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Retour en force de Lars von Trier

the house that jack built cover

Entre Lars von Trier et le Festival de Cannes, c’est « je t’aime moi non plus ». Il y a sept ans, sa sortie abjecte sur Adolf Hitler conduisait le provocateur attitré de La Croisette à devenir persona non grata. L’attente a été longue pour le principal intéressé, qui a monté les marches en faisant le chiffre sept avec ses mains, ainsi que pour son public qui lui réservait une standing ovation pré-film. Projeté Hors-Compétition, ce thriller choc porté par un Matt Dillon au sommet de son art, vaut au réalisateur de renouer avec le festival qui l’a révélé et de reconquérir les festivaliers au point que ceux-ci réitèrent leurs acclamations à l’issue de la projection.

mediaEn 1984, Element of crime était présenté à Cannes. Un premier long métrage et un baptême de la  Compétition Officielle pour Lars von Trier, qui entretient une relation fluctuante avec l’institution cannoise. Après une séparation nécessaire, l’heure est aux retrouvailles. Pour autant, les deux parties restent sur la réserve. Le film est cantonné à la marge de la Compétition et l’absence de carton introductif portant le logo de la Palme (obligatoire pour tout film de la Sélection) laisse entendre que le cinéaste a voulu faire passer un énième message d’insubordination ; on se souvient qu’il avait lui-même détourné le logo avec un t-shirt à l’effigie de Cannes où on pouvait lire « persona non grata ».

Gore, cynique et efficace

Une fois le contexte évacué, il appartient au cinéphile qui découvre The House That Jack Built de l’estimer pour ce qu’il est : un thriller corrosif parfaitement maîtrisé, où la morale est constamment mise à l’épreuve au moyen d’un genre efficace et malheureusement souvent marginalisé, le gore. Von Trier a bâti sa filmographie sur des œuvres dérangeantes et ce nouveau long métrage, aussi malsain que fascinant, n’échappe pas à la règle. Usant d’une photographie impeccable, de cadrages qui renforcent l’oppression sous-tendue par des plans de torture qui s’étirent et d’un cynisme constant, le Danois exprime la puissance du septième art.

Matt Dillon, serial killer qu’on adore détester

Le brio du réalisateur de Melancholia – primé en 2011 malgré la polémique – s’appuie sur l’interprétation magistrale de son casting. Morcelé en cinq saynètes tragi-comiques, The House That Jack Built montre, littéralement, la descente aux enfers de Jack (Dillon), tueur en série qui traque ses victimes avec une glaçante inventivité. Si le nom du personnage fait d’emblée le parallèle avec Jack l’éventreur, impossible de ne pas penser également au Seven de Fincher.

Chez le Danois, la violence est si insoutenable que de nombreux spectateurs ont quitté la salle. Femmes, enfants, animaux… Aucun être qui a l’infortune de croiser la route de Jack n’est épargné, à commencer par une Uma Thurman qui prouve une fois encore qu’elle est dans son élément au registre de l’hémoglobine.

Leitmotiv en circuit fermé

Riley Keough, actrice qui ne se limite pas à son statut de petite-fille d’Elvis Presley, et Bruno Ganz complètent la distribution. La présence de l’acteur allemand qui incarnait Hitler dans La Chute et qui campe ici un surprenant Virgile, pose pourtant question, au même titre que les nombreux plans d’insert du fürher. Dès la première image d’archives montrant des nazis, on s’interroge sur l’intérêt cinématographique qui motive ce choix. Quelle est la démarche artistique qui justifie le monologue relatif au camp de concentration de Buchenwald, si ce n’est pour Von Trier de retomber dans un leitmotiv rébarbatif ?

On regrettera, par ailleurs, les autocitations de ses précédentes réalisation qui servent au mieux à gonfler son ego et au pire à régler ses comptes mais qui, dans les deux cas, parasitent le film. Enfin, l’ultime séquence, dont le traitement dénote en tout point des chapitres antérieurs renvoie l’impression d’un exercice de style formel à grand renfort d’effets spéciaux et aurait mérité d’être raccourcie, si ce n’est supprimée.

Soulignant la maestria à laquelle Lars von Trier nous a habitués, The House That Jack Built est une réussite qu’il serait dommage de bouder, en dépit des défauts évoqués, dont le cinéaste peine à se défaire. Les inconditionnels du Danois devraient néanmoins se délecter de cette nouvelle brillante provocation.

The House That Jack Built, de Lars von Trier, avec Matt Dillon, Uma Thurman et Riley Keough.

Hors Compétition. Sortie inconnue.

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