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Une détresse grisante

Nadia Galy

Nadia Galy

La belle de l’étoile, nouveau roman de Nadia Galy dévoilé pour la rentrée littéraire, s’implante dans l’île reculée du nord Atlantique, Saint-Pierre-et-Miquelon. L’hiver hostile, auquel la narratrice confie son exil, la berce dans ses réactions face à un deuil abstrait et incomplet. Une quête de survie non préméditée et envoûtante.

Août 2014

Août 2014

Une jeune femme quitte Paris devenu invivable depuis la mort de son amant. Une histoire d’amour inachevée qui la plonge dans un désarroi profond. L’exil auquel elle se soumet, lui permet de s’extraire de cette vie, mêlée d’amnésie et d’absence incomprise. Elle décide de se faire renvoyer la correspondance entretenue avec lui, afin de ressusciter leur histoire et de trouver un moyen d’accéder à une réalité à laquelle il n’appartient plus.

Elle cherche à revivre dans son présent, à se comprendre, se retrouver. Mais comment le faire sans intégrer et accepter son passé ? Se contraignant à l’isolement, elle s’emprisonne dans ses raisonnements irrationnels. Elle ne trouve comme échappatoire qu’un violent besoin de sensations ; si elle existe, elle devrait pouvoir ressentir à nouveau. « En ouvrant les deux portes du sas que constituait le tambour d’entrée, mon corps s’est révolté contre l’air qui le perforait de ses sabres. Il s’est coudé en accent circonflexe malgré moi ». C’est une jeune femme perturbée, morcelée. Elle exige de son corps d’effleurer docilement la sensation de faiblesse absolue, le soumettant à un régime ascétique. Elle se perd ponctuellement dans les méandres de l’alcool, dans la volupté des cigarettes. Par ces actes insensés, elle caresse, entretient involontairement ce qui l’accroche à la vie.

Entre les souvenirs et le présent

 Néanmoins, Nadia Galy adopte une écriture légère et empreinte de quelques fines touches d’humour, absolument nécessaires pour ne pas tomber dans un pathos lancinant. Elle s’extrait habilement de toute pesanteur invariablement coexistante à ces thèmes douloureux. Elle use parfois même trop de ces procédés. Souvent, lors d’un surgissement sentimental, elle nous attire adroitement dans une émotion croissante, qu’elle tranche net. C’en est presque vulgaire par moment. « La lecture m’en donnait des frissons dans la colonne vertébrale, me nouait des nœuds un peu partout. (…) A toute cette flotte, j’ai apporté mon écot : j’ai chialé en me balançant comme un singe sur son pneu. La bruine, les larmes, l’océan, tant d’eau pour une lettre, alors je suis rentrée. J’ai lu encore, et relu, et re-relu. Lorsque je l’ai connue par cœur cette lettre, je l’ai bouffée. » Supporte-elle si peu l’émoi ? Lui faut-il revenir si vite au ton léger des entre-deux qui rythment l’histoire ?

 Parsemée d’aller-retours entre les souvenirs et le présent, la lecture est rendue légère, facile et attractive. Notamment grâce aux rencontres auxquelles la narratrice ne peut échapper. L’apparition de quelques personnages secondaires nous sort de ses pensées ; nous jouissons finalement d’autres récits, comme celui de la charismatique Fériel, expatriée d’Algérie, ou encore de Gloria, jeune fille de l’île emplie de rêves d’ailleurs. L’héroïne nous balade parfois, rarement, à travers l’île, nous révélant ainsi certains caprices climatiques capable de s’abattre sur ce bout de terre ; les anecdotiques particularités des rues qui bâtissent le village, comme ces réputés barils de Whisky utilisés pour les fondations ; ou encore des rencontres plus éphémères révélatrices de l’hospitalité des habitants. Se dessine alors une jolie illustration de l’essence qui habite Saint-Pierre-et-Miquelon, une ile particulièrement chère à l’auteure, où elle y a, elle-même, précieusement édifié six années de sa vie.

  • La belle de l’étoile de Nadia Galy, Albin Michel, 240 pages, 18.00 €, août 2014
Saint-Pierre-et-Miquelon

Saint-Pierre-et-Miquelon

 

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