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Une longue aventure

2048x1536-fit_francois-damiens-joue-alain-pere-va-rechercher-fille-pendant-douze-ans-cowboysDans son dernier film, Les cowboys, Thomas Bidegain dresse le portrait d’une famille confrontée à de multiples épreuves. Ce long-métrage aborde un sujet malheureusement très actuel. En effet, il traite de la recherche acharnée menée par une famille française d’une des enfants, Kelly, qui quitte son pays par amour d’un jeune islamiste, et rejoint un groupe terroriste.

ob_d5a486_lescowboys-aff2L’histoire commence en 1994, dans l’Est de la France au cours d’une fête country. S’en suit la disparition de Kelly. Le père, Alain, accompagné de son fils, Kid, passe alors des années à rechercher sa fille, de l’Europe aux confins de l’Afrique.

Une famille usée

La disparition de Kelly ainsi que sa recherche amènent chaque personnage à vivre un grand sacrifice. En effet, suite à cette disparition, la famille met en œuvre tous les moyens à sa disposition pour la retrouver. Toutefois, elle ne reste pas unie autour de nobles sentiments. La perte d’un membre ampute petit à petit cette fratrie du sens même de la famille. L’amour, qui pourrait être un pilier, semble disparaître, s’effacer. La famille n’est plus soudée autour de son principe même. D’autres sentiments motiveront alors la quête, tant de comprendre que de retrouver Kelly. C’est la nécessité et le devoir qui poussent le père et le frère à parcourir le monde, dans une aliénation qui devient de plus en plus absolue. Au fil de ce voyage sans fin, ils finissent par s’oublier eux-mêmes. La mère quant à elle, reste plus à l’écart de cette fastidieuse recherche. Elle fait son deuil, tout en restant dans le déni. Elle n’a d’autre choix si elle veut continuer à vivre.

Au fil de ce voyage sans fin, père et fils finissent par s’oublier eux-même.

La recherche des deux hommes se lit comme une absence de remise en question, un manque de recul. Ils se noient dans une aventure. Alain et Kid parcourent le monde pour reconstituer une famille qui n’a, au fond, jamais eu grand sens. Ils fuient en se lançant dans une quête dont la fin s’impose comme l’objet de la fuite. Le traumatisme de cette famille fait ressortir ses fragilités intrinsèques, sa potentielle superficialité. Ils renoncent aux restes d’une entreprise qui coulait déjà. Le désir de retrouver Kelly mute progressivement. Le besoin de reconstituer le puzzle éparpillé de leur histoire devient, pour les deux hommes, une quête d’eux-mêmes, une nécessité de revivre. La fragilité de cette famille s’accroît au fil du film. Si elle se dessine dès la scène d’ouverture, la trame de l’histoire se préoccupe davantage du déclin d’une institution que d’une réflexion sur la radicalisation. On y dépeint l’isolement psychologique qui survient à la suite d’un drame.

Une pensée trop facile 

Les Cowboys est un film qui a été imaginé, fantasmé et jugé bien avant sa sortie. En effet, il interroge l’actualité et nous pousse à revoir notre conception manichéenne du terrorisme. Ainsi, il pousse facilement à la déception, en contrecarrant l’image préfabriquée du spectateur. La tournure des évènements se pose néanmoins comme une surprise cinématographique, qui déroute le spectateur et le sort du confort qu’aurait pu procurer un scénario classique. Il dérange et brise des codes. La mise en scène, porteuse tout au long du film d’un message politique, est assez intéressante. Toutefois, elle est composée de trop de raccourcis et d’oublis, notamment sur la question d’une origine arabe ou du rapport à la foi musulmane. Il n’y a que lorsque l’Occident intervient que les habitants du Moyen-Orient sont montrés de façon positive. La mise en scène se noie dans des clichés dévalorisants dès qu’elle aborde la question de l’autre.

Une technique maitrisée

Ce film est porté par un beau travail technique mais reste victime d’un scénario trop lourd

Sur le plan technique, l’image est particulièrement réussie : elle joue sur les contrastes de lumières des différentes heures de la journée et confère ainsi au film une esthétique travaillée. De surcroit, le jeu des acteurs est impeccable. On retrouve un excellent François Damiens qu’on se plaît à voir dans un rôle sérieux, ainsi que le charmante découverte de Finnegan Oldfield, dont le rôle laisse entrevoir le talent. Ce film est porté par un beau travail technique, tant sur l’image que sur le jeu. Il est toutefois dépassé par le sujet qu’il aborde. Le scénario est parfois entaché de longueurs et de maladresses. De plus, bien que le sujet du film ne soit pas « l’avant » radicalisation, il aurait sans doute été intéressant de montrer comment ces deux jeunes se sont retrouvés embrigadés. Les personnages sont ici complètement montrés comme coupables et pleinement responsables de leur choix, sans aucun questionnement sur l’impact des facteurs sociaux. Le message est clair, il n’y a pas de victimes, mais que des coupables.

 

  • Les Cowboys, de Thomas Bidegain, avec François Damiens et Finnegan Oldfield

Bastien Gros

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