Tonu è timpesta : un nouvel espace littéraire

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Tonu è timpesta, est le nom du blog littéraire conçu par Marc Biancarelli, Joseph Antonetti, Fabien Raffalli, Jean-Yves Acquaviva et Pierre Savalli, en novembre 2015. Lieu d’une prose névrotique, véritable entreprise de vitalité et espace de combat, cette plateforme littéraire esquisse une poétique de la nouveauté.

TonuLe sturm und drang est un mouvement littéraire et philosophique allemand créé à la fin du XVIIIe siècle pour lutter d’une part contre les idées de la Révolution et d’autre part contre les oeuvres françaises, dominantes à l’époque de Goethe et de Schiller, dans les régions germanophones. Ce mouvement n’a eu qu’un seul but, fonder une culture allemande qui résisterait à la domination française, fonder une culture populaire qui, de fait, saurait unifier un pays éclaté en duchés et comtés autour d’une langue commune. Elle eut aussi comme priorité, autour de Hegel1 , de refonder un christianisme qui ne serait plus politique, du fait de l’effondrement de la monarchie de droit divin en France, mais esthétique, un catholicisme qui saurait sauver l’Europe de la violence dans laquelle celle-ci avait basculé et ne cesserait de le faire pendant plus de deux siècles. Le Génie du Christianisme, publié par Chateaubriand en 1805, introduisait cette idée en France. Il insistait sur la nécessité de trouver dans l’art chrétien, je dirais l’art roman du retour aux racines chrétiennes, aux chevaliers et aux langues vulgaires et anciennes, un moyen de se sortir du chaos, de la Terreur dans laquelle les événements de 1790-1800 avait plongé le pays. C’est ce mouvement qui permettra à Madame de Staël de fonder ce que l’on appelle aujourd’hui la littérature en liant les oeuvres écrites aux rapports sociaux, politiques, culturels, qu’elles suscitent. Toutefois, ce qui m’intéresse dans ce mouvement « de la liberté », dans cette « tempête-et-passion » qui oppose au rationalisme français une virulente critique en faveur de la dialectique et d’une réévaluation du subjectivisme passant par le romanesque et la poésie lyrique, c’est le sentiment d’appartenance à une communauté perdue, c’est le sentiment de s’unir autour de ce qui n’existe plus afin d’en faire non pas une poétique de la réappropriation, mais de la nostalgie, de la violence et du chaos.

Tonu è timpesta, une place littéraire qui provoque le sentiment de s’unir autour de ce qui n’existe plus afin d’en faire non pas une poétique de la réappropriation, mais de la nostalgie, de la violence et du chaos.

C’est de cette manière que j’ai tendance à concevoir Tonu è timpesta, le blog littéraire conçu par Marc Biancarelli, Joseph Antonetti, Fabien Raffalli, Jean-Yves Acquaviva et Pierre Savalli, en novembre 2015, à savoir comme le lieu d’une prose névrotique, similaire à celle des auteurs de l’Arsenal, dans lequel des hommes et des femmes se réunissent pour s’étonner et se transporter dans le monde dans lequel ils vivent. S’étonner parce qu’il s’agit là de la caractéristique propre du tonnerre, celle de frapper violemment, avec surprise, le plus petit espace de la vie, s’étonner parce que tous les jours la guerre prend un visage différent, que les viols ne déchirent jamais la même femme et le même silence, que le doute demeure terré dans un coin de notre visage où l’on ne s’attendait pas à le voir sourdement apparaître. Transporter aussi parce que la tempête se trame et s’annonce entre les rayons du plus beau soleil d’été, parce qu’elle s’annonce violente, mais aussi dépaysante, que ce soit pour la langue corse ou pour les lecteurs de cette langue. Dépaysante la limpidité d’Antonetti, le docteur Ivanov de Fabien Flori, la chronique sur Mandelstam de Stefanu Cesari, dépaysant ce Viaghju in l’Aldilà qui compromet, déconstruit, sabote tant de rêves déchus, dépaysant parce que tous ces textes détruisent au plus haut point l’idée de vivre dans un pays qui ne serait pas la langue cruelle de la réalité. Pour reprendre les mots de Marc Biancarelli, Tonu è timpesta demeure une entreprise de vitalité, de la même façon que le sturm und drang en fut une, car « écrire, publier en corse, c’est souvent, encore aujourd’hui, résister, et résister non pas obsessionnellement en faveur d’une différence, mais face au mutisme assourdissant des indifférences »2 . Tonu è timpesta est une entreprise de vitalité, vitalité de la langue, vitalité de la littérature, parce qu’il s’agit d’une avant-garde, d’un groupe littéraire qui ne « se donn(e) (pas seulement) la main pour proposer une création vivante »3 , mais qui comme l’explique Anna Boschetti4 , revendique dans un langage appartenant au discours militaire une position dans le champ littéraire, position dont le but est de rendre caduque « les arrières-gardes », ceux qui conservent le pouvoir, par une stratégie de détournement du capital, et la stratégie de ce groupe est simple, elle consiste à « dépoussiér(er) (la littérature corse) de l’habituel pathos ethno-centré dont on n’a pas fini d’être abreuvé »5 .

