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Alien Crystal Palace – Arielle Dombasle

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Il est inhabituel pour moi d’écrire sur un film . L’on m’attendrait davantage sur la sortie du dernier roman ou, plutôt, sur un roman oublié d’un auteur obscur. Néanmoins, lorsque quelque chose échappe à toute réalité et qu’il devient un objet rare dans le paysage quotidien, il m’apparaît tout à fait juste d’honorer celui-ci. Alien Crystal Palace, le cinquième film de l’artiste multi-disciplinaire Arielle Dombasle, est justement un objet rare, touchant, étonnant. Certains ont dit de lui qu’il est un OVNI (Objet Visuel Non Identifié ?), d’autres ont aimé le détester. Chronique : action !

Arielle Dombasle renoue avec des thèmes qui lui sont chers : le désir, l’amour, la quête de sens et de beauté… Le titre suscite quelques interrogations et je me demandais depuis quelques jours le sens de celui-ci : Alien Crystal Palace. Après la projection du film en avant-première, je n’eus toujours pas la révélation tant j’étais encore plongé dans cet univers troublant. Puis, j’ai – peut-être – compris. Alien renvoie à l’autre, Crystal fait écho à tous ces jeux de miroirs qui dévoilent des arrières-mondes, à cette idée du double et enfin Palace c’est tout simplement l’univers fascinant de la réalisatrice et les nuits mondaines.

Arielle Dombasle s’est intéressée à re-présenter, d’une manière très contemporaine, la quête de l’androgyne, ce double de soi qui nous fut arraché après avoir provoqué la colère des dieux, raconte Aristophane dans le Banquet de Platon.

Arielle Dombasle s’est intéressée à re-présenter, d’une manière très contemporaine, la quête de l’androgyne, ce double de soi qui nous fut arraché après avoir provoqué la colère des dieux, raconte Aristophane dans le Banquet de Platon. Zeus sépare alors l’androgyne en deux moitiés qui, dans un premier temps, se recherchent, puis s’enlacent, s’embrassent mais ne peuvent plus s’unir. Ils meurent donc seuls, tristes. Zeus, soucieux de toujours plaire aux humains, leur accorde des organes génitaux. Ainsi naissent les humains actuels, toujours en quête de l’autre.

Alien Crystal Palace relate donc cette quête fantaisiste, folle de l’androgyne conduite par une sorte de dramaturge à la fois demi-dieu et alchimiste (Michel Fau) qui désire créer le parfait être-humain en unissant une réalisatrice excentrique, Dolores Rivers (Arielle Dombasle), et un chanteur de rock auto-destructeur, Nicolas Atlante (Nicolas Ker). Les deux êtres sont poussés l’un vers l’autre, inlassablement, par des visions oniriques et érotiques qui n’auront de cesse d’exciter leurs pulsions et leurs faiblesses. Mus tous les deux par la passion, les deux personnages engagent un jeu pervers fondé sur l’attraction et la répulsion. Inévitablement, ce jeu conduit à des phénomènes étranges et tragiques qui dessinent un encadrement figuratif et poétique au film.

 © Orange Studio

© Orange Studio

Un kaleïdoscope lunaire – une traversée du désir

Le film d’Arielle Dombasle est une corne d’abondance. Tout déborde, tout est profusion. Luxe ? Oui ! Calme ? Plutôt Sauvagerie… Volupté ? Très certainement ! Alien Crystal Palace apparaît comme baroque dans tout ce que peut signifier le terme : les jeux de masque de cette secte menée par Michel Fau, le mouvement permanent des personnages amoureux, la folie des soirées mondaines qui rappelle les années Palace, la violence d’une police secrète en tenue gothique, les étreintes amoureuses entre les femmes… En somme, l’expression du désir – transgressif – à son paroxysme !

Alien Crystal Palace donne ainsi beaucoup de choses à son spectateur, sans doute trop de choses que l’on n’a pas le temps de saisir, car le film d’Arielle Dombasle est constellé de références littéraires, artistiques, cinématographiques.

Alien Crystal Palace donne ainsi beaucoup de choses à son spectateur, sans doute trop de choses que l’on n’a pas le temps de saisir, car le film d’Arielle Dombasle est constellé de références littéraires, artistiques, cinématographiques. Tout cela crée un kaleïdoscope envoûtant, hypnotique qui laisse le spectateur avec ses interrogations et un je-ne-sais-quoi très étrange. L’on voit malgré tout l’influence qu’ont pu avoir Alain Robbe-Grillet et des films comme Gradiva ou Glissement progressif du plaisir, ou encore Kubrick avec ses grands plans larges comme des tableaux vivants. Alien Crystal Palace demande un public averti, sensible à toutes ces références, à ces détails que sont les regards, certains mots, certains plans qui traduisent l’exigence et l’innutrition de sa réalisatrice.

***

Alien Crystal Palace, aujourd’hui, est un film rare car il touche à une autre sensibilité. Arielle Dombasle parle d’un « hyper-réalisme fantastique ». Oui, car le film visite des arrières-mondes, à travers une esthétique très singulière, fort éloigné du politiquement correct qui anesthésie la création. Ce que l’on ressent est avant tout la sincérité de la réalisatrice et son profond désir de créer un film à-rebours qui réunie un cercle d’amis proches : Arielle Dombasle, Marie Beltrami, Vincent Darré, Christian Louboutin, Ali Mahdavi, Thaddeus Ropac… Arielle Dombasle reste fidèle à elle-même, une des plus grandes qualités d’un artiste selon moi et c’est pour cela qu’Alien Crystal Palace, s’il fait ricaner ou réagir, mérite une attention particulière.

  • Alien Crystal Palace – sortie le 23 janvier 2019
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