Quand l’humanitaire déraille

Jean-christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin

Dans son dernier roman, Check-point, Jean-Christophe Rufin brosse un portrait au vitriol d’un convoi humanitaire dans la Bosnie en guerre.

Avril 2015

Avril 2015

Bosnie, début des années 90. Cinq personnes, quatre hommes et une femme, se retrouvent embarquées au sein du même convoi humanitaire, leurs quinze tonnes remplis de vivres, de médicaments et de vêtements à destination des populations victimes du conflit. Très vite, les personnalités et les motivations – à l’opposé les uns des autres – vont éclater au grand jour. Et remettre en cause les fondements même de la mission. Parmi eux Maud, pleine d’idéaux du haut de ses 21 ans, va se voir confrontée à l’implacable réalité du terrain et de la guerre.

Un huis-clos roulant

Dans ce qu’il appelle un « huis-clos roulant », Jean-Christophe Rufin nous interroge sur notre vision de l’humanitaire et, plus largement, évoque son évolution actuelle, en opposant deux formes d’engagement : l’intervention classique après les combats pour secourir les victimes, et une action plus directe pour empêcher les massacres. Quel rôle pour ce type d’aide alors que l’humanitaire pacifique a, depuis plusieurs années, laissé place à une intervention militaire ? Des questions d’autant plus prégnantes que la violence que l’on croyait réservée à la guerre s’est infiltrée dans une Europe qui, naïvement sans doute, se pensait à l’abri.

Dans ce tableau sombre, il y a néanmoins de la place pour l’espoir, celui que fait naître l’amour au beau milieu des combats. Jean-Christophe Rufin parle de l’amour passionnel, celui qui fait tout abandonner, qui conduit presque à se renier. Peut-il être si puissant qu’il balaie toutes les certitudes ? Qu’il incite même à prendre les armes ?

En resituant le roman dans une actualité brûlante, la courte postface éclaire le lecteur non seulement sur les positions de l’auteur, mais aussi sur ses sources d’inspiration

En resituant le roman dans une actualité brûlante, la courte postface éclaire le lecteur non seulement sur les positions de l’auteur, mais aussi sur ses sources d’inspiration. Un auteur qui est loin d’être étranger au monde de l’humanitaire puisque, parmi ses nombreuses vies (médecin, diplomate, écrivain), il y a fait carrière, en commençant sur le terrain avec Médecins sans frontières, jusqu’à devenir président d’Action contre la faim. C’est donc dans ses propres souvenirs que Jean-Christophe Rufin a puisé la matière de son dernier livre qui, en combinant aventure, portraits psychologiques, réflexion sur l’engagement, est une indéniable réussite.

  • Check-point, Jean-christophe Rufin, Gallimard, 21 euros, avril 2015

Bérengère de Chocqueuse 

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