« Écrire, publier en corse, c’est souvent, encore aujourd’hui, résister, et résister non pas obsessionnellement en faveur d’une différence, mais face au mutisme assourdissant des indifférences »

Dans cet article, je souhaiterais revenir sur la poétique de ce groupe, auquel je me dois, par souci d’honnêteté intellectuelle, de reconnaître mon appartenance, en analysant aussi bien les nouvelles que les chroniques parues. Dans un premier temps, je reviendrai sur les éléments de cette poétique commune, puis je voudrais montrer en quoi cette dernière s’oppose aux autres formes littéraires qui sont défendues ailleurs dans la littérature insulaire, ce sera alors l’occasion d’exprimer la pensée qui est la mienne, celle de voir ce groupe underground ouvrir la possibilité d’une littérature de combat hors d’Actes sud, un groupe inaugurant avec d’autres l’élargissement du champ littéraire sur Internet et la fondation d’un contre-pouvoir.

Éléments d’une poétique commune 

S’il reste difficile d’unir autour d’une même idée des écrivains aux styles et aux approches différents, il me semble que le fait de partager une place littéraire oblige à chercher des liens évidents entre les différents auteurs. Une des pistes importantes demeurent, de manière assez large, le rapport que l’homme entretient avec le thème du mal.

Pour s’en rendre compte, il suffit de s’apercevoir des textes qui traitent de la religion: De Profondis de Jean-Yves Acquaviva peut se présenter comme une critique du catholicisme, plus intéressé par le culte de l’argent que celui dû aux morts. C’est aussi une critique lancée à ceux qui n’honorent pas le deuil du 1er novembre et, derrière cet oubli, rendent compte de leur propre désintérêt pour une culture paysanne qu’ils ont désertée. L’action ne se déroule-t-elle pas dans « un paysage désert, mort », dans lequel uniquement deux personnes résident à l’année, dont l’un est l’affreux meurtrier d’un homme qui l’avait pourtant agressé en premier? C’est aussi un univers dans lequel le mal s’empare d’une forme physique. Tel ce cri que rapporte l’avocat du héros, coupable d’un meurtre qu’il n’a pas commis, mais qu’il est chargé, telle la figure christique qu’il incarne, d’endosser: Liberate me ex inferis (Libérez-moi des Enfers). Un autre texte, Paci è Saluta à tutti i cristiani, d’ Emmanuelle Valli, dont on pourrait penser qu’il ne relève pas du christianisme implique toutefois une dimension sacrée, du fait même de la valeur accordée à la langue française et à la langue corse, l’une est la langue du bien, l’autre la langue du mal qu’il faudrait dès lors supprimer. La dimension sacrée est déplacée au niveau symbolique, au niveau de la croyance accordée à une langue, car rien n’est plus sacré que la parole, rien ne compte plus que le Verbe. Un troisième et dernier texte, Sottumissione, de Joseph Antonetti, raconte comment la misère finit par générer une politique de la violence qui s’enracinerait dans un motif religieux. Quoi qu’il en soit, pour l’instant, il faut souligner le rôle crucial du sacré dans le déclenchement de la violence, ce rôle est connu depuis René Girard et son ouvrage, La Violence et le sacré, montrant combien celle-ci, commise au nom de Dieu, naît de l’obsession rituelle d’un bouc émissaire expliquant tout de la misère d’un groupe.

