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FANTASTIC ANDERSON

Wes Anderson

A la fois poétique et comique mais aussi tragique et enfantin, Wes Anderson a su développer au fil du temps un univers facilement reconnaissable qu’il nous fait découvrir -ou redécouvrir- à travers chaque oeuvre cinématographique. Débutant sa carrière par Bottle Rocket à la fin des années 90, de Fantastic Mr. Fox à The Grand Budapest Hotel, Anderson a étendu son talent dans de nombreux genres tout en suivant un thème principal récurrent : le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Grace à son style coloré et déjanté, qui se remarque dès les premières minutes d’un film, Wes a réussi le double challenge de réunir une pléiade d’acteurs lors de chaque tournage et de se faire un nom dans le cercle fermé des grands réalisateurs contemporains. Portrait. 

Etudiant en philosophie à l’université d’Austin au Texas, Wes Anderson se tourne rapidement vers sa passion : Le cinéma. C’est grâce à celle-ci qu’il y fait sa première rencontre décisive, lors d’un cours d’écriture de scénario, celle de Owen Wilson qui deviendra par la suite à la fois son meilleur ami, son colocataire et sa « muse ». Ensemble, ils écrivent et tournent leur premier court métrage en super 8 ce qui les forme aux différents exercices tels que la réalisation, le montage et l’édition. Arrêtant les études et devenant autodidacte, il se concentre rapidement sur la réalisation de son premier long métrage, qui auparavant, fut l’un de ses courts métrage en noir et blanc, Bottle Rocket.

Les frères Wilson

Un peu à leur manière, les frères Wilson (Owen, Luke et Andrew) tout comme les frères Coen ou les frères Dardenne -car on ne peut plus parler des frères Wachowski- ont réussi à intégrer le milieu du cinéma par la petite porte. Remarqué grâce à leur état d’esprit déjanté, ils sont maintenant présents dans la plupart des films d’Anderson, : je parle ici plus particulièrement de Owen et Luke qui sont plus cinéastes que leur grand frère devenu homme d’affaires. Tous les deux jouent le duo principal dans Bottle Rocket sorti en 1996, racontant l’histoire de jeunes adultes voulant suivre leurs rêves d’enfant : devenir cambrioleur. Malgré le fait que le « screen test » soit considéré comme le plus catastrophique de l’histoire des studios Columbia, il reçoit une critique positive et permet aussi bien à Anderson qu’aux frères Wilson de débuter dans le milieu. Et cette fantastique cavale de 1h30 permet de nous donner un avant goût de ce qu’on appellera la « patte Wes Anderson ».

Un casting mais pas que…

Notamment connu pour ses castings alléchants regroupant une pléthore de célébrités tel que Bill Murray, Adrien Brody, Jeff Goldblum, Cate Blanchet, Willem Dafoe et bien d’autres, Wes Anderson se fait aussi remarquer par un univers à la fois théâtral, enfantin et poétique. Cela se fait ressentir dans sa réalisation et sa mise en scène dès son premier film à succès Rushmore (1998). Il y suit l’adolescence de Max Fischer -brillamment interprété par Jason Schwartzman- génie des activités annexes dans une école privée éponyme. Pour cela, il le met en avant grâce à de nombreux plans fixes, des Insert -très gros plans- et une bande originale particulièrement bien choisie. Egalement, la présence d’intertitres, de ralentis et l’ouverture de rideaux façon théâtre, viennent modifier certains codes de la comédie « classique ». Et on y ressent très clairement la forte influence théâtrale dans le déroulement de son long métrage, lorsque par exemple Max dirige ses acteurs avec parcimonie d’autant plus qu’il se termine sur une pièce du petit génie. Co-écrit avec son ami Owen Wilson, Rushmore présente une part de réalité à certains moments comme le fait par exemple qu’il tombe amoureux d’une femme plus âgée que lui, montrant encore une fois qu’il traite de sujets en rapport avec l’adolescence. Ceci nous emmène en 2001 et La Famille Tenenbaums en est la suite logique. Le casting y est légèrement modifié avec entre autre la venue de Ben Stiller, Gwyneth Paltrow et surtout celle de Gene Hackman, monument du cinéma Américain, qui vient apporter un renouveau en interprétant avec brio un père de famille essayant de rattraper le temps perdu tout en se faisant passer pour malade.

Il revisite le genre de la comédie à travers une réflexion autour des clichés

Car oui, dans chaque film d’Anderson on retrouve un genre de personnage bien atypique, proche du cliché : le petit intello incompris dans Rushmore, le navigateur fou dans La Vie Aquatique avec Steve Zissou ou encore l’enfant terrible dans Moonrise Kingdom. Ces derniers se retrouvent souvent dans des situations loufoques voire burlesques comme une bagarre dans un train, une fusillade dans un hôtel ou une tempête en plein milieu d’une ile. Tous ces ajustements ne vont qu’évoluer au cours des années donnant un résultat à chaque fois surprenant, ce qui mobilisera les professionnels et le grand public à chaque sortie de ses films. Il revisite le genre de la comédie en y ajoutant sa touche personnelle ce qui lui permet de s’affirmer de plus en plus grâce à son univers décalé.

