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Aux sons et mélodies du cinéma russe

La jeune fille au carton à chapeau, Boris Barnet, 1927, URSS

La jeune fille au carton à chapeau, Boris Barnet, 1927, URSS

Deux spectacles sont à la programmation des ciné-concerts russes au théâtre de Poche-Montparnasse jusqu’au 19 décembre: accompagnées par deux musiciens, la projection du film de Boris Barnet, La jeune fille au carton à chapeau (1927) et Florilège au fil des neiges, présentation d’une série de films d’animation produits entre 1927 et 1997. Pour la plus grande joie de petits et grands.

AFF-CINE-CONCERTAu temps du cinéma muet, la musique était indispensable. En effet, elle permettait d’une part de masquer le bruit du projecteur qui se trouvait au milieu des spectateurs et d’autre part de combler l’absence de paroles des personnages. Dès ses débuts, elle apporte des effets stimulateurs à certaines séquences et amplifie les émotions. Jusqu’aux années 1920, elle était surtout confiée à un piano, voire à un orchestre. Dans les ciné-concerts russes du Poche, ce sont piano, violon, accordéon, violoncelle qui s’accordent pour rythmer les pitreries des personnages à l’écran et vice-versa, leurs mélodies se dotent d’un véritable potentiel de visualisation grâce au support de l’image.

La Jeune fille au carton à chapeau, réalisée par Boris Barnet en 1927 en URSS, est une comédie burlesque. Le critique et historien de cinéma Marcel Martin commente ainsi le film en ces mots : « (…) plein de situations désopilantes et de trouvailles visuelles qui font mouche : ainsi l’héroïne qui se pique au doigt en cousant et, comme son amoureux suce la goutte de sang qui perle, elle se pique à la lèvre et lui tend une bouche gourmande ». Légère, lyrique et poétique, la comédie de Barnet met en scène une histoire d’amour pleine de rebondissements entre Natacha, une fabricante de chapeaux et Ilia, un jeune homme tout juste arrivé à Moscou. Mais derrière les traits humoristiques du film et un canevas en apparence simple, le réalisateur dénonce les conditions déplorables d’émigration des provinciaux vers la capitale, les difficultés à se loger que l’on résout par des mariages fictifs, et la cupidité des uns et des autres à l’époque de la NEP (Nouvelle Politique Economique) en URSS.

Les instruments de Vadim Sher (piano, clavier, accordéon) et Marie Gremillard (violoncelle) font ainsi surgir le comique des bousculades, des actes manqués, des chutes qui entraînent des acrobaties vertigineuses. Ils soulignent aussi la délicatesse savoureuse des gestes amoureux comme l’amertume des moments de solitude et d’impuissance ; une alternance d’éclat et de grisaille, sur laquelle Barnet joue toute l’ambiguïté du film, alors donnée à voir et surtout à entendre.

Ludiques et enchanteurs, les ciné-concerts du Poche permettent de découvrir d’une manière plaisante la cinématographie soviétique

Dans un registre plus féerique, plus proche du conte, les dessins animés russes de Florilège au fil des neiges produits au XXe siècle présentent un panel de styles et de techniques. Des premiers pas de l’animation russe, avec le film de Youri Jeliaboujinski, La Patinoire (1927), comme croqué à la va-vite, à la Fantaisie de Noël (1993) de Lioudmila Kochkina dont le graphisme rappelle la peinture de Chagall, ce ciné-concert retrace implicitement l’histoire du dessin animé soviétique dans ce qu’il a de plus éclectique. En outre, le fil rouge rappelé dans le titre, est la neige. Une thématique de circonstance donc mais aussi une éternelle représentation du paradis perdu (pas pour tous) de l’enfance.

Ludiques et enchanteurs, les ciné-concerts du Poche proposent ainsi d’une manière bien plaisante de découvrir ou de redécouvrir des chef-d’oeuvres de la cinématographie soviétique. Par ailleurs, pour les plus curieux et les plus cinéphiles, la prochaine édition du festival du cinéma russe se tiendra au mois de mai à Paris au cinéma Elysées Lincoln, où vous pourrez notamment retrouver la projection de films de Boris Barnet. Da zdravsstvouyet kino !*

 

* Vive le cinéma russe !

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