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Un homme qui souffre bien

(©DAVID IGNASZEWSKI / KOBOY / Flammarion)

Dominique Noguez (©DAVID IGNASZEWSKI / KOBOY / Flammarion)

Dominique Noguez s’essaye a l’autobiographie en revenant sur sa relation avec Cyril Durieux, jeune homme volontiers manipulateur. Cette rencontre qui l’a profondément bouleversé donne l’occasion à l’auteur de s’interroger sur la joie, la souffrance mais aussi de questionner l’amour et la sexualité. Et chacune de ses lectures est  une alliée pour éclairer son trouble. 

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4 septembre 2013

« C’est l’histoire moyenne, et je le crains, banale d’un être humain qui n’a connu ni l’accomplissement total ni une frustration exceptionnelle, qui n’a été ni entièrement gratifié ni entièrement défait par la chair, qui a été trop timide, trop empoté, trop malchanceux, trop sage, mais qui a connu quelques douceurs au moins, mêmes quelques bonheurs, et s’est senti à la fois meurtri et grandi par ces turbulences ». L’ethos de Dominique Noguez est aussi modeste que celui de Rousseau démesuré. Une année qui commence bien nous offre le plaisir de suivre ses vicissitudes amoureuses avec Cyril Durieux,  un jeune homme versatile qui transforme l’enthousiasme du narrateur en lent désastre au fil des pages. Noguez n’épargne rien à son lecteur, il  se dévoile dans toute son humanité et ne cache aucune de ses faiblesses.

Ecriture du moi et écriture sur le moi

Dans cette autobiographie sentimentale, les affres de la passion sont décris et analysés par l’auteur. Celui-ci se livre à une véritable dissection de ses sentiments et des comportements amoureux. Une année qui commence bien est le fruit de nombreuses notes prises sur le vif d’où la précision extrême du récit. Il  confesse d’ailleurs que ce reflexe le suit depuis de nombreuses années  « J’ai l’illusion d’être un intellectuel, c’est-à-dire un psychisme en fonctionnement quasi perpétuel depuis l’âge d’au moins dix ou onze ans, même la nuit (avec ces rêves que je note) et surtout le jour, j’en veux pour preuve les multiples carnets qui accompagnent ma vie ». Ainsi, nous sommes face à un exercice hybride, à mi-chemin entre l’écriture du moi et l’écriture sur le moi. La probité de Noguez s’avère être assez déstabilisante parce que parfois très crue. Celui-ci nous laisse  pénétrer dans son intimité.

« Le mois de mai sur les joues et le moi de janvier dans le cœur »

En effet, l’un des principaux thèmes de ce récit se trouve être la sexualité. L’auteur reconnait que celle-ci apparaît comme l’un des piliers de l’existence. « Le désir sexuel a peut-être été la cause de toute une série de choix dans ma vie » Et ce livre semble en être l’illustration. Son histoire avec Cyril est un cache-cache perpétuel, une errance dans le labyrinthe des sentiments. Cyril incarne un personnage fantasque, insaisissable et inconstant que l’auteur essaie sans cesse d’apprivoiser. Rare sont les moments où il parvient à franchir la bulle et entrer dans la vie de ce Fantasio moderne, celui qui a « le mois de mai sur les joues et le moi de janvier dans le cœur ».

Son histoire avec Cyril est un cache-cache perpétuel, une errance dans le labyrinthe des sentiments.

Leur sexualité est à l’image de leur relation, par essence fragmentaire. Dominique Noguez emploie le consolant concept de sexualité synthétique pour la désigner et la définit de la façon suivante «Nos rapports physiques comprenaient sinon, hélas, toutes les figures érotiques possibles, du moins un nombre suffisant d’entre elles pour que je puisse globalement parler de sexe ou d’amour. En cinq ans et demi, fragment par fragment, nous avions fini par faire quasi complètement l’amour. » Une relation pour le moins atypique, « un ténébreux orage traversé çà et là par de brillants soleils ». Mais Dominique Noguez affirme néanmoins que l’amour dans sa plénitude, il ne l’aurait connu que dans les livres.

Il est vrai que l’auteur est avant tout un lecteur. Normalien et écrivain, il fréquente le Tout-Paris littéraire dont il offre des tableaux aussi fascinants que sidérants. Et son roman est parsemé de références littéraires, à tel point qu’à la fin du livre se trouve un glossaire les énumérant. Pour l’étudiant en lettres que je suis, c’est fort agréable, néanmoins je suppose qu’un  lectorat moins préoccupé par la littérature peut vite se lasser de cette manie.

Ces références arrivent très souvent à propos et illustrent à loisir son désarroi ou son bonheur. Parfois, il s’en amuse et en déforme certaines mais la plupart du temps elles deviennent pour lui un moyen d’expression adéquat pour cerner au plus près ses sentiments.  « Je ne devrais donc pas écrire ce livre. Et pourtant, je vais passer outre et le continuer. Par inconséquence ? Parce que, comme la Médée d’Ovide et comme tant d’êtres humains, c’est plus fort que moi, je vais faire le contraire de ce que je devrais  faire » Et pourtant, à l’inverse de Médée, on est ravi qu’il ait continué !

  • Une année qui commence bien, Dominique Noguez, Flammarion, 392 p., 20 euros, 4 septembre 2013

Pierre Poligone

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