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Les deux amis

maxresdefaultAvec Les Deux Amis, premier long-métrage en tant que réalisateur, Louis Garrel s’inscrit dans la lignée des films de Christophe Honoré, dont il a été bien souvent l’acteur fétiche pour les rôles principaux et avec qui il a co-écrit le scénario du film. Une parenthèse atemporelle dans la vie de trois personnages, incarnés à l’écran par Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne et Louis Garrel lui-même.

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25 septembre 2015

J’avoue, quand j’ai acheté ma place, c’était pour Louis Garrel : je l’assimile aux films de Christophe Honoré, qui m’ont souvent plu. Les Deux Amis s’inspire librement des Caprices de Marianne d’Alfred de Musset, mais ça je ne l’ai su qu’après. Concrètement, on y retrouve quelques thèmes chers à Honoré : des personnages solitaires qui se rencontrent et se trouvent entraînés par la force des choses à travers Paris. Et aussi, de l’amour, de l’amitié et leur lot de doutes.

Clément est amoureux de Mona et demande de l’aide à son ami Abel pour la conquérir. Abel est beau, il le sait et en joue – un homme à femmes, un rôle que Garrel se plaît à incarner. Vincent Macaigne est Clément, figurant pour le cinéma. Pétri de doute, il apparaît comme étant sur le fil, prêt à basculer dans l’angoisse d’un moment à l’autre. Un rapport inégal entre les deux amis est clairement établi dès le début du film, Abel semble être la bouée de sauvetage de Clément. Quand ce dernier lui demande de l’aide, il n’hésite que deux minutes. Mona, Golshifteh Farahani, vend des sandwichs gare du Nord. Le spectateur le sait, Mona est détenue dans une maison d’arrêt en dehors de Paris, elle sort tous les matins pour aller travailler et rentre tous les soirs.

Un triangle amoureux

Les trois protagonistes semblent évoluer dans Paris comme s’ils y étaient seuls : les rares personnages secondaires n’apparaissent que très brièvement, mettant en place une atmosphère flottante, presque irréelle. Ce vide fait écho au vide musical : la plupart des scènes se déroulent sans musique avec en fond la rumeur de la gare du Nord, d’un café, de la rue ou les chants d’une église. Tout est fait en somme pour resserrer l’attention sur les trois personnages. Le jeu des acteurs semble alors gagner en intensité. Vincent Macaigne, particulièrement, brille dans l’incarnation de Clément et de ses angoisses. Profondément heurté par la vie, il pourra aussi paraître trop en marge de la réalité, selon le point de vue du spectateur. Pour qui aime ces personnages dépressifs et en proie à des questions existentielles, marotte du cinéma français, Macaigne représentera le juste équilibre d’interprétation. Ni trop, ni trop peu, l’acteur n’entre pas dans le pathos, sans pour autant rester léger. Le coup de maître, imputable bien sûr à Garrel en tant que réalisateur, est ce mélange entre les angoisses de Clément et le comique qu’il en tire.

Le coup de maître, imputable bien sûr à Garrel en tant que réalisateur, est ce mélange entre les angoisses de Clément et le comique qu’il en tire.

On rit devant ce film, tout en sachant que ce qui s’y joue peut avoir pour certains un aspect profondément torturant. En effet, les thèmes abordés touchent à des questions que chacun se pose mais pour qui les façons d’y faire face peuvent être très différentes. Qu’est-ce que l’amour et l’amitié ? Qu’en attend-on ? Comment gérer les angoisses permanentes de la vie quotidienne lorsqu’elles nous assaillent ? Et surtout, comment gérer sa propre solitude ? Les personnages des Deux Amis permettent de confronter différents caractères, différentes solitudes et différentes façons de s’arranger avec la réalité. Farahani aussi est lumineuse dans le rôle de Mona. Là où le jeu d’acteur semble moins abouti, c’est chez Garrel…  Abel est un homme qui plaît facilement aux femmes et le sait, qui n’assume pas les conséquences de ses actes et se défile avec beaucoup de mensonges, provoquant ainsi des actions et des répliques comiques. Néanmoins, le jeu de Garrel pourra facilement déplaire lorsque le personnage évolue et semble changer fondamentalement vers la fin du film. Cela donne alors lieu à des scènes de sincérité auxquelles il est très difficile de croire en tant que spectateur… Est-ce imputable au jeu de l’acteur ou est-ce réellement voulu car inhérent au personnage ? Difficile de trancher.

Cette histoire dont on ignore les tenants et les aboutissants donne à repenser de nombreux aspects primordiaux de la vie tant avec soi-même qu’avec les autres

Ce film détonne par son caractère hors du temps et de la réalité, et si cela charme au premier abord, certains détails soulignent avec trop d’insistance cet aspect, se perdant alors dans des clichés trop contemplatifs. Le jeu de Garrel, des répliques se voulant allusives mais aussi différents plans de transitions sans grand intérêt alourdissent l’atmosphère légère et l’impression d’un décrochage de la réalité. Finalement, Les Deux Amis se tient dans la lignée des films contemplatifs français. Cette histoire dont on ignore les tenants et les aboutissants donne à repenser de nombreux aspects primordiaux de la vie tant avec soi-même qu’avec les autres – auxquels on se confronte et s’accroche parfois. Ce film est à prendre, il me semble, pour tel et n’a donc aucune chance de faire l’unanimité.

  • Les deux amis, Louis Garrel, 23 Septembre 2015.

Laure Bagaïni

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