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De l’assouplissement du canon littéraire

Jonathan Culler

Jonathan Culler

Jonathan Culler, prestigieux professeur de littérature anglaise de l’université de Cornell, connu des étudiants anglo-saxons pour ses travaux sur la critique et la théorie littéraire, notamment le structuralisme et les nouveaux courants analytiques, est enfin traduit en français par les éditions des Presses Universitaires de Vincennes. Le moment pour nos lecteurs de découvrir son ouvrage de référence, Literary Theory : A Very Short Introduction. afin d’approcher dans la langue de Molière les tendances de la théorie littéraire actuelle.

Avril 2016

Avril 2016

La présente édition augmentée est la vingt-troisième traduction d’un livre paru chez Oxford University Press en 1997 : Literary Theory : A Very Short Introduction. Avec ce précis de théorie littéraire, Jonathan Culler nous propose une vision synoptique des divers courants critiques et écoles de pensée qui ont émergé au cours du vingtième siècle en structurant son propos autour des enjeux majeurs de la discipline. Après avoir sérié les quatre principales caractéristiques de la théorie (à savoir une critique du sens commun qui se veut interdisciplinaire, analytique et spéculative, tout en comportant une dimension réflexive), l’auteur tente de circonscrire la notion de « littérature », une catégorie qu’il est malaisé de cerner.

Au vingt-et-unième siècle, depuis l’émergence du courant postcolonial et de la culture numérique, la littérature, à l’inverse de son étymologie latine, n’est ni forcément une chose écrite ni pérenne. Si l’on devait redéfinir ce concept au regard des cultures indigènes dont le patrimoine littéraire a, pour l’essentiel, longtemps emprunté à la tradition orale (un aspect que l’ouvrage ne manque pas d’effleurer), la littérature pourrait être définie comme toute production linguistique écrite ou orale proposée au public tel un produit fini qui possède un degré certain de fictionnalité, d’ambiguïté et d’esthétisme, tout en étant dépourvu de fonction pragmatique. Mais au lieu d’apporter une réponse définitive à la question « Qu’est-ce que la littérature ? », Jonathan Culler met en place une approche heuristique qui finit par circonscrire de manière détournée l’objet littéraire en déclinant ses nombreuses fonctions (langagière, culturelle, esthétique, cognitive, sociétale, patriotique, etc.) au travers de ses variations historiques. Et ce spécialiste du structuralisme et du déconstructionnisme d’en venir à pointer un paradoxe troublant en déclarant que « la littérature est à la fois le nom que l’on donne à ce qu’il y a de plus conventionnel […] et à ce qu’il y a de plus parfaitement anticonformiste, comme dans les cas où les lecteurs peinent à trouver ne serait-ce qu’un semblant de sens au texte ». Culler démontre à quel point la théorie est salutaire en prenant fait et cause pour les études culturelles (Cultural Studies) à qui il revient d’avoir élargi « l’éventail des problématiques auxquelles un texte peut répondre et d’attirer l’attention sur les différents moyens qu’elles emploient pour contester et compliquer les idées de leur époque ».

Avec ce précis de théorie littéraire, Jonathan Culler nous propose une vision synoptique des divers courants critiques et écoles de pensée qui ont émergé au cours du vingtième siècle

Théorie littéraire n’est pas un catalogue exhaustif des grandes idées contemporaines qui ont traversé les études littéraires, mais se propose plutôt de traiter les problématiques phares qui ont contribué à assouplir le canon littéraire. Par exemple, s’interroger sur le langage, le sens et l’interprétation, est l’occasion pour cet universitaire américain de faire un petit détour du côté de la linguistique structurale saussurienne, puis d’évoquer l’herméneutique et la théorie de la réception avec la plus grande clarté.

L’ouvrage scindé en neuf chapitres est flanqué d’un volet en annexe qui survole les écoles et mouvements théoriques avec quelques omissions puisque le lecteur ne trouvera aucun commentaire sur la critique cognitive (Cognitive Criticism) ou sur le darwinisme littéraire (literary Darwinism) en dépit de la brève mise à jour de l’auteur. Mais trêve d’ergoteries et saluons comme il se doit l’apport didactique lumineux de Jonathan Culler au champ de la critique littéraire. Nul doute que les étudiants francophones seront reconnaissants envers les Presses Universitaires de Vincennes et leur collection « Libre Cours » de rendre accessibles des ouvrages indispensables désormais et à la portée de toutes les bourses.

  • Jonathan Culler, Théorie littéraire, traduction d’Anne Birien, Presses Universitaires de Vincennes, 210 pages, 10 euros, avril 2016.
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