Brûlante collection pour récits enflammés

Collection plein Feu chez JC Lattès

Nouvelle collection “Plein Feu” chez JC Lattès

Grâce à la fiction, nous pouvons tout nous permettre : passé, futur, chiens bleus, éléphants roses, tout cela au-delà du système solaire ou vingt mille lieues sous les mers. Mais il n’y a pas plus belle imagination que celle qui nait, s’inspire et se nourrit de notre réalité.

Un monde meilleur, un monde ailleurs

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octobre 2013

C’est une bien dure réalité qu’abordent les deux premiers ouvrages de la nouvelle collection Plein Feu des éditions Lattès. Une vie de petits-fours de Sébastien Marnier, et Argentique, de Salomé Berlemont-Gilles, sont deux courts récits aux sujets bien distincts : le premier narre l’excitation d’un soir d’élections municipales dans une petite commune française, tandis que le deuxième suit le voyage d’un adolescent mexicain rêvant de grandeur et de capitale. Qu’ont ces récits en commun ? Peu de choses, dira-t-on si l’on n’y regarde pas d’assez près.

En effet ces deux œuvres n’ont pas été réunies par hasard dans la même collection. Toutes deux rédigées à la première personne, elles permettent de suivre, avec une intensité réelle, deux personnages antagonistes, mais rapprochés par une passion commune, celle de la vie : voilà un jeune politicien ambitieux, et un adolescent miséreux et rebelle, réunis par l’envie de cesser de survivre pour se mettre à vivre vraiment, pour se libérer du joug du quotidien et du pouvoir établi, et pour respirer enfin un air qu’ils auront choisi.

Et tandis que l’un combat la rouille du conservatisme qui a envahi sa commune, l’autre tourne avec mépris le dos à l’hypocrisie occidentale qui envahit son village lors de la Semaine Sainte, tous deux avec le rêve d’un monde meilleur.

La force du « je »

Certains récits exigent du temps et de la patience avant de vous emporter avec eux dans une spirale d’émotions addictives. Personne, cependant, ne blâmera ces œuvres qui vous empêchent de dormir tant que vous n’avez pas tourné la dernière page pour découvrir avec déception que la suivante n’est qu’une liste de remerciements ou un sommaire des chapitres. Avec la collection Plein Feu, vous ne connaîtrez pas ce problème : chaque récit ne fait qu’une soixantaine de pages en petit format. Mais ne vous risquez pas à entreprendre une autre activité avant la lecture : l’intensité de leur contenu vous fera oublier rapidement toutes les autres tâches que vous avez à accomplir.

Dès la première page, le « je » narrateur vous emmène avec lui sans ménagement, et ne vous lâchera, essoufflé, que soixante pages plus

octobre 2013

tard. Qu’il s’agisse de Sébastien Marnier ou de Salomé Berlemont-Gilles, qui ont pourtant chacun un style bien différent, la lecture coule de source, le style est fluide malgré un vocabulaire parfois soutenu. Intenses, complexes, les émotions qui animent à la fois le personnage et le lecteur s’enchaînent à une vitesse surprenante, qui laisse peu de place au repos.

Et pourtant en un instant le récit est déjà fini, on peut refermer le livre, sonné, et surpris d’être soi et plus ce politicien rêveur ou ce jeune mexicain désabusé. On met quelques minutes à reprendre ces esprits, et immédiatement on en veut encore. J’avais alors la chance d’avoir les deux sous la main, et je n’ai pas attendu bien longtemps avant d’entamer le deuxième.

Politique, quand je te lis

 La vraie force de ces deux œuvres impressionnantes réside dans les faits qu’elles dénoncent, et les combats qu’elles mettent en lumière. Car si la lecture peut divertir, son vrai pouvoir est de réveiller les consciences et construire des opinions. La collection Plein Feu ne braque pas seulement ses projecteurs sur des récits réussis par des auteurs talentueux, elle dévoile surtout deux histoires engagées, au message fort et politique, où la dénonciation est le maître mot. Qu’il s’agisse du pourrissement du monde politique français au plus petit niveau qui soit, ou de l’instrumentalisation des cultures au service du tourisme, à des milliers de kilomètres de là, le choc des mots fait mouche et touche.

Et dans un monde où l’information servie sera celle comblant le plus parfaitement la satisfaction d’une majorité, entendre des voix dissonantes, différentes, animent la conscience et l’esprit. Refusant de voir grand, fort, brillant et épatant, ces deux récits installent notre œil face au microscope du monde, réglé sur deux êtres seulement, insignifiants et apparemment impuissants, pour nous montrer que c’est à travers le plus petit que se construit le plus grand.

  • Sébastien Marnier, Une vie de petits-fours
  • Salomé Berlemont-Gilles, Argentique
  • Collection Plein Feu, éditions JC Lattès, octobre 2013, 4€ chacun.

Charlotte Viguié

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