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Un regard froid

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Pierre Niney   

Dans son troisième long métrage, Un homme idéal, Yann Gozlan choisit de filmer Pierre Niney le long d’un thriller méditerranéen scolaire à la sensibilité naïve. Autopsie d’un échec.

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18 mars 2015

Ça commence bien, pourtant : enfermé dans sa chambre d’écrivain située dans une tour du XIIIème arrondissement de Paris, Mathieu Vasseur (Pierre Niney) essaye d’écrire son premier roman, n’y arrive pas, travaille pendant ce temps comme déménageur dans une entreprise de déménagement, tombe un jour sur un manuscrit dans la chambre d’un défunt qui n’a plus de famille et dont il faut vider l’ensemble de la maison, puis en recopie des pages et des pages chez lui, signe enfin sur la couverture de son propre manuscrit sous son nom : Mathieu Vasseur. Le texte est le journal d’un ancien soldat mobilisé durant la guerre d’Algérie. Un pastiche idéal pour un succès littéraire idéal.

 Un film faussement contemplatif

Malheureusement, une fois le succès venu, et après avoir séduit la femme idéale, Alice Fursac (Ana Girardot) vue avec fascination par Mathieu au pas de la porte d’un amphithéâtre, alors qu’il n’est encore que simple déménageur et réalise une mission intérimaire à l’université où elle intervient dans un séminaire de littérature, sur le thème Littérature et parfum, le film de Yann Gozlan ne devient plus que la répétition de plans faussement contemplatifs de la villa au bord de mer des parents de la petite-amie de Mathieu Vasseur, de légers travellings compensés répétitifs sur le visage de Pierre Niney (pour bien faire comprendre aux spectateurs que Mathieu Vasseur est tenu par l’angoisse de la révélation de son plagiat et de leurs conséquences tout le long du film), et des dialogues qui pourraient, effectivement, être retranscrits sur un post-it (Alice : « – Ça va Mathieu ? » ; Mathieu : « – Oui. » ; Alice : « Je te sens tendu en ce moment. » ; Mathieu : « Non, ça va. »).

Un homme idéal doit contenir une dizaine de répliques de cet acabit, et guère plus d’échanges entre ses personnages, sans que la mise en scène ne parvienne jamais à installer une ambiance d’oppression propre aux thrillers. Nous nous situons plutôt ici, esthétiquement, du côté des encarts publicitaires de Pierre et Vacances. De mémoire, une seule séquence filmée caméra à l’épaule, dans un débarras où Mathieu Vasseur cherche des outils pour pouvoir faire disparaître le corps de celui qu’il a accidentellement tué, au cours de la préservation obstinée du mensonge qu’il tente de maintenir secret… Ailleurs, dans les autres séquences d’Un homme idéal, nous n’assistons qu’à la paresse conventionnelle d’un réalisateur, qui semble s’en tenir à la ligne : « Faire un thriller qui n’effraie pas. » Cette ligne est tenue, et sans doute inintéressante par ailleurs, mais Yann Gozlan la suit séquence après séquence.

Nous nous situons plutôt ici, esthétiquement, du côté des encarts publicitaires de Pierre et Vacances

 

Le seul moteur du film, qui se révèle être le chantage qu’un ancien soldat, camarade du défunt, fait subir à Mathieu, est évacué par deux fois du mouvement du film qui se perd le reste du temps dans l’échec de l’instauration d’un univers, d’un micro-climat propre à son sujet.

Ce film m’a rappelé une conversation que j’ai eue après le visionnage de Lost in translation de Sofia Coppola, avec une amie à l’époque des années lycéennes (Moi : « – C’était beau. » Elle : « – … » Moi : « – Tu n’as pas aimé ? » Elle : « – Oui enfin, excuse-moi, mais pour arriver à faire un film ennuyeux à Tokyo, il faut vraiment être un âne. » Je n’irais pas jusque là pour qualifier la façon dont Yann Gozlan filme la Méditerranée et l’intrigue d’un thriller.

Mais, en tout cas, c’est globalement très raté.

  • Un homme idéal, un film de Yann Gozlan, avec Pierre Niney et Ana Girardot.
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