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César 2019 : notre bilan

slider_214_imageLa 44e édition des César a réuni la grande famille du septième art lors d’une cérémonie placée sous le signe de l’émotion et de l’engagement, Salle Pleyel, à Paris. Nommé dix fois et récompensé dans quatre catégories, dont trois reines, Jusqu’à la garde truste le cru 2019 avec une double victoire : celle du cinéma indépendant et celle de la défense des victimes de violence conjugale. Un message fort, porté par ce premier long métrage de Xavier Legrand, qui prend la suite du court remarqué Avant que de tout perdre. Hier soir, Jusqu’à la garde a justement tout gagné.

5236618.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxSous l’égide de la présidente Kristin Scott Thomas et de Kad Merad – maître de cérémonie à l’humour inégal – la soirée s’est ouverte sur la catégorie Meilleur espoir féminin. En remportant ce trophée, Kenza Fortas, la Shéhérazade du film éponyme, prouve que le succès tient parfois à un casting sauvage. Se disputant les fameuses « compressions », quatre challengers se détachaient de la liste des nommés : le drame social Jusqu’à la garde et la comédie rassembleuse Le Grand Bain, avec 10 nominations, suivis de près par le western de Jacques Audiard Les Frères Sisters et le touchant film intimiste Pupille, qui cumulaient chacun 9 nominations. Jalonnée de pastilles plus ou moins percutantes, de discours emplis d’intensité et de revendications glissées çà et là, la soirée a retracé une année de cinéma hexagonal aux productions éclectiques.

Quatre récompenses pour Jusqu’à la garde

C’est donc Jusqu’à la garde qui remporte la course aux César, avec le prix du Meilleur film, du Meilleur montage, du Meilleur scénario original et de la Meilleure actrice pour Léa Drucker. En amont des festivités, celle-ci confiait au micro d’Augustin Trapenard : « J’aime quand on raconte les femmes de manière obscure. Losque les personnages sont rugueux et anti-manichéens ». Sur scène, la comédienne a ému l’assemblée en dédiant son César « à toutes les Miriam », cette femme battue et traquée par son ex-mari qu’elle campe à l’écran. Pour sa part, Alexandre Gavras a profité de son discours de remerciement pour expliquer que sa carrière de producteur a commencé il y a huit ans, quand Xavier Legrand lui a soumis le scénario de son court métrage. Le fils de Costa Gavras résume : « Il a changé ma vie ».

Les grands rendez-vous

Comme de coutume, deux séquences-magnéto permettaient de se souvenir des personnalités disparues durant l’année écoulée. Principalement dédié à Claude Lanzmann, Michel Legrand et Charles Aznavour, cet hommage s’est accompagné d’une reprise très libre de la chanson Je me voyais déjà par Eddie de Pretto. Une parenthèse musicale sobre et envoûtante. Du côté de l’invité spécial, c’est Robert Redford qui s’est vu remettre le César d’honneur. Le balai de la remise de prix a ensuite repris son cours, dévoilant peu à peu le mystère drapant les 23 catégories représentées. Au nombre de 4303, les votants de cette édition 2019 ont dû départager un total de 47 films. Une tâche d’autant plus délicate que le débat sur le manque de pluralisme des César et sur l’élitisme de l’Académie pèse toujours.

Une Académie des César devenue complaisante ?

Il a souvent été reproché à l’Académie des César de ne pas valoriser les comédies. Le prix de la Meilleure comédie a ainsi disparu, ce qui n’avait pas manqué d’irriter Michel Blanc, qui s’était exprimé à ce sujet lors du dernier FIFF de Namur. Lui faisant écho, le Prix du public nous vaut de nous interroger sur la légitimité d’une catégorie comptabilisant le nombre d’entrées en salles. À l’heure où les cinéastes d’art et d’essai continuent d’alerter sur les difficultés de financement et de diffusion auxquelles ils font face, Les Tuches 3 dénote en effet dans le palmarès. Chaque année, les César d’Alain Terzian semblent empreints de maladresse vis-à-vis des comédies, pourtant désormais largement représentées parmi les candidats. Les résultats du box-office étant biaisés par la proportion de copies projetées, cette catégorie a, de fait, un goût d’inégalité. Si l’outsider Shéhérazade a certes créé la surprise en raflant trois récompenses d’entrée de jeu (Meilleurs espoirs féminin et masculin et Meilleur premier film), le cliché du cinéma français engoncé dans ses immuables modèles n’a pu être évité. Nombreux seront ainsi les déçus de la Meilleure réalisation, catégorie où concourraient plusieurs néophytes des César, mais qui a vu le multi-césarisé Jacques Audiard être à nouveau intronisé, pour Les Frères Sisters.

Le Prix du public nous vaut de nous interroger sur la légitimité d’une catégorie comptabilisant le nombre d’entrées en salles. À l’heure où les cinéastes d’art et d’essai continuent d’alerter sur les difficultés de financement et de diffusion auxquelles ils font face, Les Tuches 3 dénote en effet dans le palmarès.

Au-delà de ce bémol, rappelons que les César demeurent une tribune idéale pour les metteurs en scène. En recevant son trophée du Meilleur scénario original, Xavier Legrand a fait le triste constat qu’entre le tournage de Jusqu’à la garde et aujourd’hui, le nombre de femmes tuées par leur conjoint est passé de trois à deux par jour. « Je ne veux pas plomber la soirée mais je pense qu’il serait temps de penser à ces femmes un autre jour que le 25 novembre [journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, n.d.l.r.] », a souligné le réalisateur.

Un sujet qu’il aborde avec beaucoup de justesse dans Jusqu’à la garde, dont nous vous proposions la critique dès sa projection dans le cadre du festival parisien d’Amnesty International, en novembre 2017.

Le palmarès complet de la 44e édition des César

Meilleur espoir féminin

Kenza Fortas, Shéhérazade

 

Meilleure photographie

Benoît Debie, Les Frères Sisters

Meilleur espoir masculin

Dylan Robert, Shéhérazade

Meilleur montage

Yorgos Lamprinos, Jusqu’à la garde

Meilleur son

Brigitte Taillandier, Valerie de Loof et Cyril Holtz, Les Frères Sisters

 

Meilleur documentaire

Jean Libon et Yves Hinant, Ni juge, ni soumise

 

Meilleur premier film

Jean-Bernard Marlin, Shéhérazade

 

Meilleure adaptation

Andréa Bescond et Eric Métayer, Les Chatouilles

 

Meilleur film d’animation

Court-métrage : Ayce Kartal, Vilaine fille

Long-métrage : Michel Ocelot, Dilili à Paris

César du public

Olivier Baroux, Les Tuches 3

Meilleurs costumes

Pierre-Jean Larroque, Mademoiselle de Jonquières

Meilleurs décors

Michel Barthélémy, Les Frères Sisters

Meilleur scénario original

Xavier Legrand, Jusqu’à la garde

Meilleur court-métrage

Rémi Allier, Les petites mains

 

Meilleure actrice dans un second rôle

Karin Viard, Les Chatouilles

Meilleur acteur dans un second rôle

Philippe Katerine, Le Grain Bain

 

Meilleure musique originale

Vincent Blanchard et Romain Greffe, Guy

 

Meilleur film étranger

Hirokazu Kore-Eda, Une Affaire de famille

Meilleur acteur

Alex Lutz, Guy

Meilleure réalisation

Jacques Audiard, Les Frères Sisters

 

Meilleure actrice

Léa Drucker, Jusqu’à la garde

Meilleur film

Xavier Legrand, Jusqu’à la garde

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