puce cinemaFilms

Le calme et la fureur : un Jarmusch dédoublé

173_1j_jarmusch_1_web_jessehill_

En ce début d’année, nous voila face à face avec un Jim Jarmusch faisant figure de Janus. Avec les sorties rapprochées de ses deux derniers films (Paterson en décembre 2016, Gimme Danger en février 2017) et peu de temps après son opus fantastiquement esthétique Only Lovers Left Alive, Jarmusch possède décidément plusieurs cordes à son arc.

PatersonAprès avoir fait naître a l’écran des personnages rocambolesques (les indiens et les cow-boys de Dead Man, le trio fugitif de Down by Law) ou les quidams nord-américains de notre temps (Coffee and Cigarettes, Broken Flowers) ; après avoir sillonné le globe armé de sa caméra (Night on earth, Only Lovers Left Alive), Jim Jarmusch resserre cette fois son microscope pour opérer un zoom : sur la modeste ville de Paterson d’une part, et le mythique groupe des Stooges d’autre part.

Par-delà sa tentative de capter l’infiniment biographique et l’infiniment local, Jarmusch est un réalisateur nomade. On voyage avec Paterson (Adam Driver) le chauffeur de bus de cette ville éponyme qui s’inspire de chaque objet – ou sujet : sa bien-aimée ou son chien – du quotidien pour noircir son carnet de poèmes-haïkus. On est également en perpétuel déménagement avec la caravane déjantée des Stooges, qui fait son entrée tonitruante dans la musique des 70’s puis se ramasse sur le bas-côté de la route, dans un fracas d’excès et d’overdoses.

Jarmusch pose son regard tendre et affectueux – à déceler sous ses lunettes opaques de sarcasmes – tantôt sur desGIMME_DANGER_affiche_120x160_WEB héros du quotidien, tantôt sur des monstres punk. Le documentaire s’autorise ainsi des écarts de forme surprenants, comme les dessins animés illustrant les anecdotes narrées par un Iggy Pop apaisé ; quand la fiction déploie au contraire toute l’ampleur de sa mise en scène épurée (plan fixe sur un paysage, travelling sur la route que parcourt le bus…). Le premier ressemble à un pantin fou sortant de sa boîte pour ramener le spectateur à la vie avec toute la force et l’énergie de sa bande-son hystérique, et le deuxième intervient sur nos âmes comme une douce berceuse incitant à rêver et à sortir de la salle de cinéma avec un œil plus attentif au monde. Deux panacées, en somme. Longue vie à Jarmusch!

  • Paterson, de Jim Jarmusch, en salles le 21 décembre 2016.
  • Gimme Danger, de Jim Jarmusch, en salles le 1er février 2017.
Imprimer cet article Imprimer cet article

Commentaires

Copyright © 2013 Zone Critique. Tous droits réservés. ISSN 2430-3097
Lire les articles précédents :
Au cœur de La Vallée des loups

Après la parution de son livre La Vallée des loups, Jean-Michel Bertrand revient sur son périple de trois ans à...

Fermer