Les 10 répliques “choc” du Festival de Cannes

cannes photographes

La 67ème édition du festival, se déroulera du 14 au 25 mai 2014

La 70ème édition du Festival de Cannes démarre le 17 mai prochain. Palmiers, paillettes, stars, films et tapis rouge seront au rendez-vous. L’occasion pour Zone Critique, qui sera présent au festival, de revenir sur 10 scandales qui ont affolé la Croisette ces soixante dernières années.

1/ « Tant que le sexe fera vendre, je serai la créature la plus sexy sur deux pattes ! »

  • Simone Silva en 1954
Simone Silva et Robert Mitchum déchaînent les photographes en 1954

Simone Silva et Robert Mitchum déchaînent les photographes en 1954

Pour sa septième édition, le Festival de Cannes plonge déjà dans le tourbillon du scandale. Les stars savent qu’elles peuvent jouer de leur image pour faire leur promotion ; les photographes eux, cherchent à déclencher le plus vite possible pour réaliser un cliché qui se vendra à prix d’or.

En 1954, la jeune starlette Simone Silva vient d’être élue « Miss Festival ». Une excursion publicitaire aux îles de Lerins va provoquer la chute de l’étoile en pleine ascension. Vêtue d’un short vert et d’un haut rose, elle s’amuse avec Robert Mitchum devant les objectifs. Sans doute légèrement grisée par l’alcool, elle cède face à l’insistance des photographes et enlève son bustier sous l’œil surpris de Mitchum.

Simone Silva seins nus dans les bras du bel acteur américain : les photos vont faire le tour du monde. « Qu’est-ce que je pouvais faire ? » se défendra ensuite le comédien. Même si l’actrice cache sa poitrine opulente, l’image choque l’Amérique puritaine qui vogue en plein Maccarthysme. Elle choque aussi la direction du Festival qui expulse Simone Silva sans ménagement.

La pin-up ne s’en relèvera jamais. Harcelée par les ligues de vertu, tracassée par les services de l’immigration aux États-Unis, trompée par des promoteurs peu scrupuleux, elle sera retrouvée morte à 20 ans dans sa chambre londonienne en 1957.

2/ « La France refuse la vérité »

  • Jean Cayrol en 1956, scénariste de Nuit et Brouillard d’Alain Resnais
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L’affiche du film réalisé par Alain Resnais

1955. Le Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale commande un film à Alain Resnais à l’occasion des dix ans de la libération des camps de concentration nazis.

Quelques mois plus tard, Nuit et brouillard voit le jour. Pour la première fois, l’horreur du système concentrationnaire est dévoilée aux yeux du monde. Pendant 32 minutes se mêlent photographies, images d’archives en noir et blanc et prises de vue en couleur tournées dans les camps d’Auschwitz et de Majdanek en 1955. Pour l’Allemagne (et la France) c’est encore trop tôt.

Le film est pourtant choisi pour représenter la France au Festival de Cannes en 1956. La RFA fait alors une demande officielle au gouvernement français pour retirer l’œuvre de Resnais. Guy Mollet accepte et déclenche un tollé, aussi bien dans le monde du cinéma que chez les anciens déportés. Ceux-ci menacent d’ailleurs de monter le tapis rouge en habits rayés si l’interdiction de projection est maintenu.

Jean Cayrol, le scénariste, s’exprima dans Le Monde du 11 avril 1956 : « La France refuse ainsi d’être la France de la vérité, car la plus grande tuerie de tous les temps, elle ne l’accepte que dans la clandestinité de la mémoire. (…) Elle arrache brusquement de l’histoire les pages qui ne lui plaisent plus, elle retire la parole aux témoins, elle se fait complice de l’horreur. »

Le gouvernement français lui, se défend mollement via un communiqué, en soulignant qu’il aurait été « souverainement inconvenant de présenter un tel document dans l’atmosphère de festivité internationale qui est celle des rencontres internationales de Cannes. »

Finalement, le film sera tout de même projeté hors compétition lors du Festival, le 29 avril 1956, jour consacré à la commémoration nationale des déportés.

3/ « La Dolce Vita est une incitation au mal, au crime et au vice. »

Dolce Vita

Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi : LA scène culte de La Dolce Vita

Récompensée de la Palme d’Or, La Dolce Vita de Federico Fellini déchaîne les critiques en 1960. Le long-métrage de trois heures présente l’errance du jeune chroniqueur Marcello à Rome. Il brise surtout les bonnes mœurs de l’époque en montrant les personnages se noyer dans l’ivresse, l’oisiveté et les plaisirs charnels.

