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71e Festival de Cannes : nos pronostics

À un mois du Festival de Cannes, les annonces s’accélèrent, comme le rythme du cœur des cinéphiles, pressés de découvrir la sélection que Thierry Frémaux dévoilera le 12 avril. On sait désormais qu’Asghar Farhadi ouvrira les festivités avec Everybody Knows, drame espagnol porté par le couple phare Penélope Cruz – Javier Bardem, avec Edouard Baer en maître de cérémonie. Le dernier Star Wars, Solo: A Star Wars story sera aussi présenté Hors Compétition cette année. On sait également que Cate Blanchett présidera le Jury Officiel, Bertrand Bonello celui de la Cinéfondation et Benicio Del Toro celui d’Un Certain Regard. Côté distinctions, Martin Scorsese recevra le Carrosse d’or dans la section parallèle de la Quinzaine des Réalisateurs, tandis que 2001 : L’Odyssée de l’espace aura les honneurs de Christopher Nolan pour Cannes Classics. Mais qu’en est-il des films du cru 2018 ?

CANNES71-7Après la Palme d’or anniversaire remportée par le Suédois Ruben Östlund avec The Square, quels réalisateurs se lanceront dans l’arène de la 71e édition ? Entre les chouchous, les traditionnels cinéastes de référence et les challengers : plein feu sur les noms qui illumineront peut-être La Croisette, du 8 au 19 mai.

Frenchies : Les cadors

Jacques Audiard, Les Frères Sisters

Habitué du Festival, le réalisateur d’Un Prophète (2008) a connu sa première sélection cannoise en tant que scénariste pour Grosse Fatigue (1994) de Michel Blanc. Une vingtaine d’années plus tard, il était consacré comme metteur en scène avec Dheepan (2015), drame social en langue tamoule dans un Paris sans complaisance. Changement de décor et d’époque pour ce western qui suit l’itinéraire de deux chasseurs de prime, les frères Charlie (Joaquin Phoenix) et Elie Sisters (John C. Reilly), à travers l’Ouest américain du milieu du XIXe siècle. Adapté du roman de Patrick Dewitt et dopé par un casting que complètent Jake Gyllenhaal, Rutger Hauer et Riz Ahmed, ce film marque l’incursion du cinéaste au pays de l’Oncle Sam.

Pierre Schoeller, Un Peuple et son roi

Fort d’une distribution très cannoise, où se côtoient Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel et Denis Lavant, Un Peuple et son roi vaut au réalisateur de L’Exercice de l’État (en compétition en 2011) d’explorer son thème de prédilection, les arcanes du pouvoir. Celui-ci s’exerce sur fond de Révolution française avec, comme mot d’ordre, une justesse historique rigoureuse. Un film en costumes qui représente l’une des productions hexagonales les plus conséquentes de l’année.

Philippe Faucon, Amin

Adepte des films aux titres de prénoms, le réalisateur de Samia (2000) et de Fatima poursuit sa fresque sociale avec un nouveau long métrage sur le thème des difficultés rencontrées par les populations immigrées. Un sujet actuel qui pourrait profiter de la résonnance que le Festival de Cannes apporte aux projets engagés. Après le portrait d’une femme de ménage, remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs, c’est le parcours d’un Africain ouvrier du bâtiment que dépeint le metteur en scène. Seul nom annoncé au générique pour l’heure et pas des moindres : celui d’Emmanuelle Devos.

Jean-Luc Godard, Le Livre d’image

Chaque projet du vétéran aux Wayfarers est un potentiel candidat cannois. Le Livre d’image n’échappe pas à la règle. Pour le cinquantenaire de mai 68, celui qui avait déclaré la clôture anticipée de la 21e édition pourrait être de la partie pour la 71e avec ce film dont le titre de travail, Image et parole, rappelle Adieu au Langage, œuvre expérimentale 3D présentée en compétition en 2014. « Présent » l’an dernier à travers l’incarnation de Louis Garrel dans Le Redoutable, le père de la Nouvelle Vague ne semble pas près de la retraite, à 88 ans. Peu de détails quant à ce nouvel essai cinématographique, si ce n’est qu’il prendra la forme d’un chant révolutionnaire en cinq actes.

Christophe Honoré, Plaire, aimer et courir vite

Le constat qu’on fait de Godard s’applique aussi à Christophe Honoré, autre habitué de La Croisette. Comme de coutume, il est question d’amour contrarié, d’art et de jeunesse, néanmoins l’ancrage de ce drame sentimental dans le contexte homosexuel des années 1990 en ferait presque l’héritier de 120 battements par minute. La comparaison s’arrête là et on a surtout hâte de voir Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès réunis devant l’objectif.

