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Cannes 71 : Asghar Farhadi peu convainquant

En dépit d’une performance d’actrice poignante de Penélope Cruz, Todos Lo Saben peine à retenir l’attention sur la durée (2h12) et se perd entre une première partie laborieuse et des rebondissements narratifs prêtant à l’incrédulité. Le réalisateur d’Une Séparation (Ours d’Or de la Berlinale 2011) nous a pourtant habitués à des drames intimistes intenses. Pour son premier long métrage espagnol, l’Iranien ajoute une touche de thriller. Un exercice de style séduisant, dont on attendait un résultat plus percutant.

L’édition 2018 tout juste lancée par Édouard Baer dans un discours délicieusement corrosif, Asghar Farhadi a ouvert le bal de la compétition. S’il fait partie des cinéastes chouchou du Festival, le réalisateur choisit de ne pas se reposer sur ses acquis, puisqu’il délaisse l’Iran avec ce huitième long métrage, une fois n’est pas coutume, ibérique. À la suite d’un événement tragique survenu lors d’un mariage, le destin d’une famille aux contours fous se tend et entraîne ses membres au bout de leurs limites.

L’importance du secret

L’atmosphère typique des petits villages espagnols où tout se sait (en référence au titre), est judicieusement retranscrite. L’introduction des personnages fragilise pourtant cette impression d’authenticité à force de surenchères, jusqu’à ce que le secret – la patte Farhadi – ne se profile enfin. L’intrigue une fois posée, le basculement de registre qui s’opère donne un bel élan à l’histoire. Les scènes de vie un peu trop belles des débuts sont alors abandonnées au profit d’une noirceur esthétique et scénaristique bien amenée.

Une réflexion noyée dans des effets narratifs

Pourtant, plusieurs revirements inopportuns freinent cette envolée. La réaction du public du Palais des Festivals le prouve, car des spectateurs semble-t-il décontenancés par un soubresaut dramatique maladroit, ont ri plutôt que de verser une larme, à un instant-clé de l’histoire qu’il nous est impossible de dévoiler ici. Reste le message, prégnant, qu’on lit dans ce film-enquête où, tour à tour, chacun des protagonistes est un suspect potentiel. Les thèmes de la défiance, des préjugés, et des non-dits guident Todos Lo Saben et on regrette justement qu’ils soient exploités dans une succession de twists, plutôt que comme un écueil à part entière.

Asghar Farhadi signe certes un film reflet du leitmotiv qui lui est cher – la famille et le poids du passé – mais ne s’impose pas comme un véritable candidat à la Palme d’or.

Todos Lo Saben (Everybody knows), d’Asghar Farhadi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darín.

  • En Compétition Officielle. Actuellement en salles.
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