« Yellow Submarine »

Trois ans après le franc succès de La Famille Tenenbaums, son voyage continue sous l’océan dans le « sous-marin jaune » de Steve Zissou et sa vie aquatique. Son film le plus long, -2h contre 1h30 auparavant- n’est pas une exception à la règle, bien au contraire. Il apporte un second souffle à sa filmographie en suivant tous les anciens codes : intertitres, mise en scène théâtrale, personnages atypiques (ici on retrouve l’ingénieur allemand Klaus et sa folie) en y ajoutant des nouveautés. Déjà de part son environnement décalé et sa fameuse traque du requin jaguar mais aussi par l’apport de scènes d’action qui dénotent de son habitude. Et ça se sent. On se rapproche plus d’un ancien cartoon que d’un Blockbuster Hollywoodien, ce qui colle mieux à son univers. Par ailleurs, dans le premier quart d’heure du film, une coupe transversale du bateau nous est montré en détail ce qui est assez déroutant car elle nous confirme l’inexistence de celui-ci et met en avant le décor à la manière d’une pièce de théâtre. En une scène il déstabilise le spectateur en brisant le quatrième mur. Pour un peu, il aurait pu apparaître la caméra avec le chef opérateur derrière. Malgré ce passage qu’on peut considérer comme une « faute de réalisation » on se souvient rapidement qu’on se trouve devant un film d’Anderson et que tout  est possible. Cette parodie des aventures de Cousteau est donc un succès aux yeux du public mais pas forcément auprès des journalistes. Nouveau changement de décor, de lieu et de pays. Wes s’attaque maintenant à un voyage en train à travers l’Inde en compagnie des farfelus frères Whitman : Francis, Peter et Jack. Comme quoi la fraterie et les liens familiaux sont également au centre des histoires d’Anderson. Respectivement interprété par l’inévitable Owen Wilson, Adrien Brody et Jason Schwartzman, son cinquième long métrage s’inspire très clairement des codes du road movie. Rencontres à tout va, découverte de nouveaux horizons, péripéties, tout y est. Les frères Whitman dont le physique n’échappe pas, surtout celui de Francis et ses innombrables bandages sur la tête, sont sans arrêt en mouvement. Que ça soit pour essayer de récupérer un serpent ou pour sauver un enfant qui se noie, ils sont toujours en action et cela s’effectue dans les mouvements de caméra bizarrement moins présent qu’avant. Il y adresse un changement de rythme à la fois visuel et en terme d’intensité au niveau de l’action marquant les allez-retours entre le train et l’extérieur.

Rusé comme le renard

Pour Wes Anderson, l’année 2010 marque un important tournant dans sa carrière. Un véritable changement visuel se fait ressentir lors de ses trois dernières réalisations. Déjà, pour un réalisateur de fiction se lancer dans des films d’animation n’est pas un exercice à la portée de tous.-sauf pour Steven Spielberg et ses aventures de Tintin ou pour Tim Burton et son Frankenweenie- Mais lui aussi relève le défi avec élégance en réalisant cette année-là Fantastic Mr. Fox. La perfection des cadres, l’explosion des couleurs, l’impression 2D, tous les termes sont bons pour décrire ces nouveaux ajouts.

La perfection des cadres, l’explosion des couleurs, l’impression 2D, tous les termes sont bons pour décrire ces nouveaux ajouts.

En plus de cela on pourrait y ajouter un scénario particulièrement bien écrit et un doublage original au casting haut de gamme, avec en guest les voix de Meryl Streep et de Georges Clooney. Wes Anderson cherche de plus en plus à atteindre la perfection dans chaque prise de vue et nous le montre dans le film qui a fait l’ouverture du 65ème festival de Cannes en 2012, Moonrise Kingdom. Les mouvements de caméra ne se font désormais plus que sur les deux axes et il cherche souvent à aligner l’objectif avec le décor et les personnages. Il décide a présent du positionnement de chaque éléments apparaissant dans le cadre au centimètre près. On a une réelle impression que la caméra fait office d’axe de symétrie entre les acteurs et les spectateurs. Le perfectionnisme de Wes Anderson se remarque d’avantage grâce aux trois formats de projection de son film le plus abouti, The Grand Budapest Hotel. Il y fait un incroyable récital en terme de réalisation et de jeux d’acteurs. Ralph Fiennes, concierge du palace et Tony Revolori, « lobby boy », forment un couple sans égal. On ne peut également s’empêcher d’aborder le sujet de la lumière et de la couleur -ici rose pale, couleur principale dans l’hôtel- qui pourraient être deux personnages du film. Une palette de couleur spéciale Anderson pourrait presque voir le jour.

Leo Berebi 

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