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La clôture des merveilles

Lorette Nobécourt

Lorette Nobécourt

Lorette Nobécourt nous fait une double offrande cette année en nous proposant à la lecture deux romans publiés simultanément aux éditions Grasset : Patagonie intérieure et La clôture des merveilles. Une vie d’Hildegarde de Bingen. 

2013

Mai 2013

Écoutons d’abord Lorette Nobécourt sur les ondes radiophoniques parler du premier livre qui retrace son voyage au Chili, aux confins de la terre, où se révélera le secret de sa propre géographie intime :« Ce n’est pas un paysage, c’est une porte qui ouvre à l’intérieur de soi. » Franchissons cette porte et dirigeons-nous vers “ce qui en soi est plus grand que soi”. Acceptons que “cet espace intérieur soit la seule issue possible d’un horizon maximal.”

Laissons-nous ensuite prendre par la main et suivons la romancière, fascinée et exaltée, nous guider derrière les murs, qu’elle rend transparents, des monastères où Hildegarde vécut et ceux qu’elle fonda. Assistons comme aux premières loges au parcours initiatique, monastique, charnel, visionnaire et spirituel depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, d’une femme cloîtrée, au Moyen Âge, une grande partie de sa vie mais qui agit toujours dans le sens de sa liberté, celui impératif de faire fructifier la vie. Devenons les témoins discrets de l’éclosion du désir d’Hildegarde pour la Nature, pour une femme, pour l’écriture et pour Dieu. Tombons nous aussi amoureux de la vie qui nous désire depuis toujours. Souvenons-nous grâce à ce livre de “l’éclatant honneur d’être réellement en vie.”

Naviguons pour cela dans les eaux spirituelles d’Hidegarde de Bingen, moniale du XIIème siècle, thérapeute, médecin, mage, exorciste, prophète, écrivain, musicienne, proclamée en 2012 par le pape Benoît XVI quatrième femme docteur de l’Eglise. « Elle fait l’expérience de l’intériorité, l’expérience affective du sacré, hors de tout dogme. Ce qui fait d’elle une femme hors du commun. Elle se tient dans un état d’insoumission radicale, incarnant une liberté sans pareille au XIIe siècle. » confie Lorette Nobécourt à un journaliste de presse écrite.

Laissons l’écrivain-biographe nous inviter encore une fois (on retrouve cette invitation au cœur des précédents livres de l’auteur) à oser entrer dans la clôture de nous-mêmes, c’est-à-dire le lieu de la “révolution intérieure”, l’endroit de la transparence humaine. Écoutons son appel à nous rendre libres. Mettons-nous dans la peau de l’abbesse qui incarne la subversion par le verbe. Laissons-la nous montrer l’invisible : “le visage de l’éternité”. Entrons avec elle dans “le lieu possible de l’opulence” : la solitude. Attendons avec elle d’être fécondé(e)s par le verbe. Assistons à la délivrance par l’écriture, pour Hildegarde  de l’effort de posséder un corps. Pelotonnons-nous à ses côtés dans “l’utérus spirituel” où s’accomplit une “noce intérieure” entre le masculin et le féminin. Devenons comme Hildegarde (Hild signifiant la bataille, en vieil allemand) des guerriers et des guerrières en nous opposant à nous mêmes pour changer notre aspect intérieur. Ne s’agit-il pas là de la tâche la plus rude pour un homme ou une femme ?

Mourons ou mutons ! Osons faire fructifier ce que nous sommes en suivant notre ligne intérieure, en restant toujours reliés à nous-mêmes dans la quête du mystère que nous portons en nous-mêmes. Rendons-le exprimable ce mystère semblent nous signifier Hildegarde  et l’écrivain.

Approprions-nous les mots de l’écrivain et ceux d’Hildegarde comme nous utiliserions des clefs qui nous serviraient à décadenasser les portes de l’exil où nous nous tenons, séparés des autres.

Inventons notre propre langue ainsi que le fit H. qui accoucha de la lingua ignota, une langue inconnue qui lui fut dictée par Dieu : Sur le branischiaz de sa vie, H., tel un larchizin, un korzinthio, H. écrit la langue d’Aigonz ! (Sur le parchemin de sa vie, H., tel un scribe, un prophète, H. écrit la langue de Dieu !)

Réhydratons-nous avec le verbe émollient d’H. et de l’écrivain-guérisseuse Lorette Nobécourt, buvons les tisanes d’H. dont la science des plantes s’est transmise jusqu’à notre supérette de produits biologiques, écoutons le son qui précède le verbe en nous abreuvant des flots sonores harmonieux des chants de l’extase de l’ensemble Sequentia (chants liturgiques composés par l’abbesse).

N’hésitons pas à plonger notre corps dans le bain thérapeutique qu’est la lecture qui nous sauve de la noyade spirituelle

Et puisque nous sommes en été, n’hésitons pas à plonger notre corps dans le bain thérapeutique qu’est la lecture qui nous sauve de la noyade spirituelle.

Concrétisons notre lecture entraînante en nous inscrivant à l’un des ateliers En vivant, en écrivant (s’agit-il d’un hommage au livre du même nom d’Annie Dillard ?) qu’organise l’écrivain en sa demeure drômoise où nous nous appliquerons “à sentir que l’écriture est avant tout un certain rapport au monde.”

Estelle Ogier

  •  La clôture des merveilles. Une vie d’Hildegarde de Bingen, Lorette Nobécourt, Grasset, 160 p., 14,90 euros
  • À lire aussi : Patagonie intérieure, Lorette Nobécourt, Grasset, 112 p, 12,20 euros
  • Presse écrite citée : propos recueillis par Isabelle Lortholary, article publié le 28/06/2013 dans L’Express
  • Sur les ondes radiophoniques : France Musique, La Matinale, animateur : Christophe Bourseiller, 20/05/2013 ; France Culture, La Grande Table (avec Jean-Christophe Rufin),  animatrice : Caroline Broué, 18/06/2013
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