Au cœur de La Vallée des loups

Après la parution de son livre La Vallée des loups, Jean-Michel Bertrand revient sur son périple de trois ans à travers les montagnes à la recherche du canidé et nous offre un morceau de son voyage dans un documentaire retraçant sa quête obstinée.

La vie du loup a longtemps été mise en péril en France par des persécutions répétitives. Depuis l’instant où Charlemagne créa le « corps de louveteries », l’extermination de cet animal, considéré comme nuisible, n’a cessé de se perpétuer de siècle en siècle. Le célèbre épisode de la bête du Gévaudan nous rappelle combien l’homme a traqué cette bête, élevée en un mythe de férocité, et dont l’élimination était récompensée. Après la Révolution française, la chasse n’étant plus réservée à l’aristocratie, la poursuite du loup s’est grandement répandue pour l’appât du gain. Cet acharnement laissa place à une disparition totale du loup à compter de 1939. Pourtant, certains individus commencent à pouvoir observer de nouveau cette créature, revenue d’Italie par migration progressive et qui avait si longtemps déserté les montagnes françaises.

Longue épopée

Jean-Michel Bertrand, passionné comme bien d’autres par cette réapparition, décide ainsi de se lancer dans une longue épopée, retranscrite dans son documentaire La Vallée des loups, où la recherche du loup sauvage dans les Alpes françaises devient un but obsessionnel. L’animal est désormais protégé sur le territoire ce qui rend son abattage impossible pour les éleveurs d’ovins. L’observation est donc possible et se fait même contemplation : dans La Vallée des loups, produit par Jean-Pierre Bailly (Le Dernier trappeur, Loup), le réalisateur s’est donné pour quête d’immortaliser ce retour du loup dans son milieu naturel.

Dans La Vallée des loups, produit par Jean-Pierre Bailly (Le Dernier trappeur, Loup), le réalisateur s’est donné pour quête d’immortaliser ce retour du loup dans son milieu naturel

Nous voilà plongés dans l’aventure d’un homme passionné, ayant marché des centaines de kilomètres durant trois ans, à la recherche du prédateur. De cette poursuite obstinée, il puise des images uniques, celles d’une faune forestière qui s’agite sur fond de paysages splendides, vierges de toute intervention humaine, et dont les panoramas apportent au spectateur un sentiment de liberté.

A travers ce documentaire intimiste, Jean-Michel Bertrand nous invite à pénétrer dans son quotidien semé d’obstacles. La narration subjective utilisée donne au spectateur l’impression de lire un journal intime, sans mise en scène. De la joie à la colère, tout un éventail de sentiments se déploie sous nos yeux, bercé par la musique d’Armand Amar. Devant faire preuve de patience (et souvent faire face à l’ennui de l’attente), l’observateur doit affronter les intempéries d’une météo capricieuse. Au fil du documentaire, les saisons s’écoulent, nous permettant de nous situer temporellement et de nous rendre alors compte du courage et de la ténacité dont a du faire preuve le réalisateur durant sa quête. La neige, le froid, le vent, la pluie, autant d’éléments naturels qui rendent difficiles cette recherche tout en mettant en lumière l’acharnement d’un homme persévérant et transporté par une passion qui remonte à l’enfance.

Filmer les animaux

Dès ses 16 ans, celui-ci quitte en effet l’école pour se consacrer à son objectif, celui de filmer les animaux en milieu sauvage. « Enfant, je rêvais de voir l’aigle, rarissime à l’époque, persécuté par les brûleurs de sorcières. », déclare-t-il dans La Vallée des loups. Cet aigle en question a déjà valu un premier documentaire à Jean-Michel Bertrand, Le Vertige d’une rencontre (2010). On remarque que l’amour que cet homme voue aux animaux est palpable, non seulement envers les loups mais aussi envers les diverses espèces animales que l’on côtoie durant le film. Il a notamment souhaité laisser inconnu l’emplacement exact du tournage afin de préserver la tranquillité de cette vallée des loups et par conséquent les protéger de l’homme. Le réalisateur prend aussi garde à ne pas s’asseoir sur les fourmis, n’envahit pas l’espace des animaux en se montrant des plus discrets et donne de petits noms aux animaux de la forêt, cette forêt qu’il appelle « la forêt de Tolkien ».

Une belle leçon de vie et de respect émane donc de La Vallée des loups de la part d’un passionné qui nous sensibilise à la sauvegarde du Canis Lupus. En nous en apprenant plus sur cette espèce, crainte à cause de la réputation qu’on a pu lui attribuer du fait de faits historiques ou de contes tels que Le petit chaperon rouge de Charles Perrault, le réalisateur démystifie le personnage du Grand Méchant Loup : ainsi n’a-t-il peut-être pas mangé le petit chaperon rouge qui se promenait dans la forêt.

Jocelyn Barbier

  • La Vallée des loups, documentaire de Jean-Michel Bertrand, actuellement en salles (4 janvier 2017)
  • La Vallée des loups, livre de Jean-Michel Bertrand (10 novembre 2016), éd. La Salamandre

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