretient Dali avec la tradition, et cela de manière chrono-thématique, il se dégage également de leur travail une recherche sur tous les éléments qui ont inspiré et surtout influencé l’oeuvre de Dali. Chez lui plus que chez tout autre artiste, ses influences furent hétéroclites et l’ont amené à fournir un travail riche en diversité. Par hétéroclite, j’entends les influences du monde extérieur dont tout artiste est plus ou moins tributaire mais aussi et surtout ce qui constitue son appartenance au mouvement surréaliste, et principalement son originalité, c’est à dire une forme d’auto inspiration.

Portrait de Salvador Dali

Portrait de Salvador Dali

L’exposition organisée de manière chrono-thématique, nous permet ainsi de voir comment les découvertes, les centres d’intérêts divers, les rencontres, le lieu de résidence, et les voyages ont pu influencer le travail. On peut alors être surpris, si l’on ne connaît de

Autoportrait cubiste

Autoportrait cubiste

l’oeuvre de Dali que ses toiles surréalistes aux univers oniriques et torturés, chargés mais fins, de voir à l’entrée de l’exposition à quel point ses premières toiles en sont éloignées, et bien plus proches des courants modernes des années 1915 – 1920. Ainsi l’influence de Picasso et du  cubisme est fortement présente. De nombreuses toiles cubistes émanèrent des mains de l’artiste entre 1922 et 1926 (Nature morte. Pastèque ou encore Autoportrait cubiste en 1923). Que les visiteurs se rassurent si ce sont les œuvres surréalistes de Dali qui les ont attirées dans cette exposition, car dès 1924, l’esprit d’André Breton et de son manifeste métamorphosèrent considérablement l’œuvre du peintre catalan, et ses toiles devinrent alors facilement assimilables  à celles de Jean Arp, et plus que tout de Yves Tanguy. En effet, c’est alors qu’apparaît  un univers onirique, peuplé de créatures imaginaires mais ayant un quelque chose qui peut les faire appartenir au monde réel, et c’est d’ailleurs cela même que l’esprit surréaliste : aller au delà du réel à partir de l’inspiration de l’imaginaire même de l’artiste. Le tournant surréaliste de Dali qui forgea la personnalité de son œuvre, fut matériellement amené, dans un premier temps par son installation à la Residencia Estudiantes en 1922. En effet là bas ses rencontres avec le poète Federico Garcia Lorca et le cinéaste Luis Bunel lui permettront de se créer cet univers onirique qui sera à la base de tous ses tableaux. S’il a donc été dans ses débuts influencé par les courants modernistes (et on le voit dans ses tableaux cubistes), l’influence académique de Dali prendra finalement le dessus. A partir de là, ses toiles se construiront autour d’un constant paradoxe entre le classicisme de la réalisation et la modernité de l’univers. Cependant on peut remarquer que le peintre arrive à maintenir une infime, mais pourtant certaine distance avec le classicisme en réinterprétant la perspective comme De Chirico a pu le faire, technique propre à certains surréalistes.

La majorité des œuvres de l’artiste résulte en effet de la technique qu’il a élaboré : la paranoïa-critique

Soulignons également l’impact de la psychanalyse et des ouvrages de Freud sur le travail de Dali. La majorité de ses œuvres résulte en effet de la technique qu’il a élaboré : la paranoïa-critique. Ce n’est donc pas un hasard si dans la majorité des tableaux, on peut voir des objets à répétition: c’est la matérialisation et la mise à jour de ses obsessions. Grâce à cette méthode de la paranoïa-critique, l’artiste promeut ainsi au public son délire pour éviter d’en devenir une victime. Son soi, son mental, son mal-être est donc aussi une source d’inspiration. Elle est d’ailleurs à l’origine de toute son œuvre. L’un des exemples flagrant de cette matérialisation des délires de Dali est présent dans Le Jeu lugubre puisque, renvoyant aux angoisses sexuelles du peintre, des organes féminins sont présents, avec au centre le visage de l’artiste dont la bouche est représentée par l’une de ses phobies, le criquet.