Stéphane Brizé, Un autre monde

Le réalisateur de La Loi du marché avait offert, en 2015, un rôle loachien à Vincent Lindon et, surtout, la reconnaissance tant espérée du Prix d’interprétation masculine. Dans une veine toujours engagée, Brizé quitte le supermarché de la reconversion professionnelle pour poser sa caméra dans une usine en faillite. Une fiction emprunte du réalisme des JT, qui signera les retrouvailles entre les deux hommes.

Guillaume Nicloux, Tassen, les confins du monde

Difficile d’imaginer un Festival de Cannes sans la présence de Gérard Depardieu. Nicloux a déjà dirigé le monstre sacré dans Valley of Love (en compétition en 2015) et The End. Il fait appel à lui une troisième fois pour un film historique qui s’annonce glaçant, où seront dévoilés les rouages de la guérilla du Tonkin dans l’Indochine de 1945. Gaspard Ulliel (également dans Un Peuple et son roi) et Guillaume Gouix sont au générique.

Valéria Bruni Tedeschi, Les Estivants

Du côté des réalisatrices, Valéria Bruni Tedeschi fait figure d’habituée. Avec sa patte autobiographique, elle propose une chronique estivale dont elle tient le premier rôle et s’entoure d’un casting emmené par Valeria Golino et Pierre Arditi. Ce drame est une nouvelle occasion pour elle d’interroger les zones d’ombre de l’âme humaine, à la clarté sans fard des vacances d’été.

Claire Denis, High Life

Potentielle dose de SF de la compétition, High Life est centré sur un groupe de criminels envoyés dans l’espace pour une série d’expérimentations proche de la mission suicide. Un film d’auteur aux accents de Suicid Squad ? Les superpouvoirs en moins et Robert Pattinson en plus ! Décidemment chez lui à Cannes, le voyou peroxydé des frères Safdie (Good Time) poursuit sa mue post-Twilight en tutoyant les étoiles d’un peu plus près qu’il ne l’avait fait pour Maps To The Stars, doublement primé en 2014.

Olivier Assayas, E-Book

L’an dernier, Claire Denis dirigeait Juliette Binoche dans Un Beau soleil intérieur, qui rayonnait sur la Quinzaine des Réalisateurs. Présente au casting d’High Life, c’est surtout avec Assayas que la comédienne renoue, quatre ans après Sils Maria. Fort d’un Prix de la mise en scène remporté par Personal Shopper (2016), celui-ci est réputé pour magnifier ses actrices mais il choisit un duo de protagonistes au masculin pour sa comédie dramatique. Guillaume Canet et Vincent Macaigne endosseront ainsi les rôles d’un écrivain et d’un éditeur dépassés par les nouveaux codes de l’industrie littéraire.

Frenchies : Les jeunes loups

Félix Moati a joué aux côté de Vincent Lacoste dans Hippocrate, l’a dirigé dans le court métrage Après Suzanne et prolonge désormais l’expérience en lui offrant le rôle-titre de Deux fils, avec Benoît Poelvoorde dans celui du père. Le comédien de 24 ans pourrait bénéficier d’un triplé cannois grâce à Amanda, par Mikhaël Hers. Le réalisateur qui l’avait révélé dans le rôle de la maturité, Thomas Lilti a également un projet susceptible d’être sélectionné : Première année, en référence bien sûr à la première année de médecine. De son côté, Vincent Mariette retrouve Laurent Lafitte pour son second long métrage. L’acteur, qui joue le roi d’Un Peuple et son roi, est entouré de la nouvelle muse du septième art Lily Rose Depp et d’Aloïse Sauvage, étoile montante de la scène musicale indé dans ce thriller au titre rugissant, Les Fauves. Les réalisatrices ne sont pas en reste avec Mia Hansen Løve pour Maya, sur fond de guerre syrienne, et Eva Husson pour Les Filles du soleil, avec Golshifteh Farahani, centré sur les femmes de l’armée kurde qui ont tant captivé les médias. Enfin, Vanessa Filho ferme la marche des prétendantes à la Palme, pour un premier long métrage avec Marion Cotillard intitulé Gueule d’ange.

Les principaux challengers internationaux

László Nemes, Sunset

En 2015, Le Fils de Saul – tourné en plan-séquence 4:3 façon caméra subjective – remportait le Grand Prix, le Prix FIPRESCI, ainsi que le Prix François-Chalais. Ce film choc d’une étonnante maturité marquait le baptême d’un pensionnaire de la Cinéfondation. Pour son second long métrage, le prodige hongrois livre sa vision du Budapest de 1910, sans qu’on en sache davantage sur ce projet très secret, évoqué l’an dernier lorsqu’il faisait partie du Jury Officiel.

