Braque, la consécration d’un homme de l’ombre

L'oiseau noir et l'oiseau blanc, Braque

L’oiseau noir et l’oiseau blanc, Braque

Du 16 Septembre au 6 Janvier, le Grand Palais héberge l’œuvre d’une vie, celle de Braque. Cette rétrospective sera ensuite présentée au Museum of Fine Arts de Houston. L’artiste défunt, ne s’était pas vu ainsi consacré depuis l’exposition du Musée de l’Orangerie en 1974. Un tel laps de temps entre ces deux rétrospectives est bel et bien le signe que Georges Braque est souvent oublié, délaissé alors que son travail mérite de réellement s’y attarder.

Braque, l’oublié

Compotier et Cartes, Braque, 1913

Compotier et Cartes, Braque, 1913

Pourquoi Braque est il un artiste peu mentionné alors que co-inventeur du cubisme ? C’est justement ce terme de co-invention qui fera de lui un artiste reconnu dans le milieu mais souvent placé au second plan d’un mouvement qui a pour vedette, dans la postérité, un dénommé Picasso. Les mécènes, critiques, et autres proches du milieu de l’art ont participé à cet effacement: Apollinaire, ayant pourtant présenté les premières expositions cubistes regorgeant de ses toiles, ne jurait que par Picasso à qui il opposait un Braque qu’il jugeait trop noble et trop sage dans un mouvement se voulant révolutionnaire dans la manière d’appréhender l’œuvre. Gertrude Stein, la célèbre collectionneuse ayant lourdement participé à la création de l’avant garde et de la génération perdue, a également participé à la dévalorisation de Braque. D’après ses dires: “le cubisme est une conception espagnole” et par conséquent “le seul vrai cubisme est celui de Picasso et Juan Gris“.

Un autre fait est à l’origine d’un tel oubli. 1918 et les années 20 ont vu naître un nouveau mouvement, le surréalisme avec pour chef de fil André Breton, corrélativement au dernier soubresaut du cubisme dont l’histoire se terminera avec la mort d’Apollinaire en Novembre 1918. Si Georges Braque avait pris conscience qu’il fallait faire évoluer sa peinture au delà du cubisme comme le témoigne ses correspondances avec Léonce Rosenberg, il n’a pas pour autant su intéresser. Les surréalistes, malgré les ultimes chances que lui avait laissé Breton, finissent par se détacher de la peinture figée dans le cubisme et maintenant classique de Braque au profit de l’évolution d’un Picasso toujours plus inventif.

Braque réhabilité

La musicienne, Braque 1917-1918

La musicienne, Braque 1917-1918

 

Le Grand Palais s’est donc lancé le défi de faire découvrir au grand public et remettre en valeur l’œuvre du méconnu mais non moins respectable co-créateur du cubisme Georges Braque. Ce n’est pas tâche facile que de présenter avec pédagogie la théorie d’un mouvement populairement connu mais complexe, tout en mettant en valeur le travail de recherche mené par les commissaires, dont Brigitte Leal.

La scénographie de Didier Blin simple mais claire réussit à montrer la progression dans l’œuvre de Braque, l’ajout de cabinets documentaires bien agrémentés permet à la fois de comprendre, situer mais aussi de placer le lourd travail de recherche préalable de manière moins fastidieuse et académique sans pour autant perdre en qualité. Le travail de Brigitte Leal, Gary Tinterow et Alison de Lima Greene constitue un cours d’histoire de l’art accéléré, simple, grand public mais néanmoins complet de la théorie cubiste et de ses trois phases: le cubisme analytique, qui consiste à éclater la forme homogène de l’image et donc défier la perspective traditionnelle, puis les papiers collés qui achèvent définitivement la perspective traditionnelle, et enfin le cubisme synthétique qui rend plus lisible les formes tout en intégrant l’ensemble des évolutions du cubisme.

La scénographie de Didier Blin simple mais claire réussit à montrer la progression dans l’œuvre de Braque

Si de Braque, l’essentiel de l’œuvre est cubiste, le Grand Palais, dans la perspective de la rétrospective, a également réussi à réunir ses premières œuvres fauvistes mais délicates, largement inspirées par Cézanne que l’on ne voit que trop rarement et pourtant d’une qualité sans pareille qui font de la première salle l’une des plus spectaculaires. La dernière section n’en n’est pas moins émouvante présentant l’ultime travail de Braque, “Les Oiseaux” dont le motif est figuratif mais la représentation de plus en plus abstraite, montrant que même dans la fin de sa vie (1954-1962), contrairement à ce qu’a pu en dire la critique, Braque a toujours été ouvert à la nouveauté. Ainsi, le choix de cette œuvre comme affiche de l’exposition est surprenant mais judicieux, à l’image de cette rétrospective incontournable.

Cassandre Morelle

 
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