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Dunkerque, au-delà du film de guerre

DunkerqueDunkerque de Christopher Nolan vient de rafler trois oscars (meilleur montage, meilleur montage de son et meilleur mixage de son) et nous indique qu’une fois de plus, le réalisateur d’Interstellar (2014) a enchaîné un succès public (523 millions de dollars au box-office) et critique. Preuve que le genre du film de guerre est encore populaire auprès des spectateurs. Quelles peuvent être les raisons d’un tel succès ?

Dunkerque, 2017

Dunkerque, 2017

Un film à contre-courant

Fidèle à son style quasi contemplatif, Christopher Nolan adopte dans Dunkerque des plans larges aux vues spectaculaires. Comme pour n’importe quel film de guerre, le spectateur s’attend à ce que le montage soit extrêmement cadencé. Or ici, il ne l’est pas du tout. Dunkerque s’éloigne de toutes les caractéristiques attendues du genre, comme l’inévitable scène de bataille par exemple. Dans le film, il n’y a même pas de bataille à proprement parler puisque les armées françaises et britanniques sont incapables de riposter. Le combat a lieu dans le ciel, sur la mer, jamais sur terre. Les plans séquences comme celui montrant la plage de la ville au début du film donnent au long-métrage un rythme lent alors que celui-ci traite de l’urgence : celle de l’évacuation. Ce contraste donne une richesse supplémentaire au film.

Mais la caractéristique la plus frappante de ce long-métrage relève de l’écriture et de la mise en scène : en effet, on ne voit jamais l’ennemi ! Même lorsque le personnage joué par Tom Hardy est capturé par les allemands, on ne distingue pas clairement le visage des soldats. Les seules sources de danger sont les avions allemands, les Stukas qui bombardent la plage : on ne voit en revanche jamais un visage, ni le moindre général allemand. L’ennemi est ainsi déshumanisé, c’est une masse menaçante et invisible. Ce choix d’écriture et de mise en scène est assez rare. Par exemple, Tu ne tueras point de Mel Gibson, qui traite de la guerre du Pacifique, a adopté des choix différents, voire opposés, en développant des personnages japonais. Pour autant, le spectacle de l’action pure n’est pas délaissé, comme lors de la scène dantesque du naufrage du bateau rempli de soldats britanniques. Malgré les fulgurances de son style, Nolan a affirmé avoir voulu traiter son sujet de manière terre à terre et réaliste, considérant sa caméra comme étant le spectateur. Ces deux photographies montrent ainsi la fidélité du film face à l’événement réel.

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Immersion dans l’Histoire

Toutes ces caractéristiques peuvent faire penser à un autre film adoptant un style similaire, mais où ces choix de style d’écriture et de mise en scène n’ont pas été aussi bien maîtrisé, La Ligne Rouge (1998). En effet, dans Dunkerque, Christopher Nolan évite brillamment le piège de l’introspection, tandis que le film de Terrence Malick se vautre de manière balourde dans ce concept extrêmement difficile à manier. L’introspection peut paraître affreusement irréaliste dans un film de guerre et c’est ce qui se produit dans La Ligne rouge, où Malick filme des soldats en pleine interrogation existentielle alors que la guerre fait rage ! Cette impression découle aussi de l’écriture de l’histoire, subjective et irréaliste, ce qui détruit toute immersion possible pour le spectateur. Étant donné que la durée du film approche les trois heures, son visionnage peut être perçu comme incroyablement pénible pour certains.

En effet, dans Dunkerque, Christopher Nolan évite brillamment le piège de l’introspection, tandis que le film de Terrence Malick se vautre de manière balourde dans ce concept extrêmement difficile à manier.

L’un des atouts de Dunkerque, c’est donc aussi sa durée : une heure quarante sept minutes. Alors que la longueur des films tend de nouveau à s’allonger, Dunkerque ne dépasse pas deux heures. Par ailleurs, excepté Kenneth Branagh qui peut être considéré comme un second rôle, le casting du film est composé essentiellement d’acteurs inconnus, et plus important encore, jeunes ! Yves Boisset, réalisateur français qui a observé la guerre a souligné ce fait : « Les gens qui font la guerre ont autour de 20 ans, rarement plus. » Et en effet, l’acteur principal du film qui joue le rôle de Tommy, Fionn Whitehead, est âgé de… 20 ans. Cette absence de vedettes renforce notre immersion dans l’Histoire et provoque notre immersion dans cette histoire.

Dunkerque affiche donc un mélange des genres. En effet, le spectateur suit plusieurs personnages qui vont vivre l’évacuation de manières différentes. Cette structure fait écho au genre du film catastrophe : un cataclysme est vécu par plusieurs personnages qui n’ont parfois aucun lien entre eux, et qui vont tout tenter pour survivre.

Fionn Whitehead

Fionn Whitehead

La victoire dans la défaite

Cet épisode du second conflit mondial évoqué dans le film est traité de manière originale et novatrice : il s’agit ici d’aborder la victoire dans la défaite. Dunkerque traite de la débâcle. Les forces anglaises et françaises sont défaites et acculées par l’armée allemande. Grâce au courage de l’armée française et à l’élan des propriétaires de bateaux anglais, la grande majorité de l’armée britannique a pu être sauvée et conservée pour la fin du conflit. Le rôle de l’armée française dans le succès de l’évacuation est d’ailleurs justement mentionné dans le film.

Néanmoins, Dunkerque a des points critiquables. Par exemple, la continuité temporelle laisse à désirer. L’alternance d’aube et de nuit à l’écran est assez déconcertante : il n’y a pas de décalage horaire entre Dunkerque et l’Angleterre. Par ailleurs, l’altercation entre le soldat anglais et le jeune homme entraînant la mort de ce dernier peut paraître de trop et bien mal crédibilisée, voire même à la limite du ridicule.

Si Dunkerque est donc devenu le film traitant de la Seconde guerre mondiale qui a engrangé le plus de bénéfices, ce n’est certainement pas par hasard mais grâce à l’originalité et à la fidélité de son scénario et celle du metteur en scène qui a dirigé le film.

  • Dunkerque, Christopher Nolan, 2017

Arnaut Granat

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