Il faut souligner le rôle crucial du sacré dans le déclenchement de la violence, ce rôle est connu depuis René Girard et son ouvrage, La Violence et le sacré, montrant combien celle-ci, commise au nom de Dieu, naît de l’obsession rituelle d’un bouc émissaire expliquant tout de la misère d’un groupe.

La deuxième partie relèverait de cette violence ontologique, de cette violence qui marque une rupture fondamentale avec la religion chrétienne tout simplement parce qu’elle la légitime, parce qu’elle lui donne une existence concrète tandis que la religion catholique, par exemple, la rejette et la nie. Un texte comme celui de Carole Zalberg marque une distinction avec les autres du fait qu’il traite de cette lassitude de la guerre renvoyant à Achille ou encore de la découverte de l’amour et de l’individualité. L’originalité du texte provient sans doute de ce titre, l’invention de la paix, qui explique, de façon mythologique, implicite, que la guerre est l’attitude fondamentale de l’humanité et que la paix finalement doit son existence à l’intelligence des hommes, l’on dira à leur intelligence politique. Il y a, dans ce titre, quelque chose qui se rapproche de Hobbes tant il insinue l’idée d’une humanité fondamentalement placée du côté du mal. Un autre texte, Celui qui écrit l’histoire, de Pierre Savalli se termine par la phrase suivante, qui confirme ce rapport intrinsèque entre l’homme et la violence: « Ùn ci hè bisognu di circà à persunificà l’orrore, u Diavule o Adolph Hitler ùn sò chè dui sinonimi per chjamà l’omu » (Pas besoin de chercher à personnifier l’horreur, le diable ou Adolf Hitler ne sont que deux synonymes pour nommer l’homme). Derrière deux figures aussi cruelles que fantasmatiques, il y a cette volonté de l’auteur de rompre avec toute une mythologie du mal. Au fond, l’Enfer ne traduit qu’une part de son créateur, témoigne de la capacité de l’humanité, de son intelligence, à mettre en forme des choses ignobles. La littérature, et le texte lui-même, sert d’ailleurs de confirmation à cette idée dans la mesure où l’imagination donne vie à l’ignoble.

J’aurais voulu insister aussi sur d’autres dimensions comme les chroniques de Stefanu Cesari sur Lovecraft, celle de Marco Biancarelli sur l’anomie, et même le texte de Pierre-Laurent Santelli, Dadaab, qui revient sur la crise en Somalie, tous ces textes qui abordent à leur façon la violence d’un monde en chute, d’un monde dans lequel aucune valeur ne semble prendre de l’importance si ce ne sont celles qui consacrent la mort et la cruauté. En cela, on peut se remémorer Le Moine de Lewis qui annonce toute une littérature frénétique, une littérature gothique, faisant de la violence et de la dégénération d’une époque le tableau formidable d’un siècle en péril. C’est peut-être ce qui définit la démarche de Tonu è timpesta: parler du terrorisme (Antonetti), du racisme (Rosecchi), de la guerre (Savalli, Zalberg, Cesari), de ce monde détruit dans lequel l’écriture est directement plongée afin d’en rendre le plus implacable témoignage.

Dépaysement

J’évoquais précédemment ce monde en ruines dont les écrivains de ce blog littéraire se présentent comme les derniers semeurs, et je souhaiterais insister dans cette partie sur cette dimension qui me paraît fondamentale pour comprendre le rôle d’une avant-garde. Aussi mythifiant que cela puisse paraître, celle-ci se fonde toujours sur une poétique de la nouveauté lui permettant de concevoir ce que j’ai nommé antérieurement l’avant et l’arrière-garde. À mon sens, cette distinction s’enracine, dans le cas qui m’intéresse, sur une tentation du dépaysement, à savoir une manière d’inscrire dans la langue corse des sujets qui ne traitent aucunement de l’île ou des sujets traitant de l’île, mais qui ne renvoient pas à la formation d’une nation.