Un spectacle insoutenable pour le siège de l’Église situé en plein cœur de Rome. L’Osservatore Romano, le journal officiel du Vatican, va renommer le film « La Sconcia Vita » (« La Vie répugnante »). Il accuse l’œuvre de Fellini d’être blasphématoire, pornographique et menace les spectateurs d’excommunication. Des critiques qui blesseront le réalisateur croyant, qui s’est toujours défendu d’avoir réalisé un film anti-catholique : « Que voyons-nous dans La Dolce Vita ? Une série de personnages qui acceptent sans sourciller, sans plus s’en étonner, le péché. Pour moi, ce film veut raconter l’histoire d’un édifice en train de s’effondrer parce que les fondations ont cédé. »

4/ « Moi je vous parle solidarité avec les ouvriers qui occupent les usines Renault et vous me répondez travelling et gros plans ! »

  • Jean-Luc Godard en 1968, juste avant l’arrêt du Festival à cause des événements de Mai 68.
Manifestation devant le Palais des festivals de Cannes en mai 1968. © HUFFSCHMITT/SIPA

Manifestation devant le Palais des festivals de Cannes en mai 1968.
© HUFFSCHMITT/SIPA

Tapis rouge, stars et paillettes : le glamour habituel annonce l’ouverture du 21ème Festival de Cannes, le 10 mai 1968. Au même moment à Paris, les étudiants en grève élèvent des barricades dans le quartier latin. Les pavés volent et les CRS chargent. Des centaines de personnes sont blessées. La contestation étudiante gagne rapidement le milieu ouvrier et un mouvement de grève générale fleurit dans toute la France. Le Festival de cinéma le plus prestigieux du monde ne sera pas épargné.

Déjà échaudés par l’éviction de Henri Langlois de la Cinémathèque Française par le ministre de la Culture André Malraux, François Truffaut et Jean-Luc Godard prennent la tête de la révolte à Cannes. Tandis que les étudiants et ouvriers grévistes de la région manifestent devant le Palais des festivals, les réalisateurs réclament l’arrêt du Festival.

Le 18 mai, Truffaut s’impatiente : « La radio donne des nouvelles, heure par heure. On annonce que les usines sont occupées, que les trains ne marchent plus. Bientôt, ça va être les métros et les bus. Alors si on annonce toutes les heures ‘Et le Festival de Cannes continue’, c’est franchement ridicule! » Louis Malle et Roman Polanski ont déjà démissionné du jury. Dans la Grande Salle, la situation dégénère : Carlos Saura et sa compagne Géraldine Chaplin s’agrippent au rideau pour empêcher la projection de leur film Peppermint frappé. La film démarre tout de même, lumières allumées et dans la confusion générale. Godard perd ses lunettes et se prend une baffe. Truffaut est bousculé et tombe. Coups et insultes pleuvent.

Le lendemain, c’est l’écran noir : Robert Favre Le Bret, délégué général du Festival, annonce la clôture de l’événement. Pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il n’y aura pas de Palme d’Or remise à Cannes.

5/ « Vous n’avez plus qu’à nous pisser dessus maintenant ! »

  • Un spectateur en 1973 après la projection de La grande bouffe
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André Ferréol et Philippe Noiret

« Ubuesque, scatologique, trivial, pornographique, insoutenable… Mais aussi un grand morceau de cinéma, l’œuvre d’un moraliste qui s’élève contre la société de consommation. » Il est 20h le 21 mai 1973 : Jean Marquet, le présentateur du journal télévisé essaye de résumer les polémiques soulevées par La grande bouffe de Marco Ferreri.

Dans ce film, quatre amis gourmets se retrouvent le temps d’un week-end pour un « séminaire gastronomique ». Aux plaisirs des papilles vont rapidement s’ajouter les plaisirs charnels, jusqu’à transformer la réunion en gigantesque orgie. Un déversement de chairs, de nourriture et de fornication qui déchaîne la critique : « Le Festival a connu sa journée la plus dégradante et la France sa plus sinistre humiliation » (Europe 1), « Obscène et scatologique, d’une complaisance à faire vomir, ce film est celui d’un malade qui méprise tellement les spectateurs que l’on ne peut que se réjouir des huées qui l’ont accueilli » (Télérama).

La présidente du jury Ingrid Bergman déclare même que La Grande bouffe et La maman et la putain de Jean Eustache, présenté la même année, sont les films « les plus vulgaires et les plus sordides du Festival. » Marco Ferreri repartira néanmoins avec le Prix de la critique internationale.

6/ « La discussion était longue, laborieuse et fatigante, mais on est arrivé à un accord. »

  • Françoise Sagan, présidente du jury en 1979
Francis Ford Coppola et Volker Schlöndorff

Francis Ford Coppola et Volker Schlöndorff

Pour le 32ème Festival de Cannes, l’écrivaine Françoise Sagan est nommée présidente du jury à la surprise générale. Un jury très littéraire, puisque la moitié de ses membres sont des experts de la plume (deux journalistes, Rodolphe M. Arlaud et Maurice Bessy, le scénariste Sergio Amidei, et l’écrivain Robert Rojdestvensky).

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola est LA vedette absolue du Festival. Sauf pour Françoise Sagan, qui lui préfère Le Tambour de Volker Schlöndorff. Les discussions sont longues et laborieuses. Les jurés s’écharpent. Finalement, les deux long-métrages obtiennent la Palme d’or.