Le Jeu lugubre

Le Jeu lugubre

De l’histoire de l’art aux sciences dures

Ses rencontres contemporaines ne sont pas les seules sources d’inspirations de Dali. Sa rencontre avec les grands maîtres de l’histoire de l’art le fut aussi. Dali a su très bien se transformer en historien lorsqu’il a par exemple fourni sa propre interprétation du tableau de Millet, l’Angélus. Même encore, ses propres dires le trahissent quand on l’entend en 1960: « En plein chaos anti-réaliste, au moment de l’apogée de l’Action Painting, quelle force que celle de Velasquez ». Est -ce alors pour volontairement se placer en marge des tendances actuelles, ou au contraire pour montrer l’attachement sincère qu’il a toujours eu pour les grands classiques ? La deuxième proposition semble la plus adaptée puisque tout au long de sa « carrière » fertile, on le voit réinterpréter, reprendre, admirer les œuvres classiques, à tel point que dans ses premières toiles il revendique lui même ses inspirations raphaélesques (Autoportrait au cou raphaélesque 1921). Il lui arrive même plus tard de reprendre une peinture du XVI e siècle à l’identique et simplement de lui rajouter des éléments obsessionnels fétiches tels que les montres dégoulinantes, les fourmis … . Aussi en se référant à son Autoportrait au cou raphaélesque, outre sa référence à Raphael on peut voir que l’environnement géographique du peintre et les paysages hispaniques qui l’entourent pendant une grande partie de sa vie ont aussi eu un impact important sur l’oeuvre de Dali, ainsi qu’en témoigne  l’influence des paysage de Figueres et de la Catalogne (où Dali naquit) sur l’oeuvre du peintre.

Autoportrait au cou raphaélesque

Autoportrait au cou raphaélesque

Cependant le travail de l’artiste ne se limite pas à l’histoire de l’art, à la psychanalyse ou aux réminiscences du passé: la science eut également une importance capitale dans la vie de Dali. En effet si son œuvre repose sur du pur irrationnel, rien n’empêche pour autant le peintre de se fasciner pour les sciences dures. Ainsi de l’ADN qui, avec sa structure vrillée et répétitive, a inspiré à l’artiste ses nombreux éléments de répétition. Par ailleurs, dans le tableau « Crucifixion », Dali s’est servi de symboles mathématiques et a placé son christ sur une croix formée de huit cubes, un hypercube. Aussi le personnage féminin présent en bas du tableau se trouve être Gala, sa femme mais plus spécialement sa muse.

Dali n’aurait pas créé l’oeuvre que l’on connait aujourd’hui s’il n’avait pas rencontré Gala

En effet, Dali n’aurait pas créé l’oeuvre que l’on connait aujourd’hui s’il n’avait pas rencontré Gala. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le principal tournant qui eu lieu dans sa peinture coïncide avec sa rencontre en 1929. Elle ne cessera jamais d’apparaître ponctuellement tout au long de sa carrière, dans les diverses œuvres de l’artiste.

Crucifixion

Crucifixion

Enfin la personnalité si particulière de Dali et sa théâtralité sont aussi dues en partie à la fascination qu’il peut avoir pour le pouvoir absolu des dictateurs, cette fascination surmontant ses opinions politiques instables et difficilement déterminables. Il se dit lui même s’installer sur le trône de l’histoire après avoir piétiné le portrait d’Hitler dans son film « Impression de la Haute Mongolie ».

Le message est clair au début de l’exposition: rentrer dans l’oeuf de Dali, c’est rentrer dans un monde à la fois complexe et propre. Au sein de l’oeuf il y a l’artiste lui même, son esprit, ses phobies, ses origines, ses œuvres antérieures qu’il a ensuite reprise, et comme il le dit : « Je réclame une vie dans l’au-delà avec la persistance de la mémoire », l’ensemble de sa vie est une de ses sources d’inspirations principales. Mais au delà, son entourage et ses centre d’intérêts aussi diversifiés que nombreux sont tous à l’origine du Dali et de son lègue aujourd’hui.

Cassandre Morelle

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