J’évoquais auparavant les chroniques de Cesari à propos de Lovecraft ou encore de Mandelstam, la nouvelle d’Antonetti, Sottumissione, on pourrait ajouter celle de Fabien Flori, Muhammad, celle de Lucchini, de Raffalli, de Ferranti, d’Acquaviva, de Ferrari etc. On pourrait même se pencher sur des nouvelles qui empruntent des formes littéraires à d’autres nations dans le but de constituer une littérature corse inédite. C’est le cas, par exemple, de Corsican way of life, dont le texte semble répondre à celui de Raffalli, American progress, un texte qui par ailleurs fustige la mythologie du retour, la misère de l’île ou encore sa violence, un texte qui en soi rompt radicalement, par son écriture et par ses thèmes, avec une arrière-garde favorable à l’idée d’une nation unie. Enfin, une chronique comme celle de Barbara Morandini sur le dernier roman de Ferrali, témoigne de ce goût de l’avant-garde pour l’Amérique et le retour en Corse entraînant une crise personnelle, individuelle, brisant la spécificité insulaire, appelant en quelque sorte à une crise universelle. Le fait même d’évoquer une oeuvre que l’auteure de l’article qualifie en marge des valeurs nationales confirme la poétique du site, cette poétique post-moderne faisant des hommes des éternels esseulés ou, pour reprendre les termes de Sartre, des éternels condamnés à la liberté.

À propos des écrits qui concernent la Corse, je souhaiterais me concentrer un peu plus sur la nouvelle d’Antonetti, Corsican way of life. Je crois qu’il existe un modèle à cette volonté de parler de la Corse comme d’un paysage américain, une sorte de désert promis au chaos ou au désoeuvrement, il s’agit d’Orphelins de Dieu de Marco Biancarelli, qui emprunte aux codes du werstern son monde sans foi ni loi, compromis par des hordes de mercenaires. Dans le texte de Joseph Antonetti, la désillusion se traduit par la trahison d’une lutte partagée. Je cite:

« Oghje batte a closcia, campendu in una carciula in e bassure di a cità. Oghje, vede i s’anziani cumpagni di lotta, i più accaniti, quelli chì parlavanu di stirpà i pinzuti, fieri cum’è galletti in i so stabbilimenti turistichi, oghje vede triunfà ciò ch’ellu hà cumbattutu » (Trad Jean-Yves Acquaviva: Aujourd’hui, il est à la cloche, il vit dans une cave dans les bas-fonds de la ville. Aujourd’hui, il voit ses anciens compagnons d’armes, les plus acharnés, ceux qui parlaient de massacrer les pinzuti, fiers comme des coquelets dans leurs boîtes à touristes, aujourd’hui il voit triompher tout ce qu’il a combattu).

L’audace, peut-être même le scandale de ce groupe, réside certainement dans ce choix de briser, de saboter, de résister au pays là où d’autres s’efforcent de le construire, la polémique tient certainement dans une poétique de la lutte, dans son maintien, là où d’autres tentent de soutenir, voire de nourrir, une poétique de l’ordre- soit de la réappropriation.

La boîte de nuit symbolise cette société consumériste, cette société post-moderne nourrie par le seul goût pour l’argent et le pouvoir. Une différence s’établit entre celui qui n’a jamais voulu abandonner ses espoirs de jeunesse et ceux qui se sont compromis dans le tourisme de masse et l’esprit de fête. C’est cela le monde sans idéologie, celui qui est promis par le capitalisme et qui trouve son origine aux États-Unis, un monde où l’argent, du fait même de sa neutralité, gouverne, un monde sans combat, sans romanesque, sans histoire, dans lequel seul l’isolement, je dirais la marginalité, est promise aux opposants de ce système.Toutefois, critiquer le mouvement national en le renvoyant à la corruption de ses anciens combattants, je dirais même évoquer simplement le combat armé en des termes dévalorisants, réalistes, c’est déjà rompre avec l’imaginaire de l’arrière-garde.

L’audace, peut-être même le scandale de ce groupe, réside certainement dans ce choix de briser, de saboter, de résister au pays là où d’autres s’efforcent de le construire, la polémique tient certainement dans une poétique de la lutte, dans son maintien, là où d’autres tentent de soutenir, voire de nourrir, une poétique de l’ordre- soit de la réappropriation.

Au-delà du groupe corse d’Actes sud

Dans ce groupe, on s’aperçoit que les idées défendues par le Groupe corse d’Actes sud sont partagées au-delà du simple cadre de cette maison d’édition. Cela s’explique en partie par le fait que deux des membres du groupe Actes sud participent à l’aventure Tonu è timpesta, mais aussi et surtout par le fait qu’un ensemble d’auteurs possèdent une même conception du combat et du contre-pouvoir.