Nuri Bilge Ceylan, Le Poirier sauvage

Du cinéaste turc, il se murmure souvent qu’il pourrait avoir la palme des films à rallonge. Si d’aucuns trouvaient que Winter Sleep portait bien son nom, le film avait séduit le Jury de Jane Campion au point qu’il lui décerne la Palme d’or. Visage familier du Festival de Cannes depuis qu’il a planté la graine de Koza il y a plus de vingt ans, Nuri Bilge Ceylan pourrait voir son Poirier sauvage fleurir dans la compétition 2018. Toujours tourné en Anatolie, ce drame a pour thème la littérature et l’héritage familial.

Lars Von Trier, The House That Jack Built

Tête brûlée des festivals, Lars Von Trier avait marqué au fer rouge l’édition 2011 en devenant persona non grata suite à ses propos sur Adolf Hitler. Après avoir poussé le vice jusqu’à arborer un t-shirt persona non grata au logo de la palme sur le tapis rouge de la rivale Berlinale, l’irrévérencieux cinéaste renouerait volontiers avec Cannes. Le thriller seventies qu’il réalise avec Uma Thurman, Matt Dillon et Bruno Ganz lui vaudra peut-être d’enterrer la hache de guerre en montrant la sanglante épopée d’un serial killer.

Paolo Sorrentino, Loro

Paolo Sorrentino et Toni Servillo, c’est une fructueuse collaboration riche de cinq films, jalonnée de sélections cannoises. Après avoir campé Giulio Andreotti, alias « Il Divo », dans le biopic éponyme, l’acteur de La Grande Bellezza (2013) réitère l’exercice du personnage politique trouble en incarnant cette fois Silvio Berlusconi. Nul doute que le talent des deux hommes donnera à ce sixième projet commun le mordant auquel ils nous ont habitués.

Jia Zhangke, Ash Is Purest White

On connaît la prédilection du Festival de Cannes pour le cinéma chinois contemporain et en particulier pour Jia Zhangke. Le réalisateur de A Touch of Sin (2013) réserve une nouvelle histoire captivante avec la romance chaotique d’un chauffeur de taxi et d’un mannequin, sur une quinzaine d’années. En 2015, le même type de pattern avait été exploré par Maïwenn dans Mon Roi, avec un Prix d’interprétation féminine à la clé pour Emmanuelle Bercot.

Yórgos Lánthimos, The Favourite

Chouchou de la critique avec le film-ovni The Lobster (2015), le réalisateur grec Yorgos Lanthimos a consolidé son statut de nouveau cinéaste de référence l’an dernier grâce à The Killing of a Sacred Deer. Il est naturel que les regards se tournent vers son dernier-né : The Favorite. D’autant que la très en vogue Emma Stone partage l’affiche avec Rachel Weisz, que Lanthimos a déjà dirigée.

Xavier Dolan, Ma Vie avec John F. Donovan

Au registre des incontournables, Xavier Dolan est en tête… à ceci près qu’il lui faut avoir terminé la post-production de son film pour le présenter à Cannes. Centré sur un jeune acteur (Kit Harrington), ce drame est le projet le plus ambitieux en date du maestro canadien. Pour son incursion hollywoodienne, Dolan s’appuie sur un prestigieux casting réunissant Susan Sarandon, Kathy Bates et Natalie Portman. De quoi insuffler une touche de glamour supplémentaire à un festival qui veut « redonner toute leur attractivité et leur éclat aux soirées de gala », comme l’a indiqué Thierry Frémaux à l’AFP.

Précisions enfin que, dans les rangs des Américains, les noms de Brian De Palma (Domino), Damien Chazelle (First Man) et du palmé Terrence Malick (Radegund) circulent. Exit néanmoins Terry Gilliam, dont le film maudit L’Homme qui tua Don Quichotte (25 ans de gestation !) semble encore sous le joug d’un mal invisible car, en procès avec son producteur, le cinéaste doit renoncer à le soumettre.

Toutes les réponses à ces alléchantes hypothèses le 12 avril, avec la conférence de presse officielle du 71e Festival de Cannes, qui se tiendra du 8 au 19 mai 2018. Suivez dès à présent sa riche actualité sur notre onglet dédié.

Rappelons, enfin, que Gilles Jacob, ancien Délégué général du Festival de Cannes et actuel Président d’honneur, a récemment publié l’ouvrage rêvé pour se plonger dans la magie cannoise avant que ne débute cette nouvelle édition : le Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, éd. Plon.

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