puce artsExpositions

Mylène Besson : L’appel du corps

Besson 2Les oeuvres de Mylène Besson, exposées à la Manufacture de Roubaix et à la Chapelle de Boondael, posent de manière abrupte la question du corps, de sa nature et de sa signification lorsque les arts plastiques s’en emparent. Sur d’immenses supports, les figurations de l’artiste surprennent et déroutent. Le corps y est présent avec le visage et les mains mais il « sort »  en intention et en finalité de ce qu’on est habitué à voir sur une telle représentation. Tout se joue entre le corps de la souffrance et celui de la jouissance.

BessonNi la souffrance ni la jouissance ne sont vraiment fixées. Il existe donc une grande place pour diverses entrées : la beauté, la laideur, la pose, la déformation,  et la reconstruction au-delà des fantasmes voyeuristes. L’artiste n’est ni dans la performance (même si elle travaille le plus souvent à partir de son corps), ni dans la pornographie ou le réalisme. Et elle ne vise pas directement le portrait ou l’autoportrait. Elle propose une sorte d’« acting out » en vue de traces autant du corps que du dessin.

Avec Mylène Besson, les mains sont au bord de la tête et du langage plastique. De fait,  c’est lui qui prend toute la place. La surface ne se contente pas de devenir une seconde peau : elle la perce. Manière par le piquage de monter que les corps ne sont plus faits pour la distance, l’absence. Leur distance ne se mesure pas : creusée il faut la combler. La peau touche l’absence et appelle la présence.

Dans les dessins de Mylène Besson des mains tendresses parcourent les galaxies des corps et des ombres afin de faire entrer en des voyages inter-sidérants et extratemporels. Des mains épousent des regards, cherchent l’étoile sur leurs paupières. A la volupté se conjuguent d’autres amours plus maternels. L’objectif est de chasser des nuages, d’entretenir  des songes en frôlant le seuil de diverses intimités. Adam veut Eve. L’inverse est vrai aussi.  Ils ne sont pourtant ni  conquérants ni vénéneux. Ils cherchent la source qui a comme nom l’existence. Ou plutôt le désir.

Caverne obscure

C’est pourquoi les mains serpentent jusque dans la caverne obscure.  La lumière descend jusqu’au corps enfermé dans la pudeur du lin. Le dessin creuse  le « o » et le « où » du corps dans le tracé des formes. Il existe des accords en mode mineur  ou majeur. Se cherchent  le début et la couture du temps, le mystère englouti de la vie là où elle semble partir en vrille.  On se retrouve au cœur du temps où  passe en boucle le passé.

Se cherchent  le début et la couture du temps, le mystère englouti de la vie là où elle semble partir en vrille

L’avenir n’est plus que cet éclat qui eut dû se produire antérieurement ou plus près de l’origine. Dans cette étrange phénoménologie des dessins se lient la présence et l’absence en un théâtre aussi brûlant que glacial. Il creuse le temps en tout sens. Il s’agit de résister et faire semblant de rester debout face à ces femmes qui nous montrent comment se tenir et qui, par leur regard , disent l’inconnu en elles, l’inconnu en nous.

L’artiste renoue avec une vision de la femme qui loin de l’exhibition avance nue ou enveloppée comme venue des confins d’autres mondes. Dans les deux cas cette femme n’empêche en rien de faire surgir l’invisible, le caché. Ayant fini avec ses gisantes paradoxalement debout plus nocturnes que vivantes, Mylène Besson aborde de front la lumière qui abîme les ombres. Certes le voyeur peut imaginer un ravin merveilleux  qui courberait le ciel et découdrait ses oiseaux d’un même songe. Mais dans la pâleur surgissent des essaims enflammés de taches infimes et sutures colorées. L’enfant qui demeure en nous rêve ainsi de soulever les pans lourds du mystère féminin pour revivre près de la source de vie.

  • Exposition Mylène Besson, la Manufacture de Roubaix, jusqu’au 6 mars 2016
Imprimer cet article Imprimer cet article

Commentaires

Copyright © 2013 Zone Critique. Tous droits réservés. ISSN 2430-3097
Lire les articles précédents :
stéphane guibourgé
Une perte intense et douce

« Une perte intense et douce ». Quatre mots suffiraient pour résumer le douzième livre de Stéphane Guibourgé, Toutes nos vies. Quatre...

Fermer