Au niveau intellectuel, cela se remarque par la référence fondamentale renvoyant à Gramsci. Marco Biancarelli s’y réfère dans son article pour le magazine In Corsica. Je cite:

« Rappelons-nous alors ce texte de Gramsci, Je hais les indifférents, rappelons-nous à quel point la lâcheté, mais aussi l’intérêt particulier, ou le mépris de classe, le besoin de conformisme mais aussi la défense des idéologies ou du pré-carré peuvent nourrir et légitimer le silence – celui des masses atomisées, celui des institutions livrées au marché – face à tout ce qui dévie ou ne capitule pas devant le diktat de la règle commune. Ce silence, parfois, est bien plus lourd que les accusations, bien plus efficace que toutes les mises au ban »6 .

On y rencontre le même débat, et le même goût pour la lutte qui constitue l’émergence de la singularité, qui suscite en quelque sorte le premier geste de l’écrivain- le pas de côté nécessaire à toute naissance d’oeuvre, à toute volonté de refuser la banalité, le silence, bien sûr le consentement; car dans le discours de Gramsci, ce qui s’annonce, c’est une révolte obstinée contre le consentement et la complaisance, c’est une lutte qui renvoie directement aux Indifférents de Moravia contre un système tyrannique et oppressant- qu’il soit économique, le libéralisme, politique, le fascisme, auxquels Marco Biancarelli ajoute le plan littéraire contre une littérature embourgeoisée et forcément éloignée des difficultés et de la douleur réelle éprouvée par les Corses.

Au niveau du positionnement dans le champ littéraire, Tonu è timpesta s’inscrit dans un environnement particulièrement nouveau et particulièrement riche, Internet, un univers dans lequel une concurrence et une adversité au mouvement d’arrière-garde se forment par le support lui-même et entraînent d’une certaine manière l’établissement d’un contre-pouvoir; car écrire sur Internet, c’est d’une part refuser aux éditeurs le seul temps de la publication et d’autre part établir seul l’organisation de son propre espace public. Par cela, c’est en quelque sorte imposer au champ un contre-pouvoir, établir sa propre hiérarchie et son propre lectorat. Cela ne signifie pas que le livre ne tient pas son rôle, mais plutôt qu’il s’impose dans une situation de complémentarité, dans un rapport si l’on veut d’attestation, d’institutionnalisation, de reconnaissance de la valeur symbolique d’une aventure littéraire partagée. Un autre moyen permet à ce groupe de revendiquer sa situation de contre-pouvoir, son institutionnalisation comme outil d’opposition, c’est l’instauration d’un Prix littéraire décerné par les lecteurs du site. Celui-ci décrète la valeur des textes de manière interne, établit donc une hiérarchie entre les membres, de façon totalement indépendante au circuit de consécration classique du champ littéraire insulaire puisqu’il est réalisé sans concours extérieur.

Il n’est pas rare de voir un groupe littéraire se constituer en société, voire en mouvement ayant pour but de disputer aux conservateurs, l’on dira aux classiques, l’autorité sur le champ littéraire. Ce fut aussi le cas des romantiques, que ce soit à l’époque d’Hugo ou encore de Chateaubriand, que de défendre des conceptions périphériques, qui ne demandent ou ne s’élaborent que pour devenir majoritaires; et d’une certaine façon, le réalisme de Marco Biancarelli, de Joseph Antonetti, de Fabien Flori et d’autres que je ne peux malheureusement pas citer s’impose déjà dans la société insulaire et dans le champ littéraire, en donnant par leur écriture une expérience de langage partagée par les lecteurs contemporains et primée aussi bien dans le champ littéraire insulaire que dans le champ littéraire français.

Pour en savoir plus: http://tonutimpesta.blogspot.fr/

Notes:

  1. Cf. Hegel, Esthétique, Tome 1, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2009.

  2. Marc Biancarelli, « Le Tonnerre et la tempête »In. In Corsica, N°16, Ajaccio, août 2016, p.41.

  3. Idem.

  4. « Avant-garde », in Olivier Christin (dir.), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Paris, Métailié, 2010, p. 65-82.

  5. Marc Biancarelli, « Le Tonnerre et la tempête »In. In Corsica, N°16, Ajaccio, août 2016, p.41.

  6. Ibid, p.41.
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Crédits : Sylvain Bourmeau - Radio France
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