puce litteratureLivres

Poèmes d’amour de Jorge Luis Borges

Jorge Luis Borges

Jorge Luis Borges

Zone Critique vous présente un nouvel article en provenance de son partenaire, le magazine La Cause Littéraire. Retour aujourd’hui sur la réédition du recueil Poèmes d’amour de Jorge Luis Borges, à l’occasion du Salon du livre 2014, dont la littérature argentine fut l’invitée d’honneur. 

mars 2014

mars 2014

Silvia Baron Supervielle – rencontrée au Salon du Livre – m’a permis de découvrir ce livre de Borges, l’un des plus méconnus. A propos de ce bijou littéraire, elle écrit dans sa préface :

« Presque tous les recueils de Borges contiennent au moins un poème d’amour. Cette flamme – obscure merveille – qui n’allume en général que quelques lignes à la fin du poème, peut passer inaperçue. Après le recensement de thèmes qui lui sont chers, il lève la voix brièvement comme s’il proférait une sentence. Le lecteur fait halte sur ces mots qui s’écrivent simplement, de manière douloureuse et à la fois heureuse. Le bonheur est-il douloureux ? Borges nous donne à comprendre que, déchiré et heureux, il souffre d’amour comme tous les hommes ».

En choisissant de rassembler et de retraduire ces poèmes, Silvia Baron Supervielle prévient qu’il s’agit d’un amour ininterrompu. D’où le mystère de ce recueil demeuré longtemps unique.

L’aventure nostalgique de l’un des écrivains les plus éminents du XXe siècle, emblème de sa patrie argentine, s’exprime ici avec vigueur et flamboyance selon des inscriptions, tracées par-delà le temps, par une main obscurément héroïque et sans visage. Baron Supervielle, toujours, fil conducteur de l’ouvrage, explique qu’elle ne fait que prolonger les conversations très informelles qu’elle avait avec Borges lorsqu’il venait à Paris avec María Kodama. Marai Kodama, avec qui il s’unit dans le mystère le plus absolu. Là, il a eu soif de poésie, et envie de se sentir aimé par cette femme, alors qu’abonné aux amours impossibles, il a souffert comme les personnages des romans les plus vulgaires qu’il méprisait.

C’est son esprit prodigieux et cette fougue passionnée que l’on retrouve dans ces merveilleux poèmes d’amour. Déclencheur de l’imagination des lecteurs, à l’image de toute son œuvre de fiction, pleine d’ironie, mais aussi sobre et précise, Borges élabore une prose pleine de symboles, de métaphores très riches dont il est le maître incontesté, doublées souvent qu’elles sont, d’un sens métaphysique, et parfois ludique.

Dans cette anthologie, l’amour est présenté fragile et beau, comme une fleur en train d’éclore

Dans cette anthologie, l’amour est présenté fragile et beau, comme une fleur en train d’éclore. On découvre le tracé des amours que ces vers sensibles ressuscitent avec Maria Kodama, qui se redécouvre protagoniste, amour de cette vie, splendide et merveilleuse. Cette poésie est une voix qui dit la vie « vivante ». Dans le repli de ces voix qui disent tout des hommes qui ne se cachent pas derrière l’ironie ou les paradoxes, et leurs corollaires, les diverses formes de la contradiction, on se perd comme dans un labyrinthe. Ces poèmes sont une révélation, les métaphores récurrentes foudroient la brièveté littéraire et la construction parabolique. Jorge Luis Borges livre dans cette poésie miraculeuse les traits de son écriture : elles dévoilent ses préférences, ses chagrins, et égrènent les choses qui lui donnent envie de vivre. Aux poèmes de la célébration d’un amour heureux et partagé, succèdent ceux de la déploration amoureuse.

Ces poèmes d’amour de Borges sont un monument : poésie vibrante mêlant contours ouverts, formes classiques et hymnes à la gloire des villes qu’il a aimées, dans lesquelles apparaissent les pores de sa peau et ses veines temporelles.

  • L’article original
  • Poèmes d’amour de Jorge Luis Borges, Edition bilingue préfacée et traduite par Silvia Baron Supervielle, 126 pages, 15,90 €, mars 2014.

Laurence Biava

Imprimer cet article Imprimer cet article

Commentaires

Copyright © 2013 Zone Critique. Tous droits réservés. ISSN 2430-3097
Lire les articles précédents :
Plage de Syracuse, Nicolas de Staël, 1954 (© Sotheby’s
Un musée imaginaire

Avant de déambuler ce soir à travers les différentes salles du Grand Palais ou du Musée d'Orsay à l'occasion de la nuit...

Fermer