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Le flou artistique d’À genoux les gars

Concourant au palmarès Un Certain Regard, À genoux les gars est un film qui a du punch ; peut-être même un peu trop. Gage de qualité quand elle est bien exploitée, la liberté de ton du long métrage d’Antoine Desrosières finit par provoquer l’effet inverse. Présenté comme une œuvre à dimension féministe en conférence de presse, cette comédie opposant filles et garçons renvoie une impression brouillonne. Certes, Yasmina, banlieusarde gouailleuse, n’a pas de mal à faire entendre sa voix. Encore faudrait-il que son message soit compréhensible et c’est là que pêche le film.

À première vue, le postulat d’À genoux les gars est de montrer le parcourt initiatique d’adolescentes qui manquent du recul nécessaire pour savoir ce qui est décemment acceptable ou non. En l’occurrence, une fellation dont toute la question sera de déterminer si elle a été imposée et, donc, s’il s’agit d’un viol. Sans fatalisme et avec une inconscience déconcertante, Yasmina et sa sœur Rim (Souad Arsane et Inas Chanti) décryptent maladroitement les codes amoureux et sexuels qu’elles découvrent. S’engage alors un jeu de dupes avec leurs copains respectifs, donnant lieu à une comédie aux accents de revenge movie.

Questions sans réponses

Tourné à Strasbourg en 18 jours avec un casting réduit à quatre jeunes, le film s’ancre dans la continuité du remarqué Haramiste (prix du public au Festival Côté Court). Le format court sied cependant mieux à Antoine Desrosières qui, sans parvenir à maintenir la fraîcheur des premières scènes, tombe vite dans la surenchère. Si on salue l’audace générale de ce film interdit aux moins de 16 ans, À genoux les gars aurait gagné à être allégé de quelques imbroglios narratifs. Le cercle fermé du quatuor de protagonistes piège l’histoire dans une dynamique de huis-clos qui la dessert et les questions soulevées ne sont pas traitées de front.

Le dernier mot

Ce qui est d’abord amusant à force de naïveté devient progressivement dérangeant pour le spectateur, à mesure que le message sous-tendu dans les répliques des sœurs se brouille. Sans exiger du film qu’il soit engagé, on aurait aimé que le scénario d’Anne-Sophie Nanki aille plus loin dans son sujet, d’autant que les comédiennes qui incarnent le duo fraternel ont participé à l’écriture. À trop chercher à avoir le dernier mot, les personnages qui se déchirent sur la stratégie à adopter laissent le spectateur sur sa faim quant à la progression de l’arc narratif. L’implication des acteurs est manifeste mais ne sauve pas l’ensemble.

Nous pouvons nous réjouir que le Festival de Cannes fasse la part aux comédies de tous horizons, à l’image du film égyptien Yomeddine. À n’en pas douter, on rit souvent en voyant ce film dont le mot d’ordre serait l’innocence de la jeunesse. Perdu dans un déluge de punchlines, le propos du film laisse circonspect. Aperçu sourire aux lèvres à sa sortie de projection, le président du Jury Un Certain Regard Benicio del Toro pourrait néanmoins avoir été séduit par ce film qui sort de l’ordinaire. Réponse en fin de festival !

À genoux les gars, d’Antoine Desrosières, avec Souad Arsane et Inas Chanti, sortie le 20 juin.

Un Certain Regard.

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