Mais l’auteure de Bonjour tristesse est rancunière. Elle brise le secret des délibérations en affirmant avoir subi des pressions de la part de la direction du Festival pour sacrer Apocalypse Now. Fâchée, elle part sans payer sa note de frais exorbitante à l’hôtel. Des frais que refusera également de payer le Festival.

7/ « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ! »

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Maurice Pialat après avoir reçu la Palme d’Or

 En 1987, le jury présidé par Yves Montand, décide à l’unanimité d’attribuer la Palme d’Or à Maurice Pialat pour Le soleil de Satan. Dans ce film on suit le cheminement intérieur du curé d’un petit village du nord de la France, ses doutes face à la vocation, son hésitation entre le Bien et le Mal.

Austère, certains diront obscur, Le soleil de Satan n’enchante pas la Croisette à la différence de Les Ailes du désir de Wim Wenders, grand favori des critiques. Maurice Pialat recevra son prix sous les huées du public. Poing levé, il clamera aux journalistes : « Je ne vais pas faillir à ma réputation : je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m’adressez. Et si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ! »

8/ « Putain fait chier, quelle daube ! »

  • Une spectatrice en 1994, lors de la remise de la Palme d’or à Pulp Fiction.
L'équipe du film Pulp Fiction © PATRICK HERTZOG /AFP

L’équipe du film Pulp Fiction
© PATRICK HERTZOG /AFP

23 mai 1994 : Clint Eastwood, le président du jury, annonce la remise de la Palme d’or à Pulp Fiction. Le jeune Quentin Tarantino, à peine 30 ans, et sa troupe (Bruce Willis, Samuel L. Jackson, John Travolta…) grimpent tout sourire sur le podium. Dans la salle les applaudissements se mêlent aux vociférations.

Nikita Milkhalkov et son Soleil trompeur avait en effet conquis une partie des festivaliers et semblait en pôle position pour la récompense suprême. Une fan du réalisateur russe s’exclame même : « Putain, fait chier… Quelle daube ! » Les jurons arrivent à l’oreille du réalisateur lauréat qui se fend d’un rapide doigt d’honneur en direction de la mécontente avant de prononcer un discours qui tombe à pic : « Je ne m’attends jamais à recevoir de récompenses dans les festivals car je ne fais pas de cinéma pour rassembler les gens. Mes films à moi divisent… »

9/ « Je suis le plus grand réalisateur du monde. »

  • Lars von Trier en 2009
Lars Von Trier Stirs Controversy with Nazi Comments

Lars von Trier au Festival de Cannes 2011

Neuf ans après sa Palme d’or pour Dancer in the Dark, Lars von Trier espère de nouveau décrocher le Graal avec Antichrist. Son nouveau film suscite très vite le malaise sur la Croisette. Après la mort de leur enfant, un couple s’aime et se déchire dans un chalet retiré du monde. Mêlant sexualité crue et violence, Antichrist ne séduit pas la critique : La Croix évoque un « onirisme sanglant et mortifère, […] le fruit monstrueux d’un grand cinéaste, plongé en pleine nuit » tandis que L’Express parle d’un film « incompréhensible que sa forme ne sauve même pas du panier. »

Bousculé en conférence de presse, Lars von Trier répondra, fidèle à sa réputation mêlant arrogance et cynisme : « Je ne suis pas conscient de ce que peut provoquer mon film. C’est la main de Dieu qui l’a fait. Et je suis le plus grand réalisateur du monde ! » Charlotte Gainsbourg obtiendra tout de même le prix d’interprétation féminine pour sa prestation.

Deux ans plus tard, le réalisateur danois se fâche définitivement avec le Festival. Alors qu’il présente son film Melancholia, Lars von Trier se lance dans une tirade polémique à propos d’Hitler : « Je crois que je comprends l’homme. Ce n’est pas vraiment un brave type, mais je sympathise un peu avec lui. » Lars Von Trier affirme dans la foulée que c’est une plaisanterie, mais le mal est fait. Malgré ses excuses, il sera évincé du Festival et est désormais considéré comme une persona non grata

10/ « La prostitution est le fantasme de beaucoup de femmes. »

  • François Ozon en 2013
Géraldine Pailhas, François Ozon et Marine Vacth. © AFP

Géraldine Pailhas, François Ozon et Marine Vacth.
© AFP

Alors qu’il présente son film Jeune et jolie, l’histoire d’une adolescente vendant ses faveurs sexuelles à des hommes plus âgés, François Ozon s’attire les foudres d’une partie de la gent féminine (et masculine). Dans une interview au Hollywood Reporter, le réalisateur français affirme : « I think women can really be connected with this girl because it’s a fantasy of many women to do prostitution. » (« Je pense que les femmes peuvent vraiment se reconnaître dans cette fille car la prostitution est le fantasme de beaucoup de femmes. »)

Les réactions outrées affluent rapidement sur les réseaux sociaux :

François Ozon utilisera lui aussi Twitter pour s’excuser rapidement.

 Lola Cloutour

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