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Terra Doloris

2426_rot_previewCinq ans après la parution de Terra Australis, Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux remettent le couvert avec une nouvelle saga australienne de peuplement. Cette fois-ci il n’est plus question d’installation, mais d’évasion. 

Le thème religieux revient comme un leitmotiv dans les représentations littéraires de l’Australie et il semblerait que le neuvième art n’échappe pas à la règle. Dans sa vision paradisiaque, l’Australie se décompose en paysages édéniques, mais dans sa vision infernale, elle n’est qu’un vaste système carcéral cauchemardesque.

Le mythe de l’anti-Eden propose donc une vision apocalyptique d’un enfer sur terre, vision qui perdure depuis l’épisode du Batavia, ce navire hollandais qui fit naufrage en 1629, découvert plus tard en 1961 à environ 50 miles de la côte de Geraldton. Suite au sinistre, les rescapés ont été surpris par une mutinerie organisée au pied levé sur le rivage par leurs compagnons d’infortune, et ce afin de récupérer la marchandise du navire. Les mutins ont massacré 125 innocents avant d’être appréhendés et punis à l’exception de deux d’entre eux qui échappèrent à la mort, contraints à l’exil sur le continent australien. L’Australie est dès lors devenue synonyme de punition et de prison. Ils furent les premiers criminels à peupler l’Australie, les deux premiers serpents à ramper dans ce jardin d’Eden. La chute des Australiens a donc été provoquée par la cupidité et la violence.

Sous le trait gracieux de Philippe Nicloux, cet album en noir et blanc – comme dans un polar ou une fresque historique du temps jadis – se lit comme une œuvre cinématographique, riche en aventures et rebondissements sur les terres de l’Océanie et du Vieux Continent.

La Terra Australis incognita, était donc prédestinée à devenir une colonie pénitentiaire pour félons et forçats. Le système pénitentiaire fut opérationnel dès 1787, date à laquelle les premiers prisonniers furent envoyés dans les colonies australiennes afin de purger leur peine. L’intrigue du Livre I de Terra Doloris qui conte les mésaventures des Bryant se situe dans ce sillage, notamment en 1790. L’Australie fut transformée en une « prison à ciel ouvert » (60) où les conditions de vie étaient si insupportables (famine, larcin, gangrène suite à des infections, morts prématurées, etc.) que certains bagnards, comme William Bryant, ne songeaient qu’à s’échapper. S’ensuit un monologue finement traité avec des questions de rhétorique qui abordent avec une élégance de bon ton la douloureuse question de l’histoire autochtone au moment des premiers contacts avec les colons – une période connue sous le nom de  : « contact history », en anglais. L’action du Livre II de Terra Doloris se déroule en 1796-97, date de l’évasion de l’Écossais Thomas Muir of Huntershill, homme de loi de son état. Il est suivi d’un bref épilogue qui, dans sa synthèse, nous fait part d’une série d’étranges coïncidences.

Sous le trait gracieux de Philippe Nicloux, cet album en noir et blanc – comme dans un polar ou une fresque historique du temps jadis – se lit comme une œuvre cinématographique, riche en aventures et rebondissements sur les terres de l’Océanie et du Vieux Continent. Les phylactères rectangulaires aux arrêtes bien tranchées du scénariste Laurent-Frédéric Bollée reviennent dans ce tome comme une marque de fabrique qui souhaiterait affirmer la singularité d’une histoire poignante, racontée avec brio et sans concession. Pour reprendre l’une des répliques de cet album : « Il y a du drame et de l’épopée dans cette histoire. » (158)

  • Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux, Terra Doloris, Grenoble : Éditions Glénat, 2018, 352 pages. ISBN : 9782344007877, 35 €
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