Beanpole, un récit figé

BeanpoleUne Grande fille, en français – est le portrait intimiste que le cinéaste russe Kantemir Balagov dédie à la population traumatisée du Léningrad d’après-guerre. Théâtre tristement célèbre de la bataille éponyme, cette ville abrite les survivants d’un cauchemar qui les conditionne. Si certaines blessures sont visibles, à l’instar de celles que portent les soldats, d’autres sont intériorisées. La « grande fille » qui donne son titre au film, Iya, a quant à elle des blackouts qui la font se figer entièrement. Dommage que ce soit aussi l’impression que renvoie le film de Balagov. Une œuvre si enchevêtrée dans le pathos, qu’elle déçoit au point que quelques huées ont été entendues en salle Debussy. Précisons, à ce sujet, que cette projection a certainement été desservie par le hasard du planning, car elle faisait suite à celle de Bacurau qui respirait déjà fortement l’ennui.

beanpole afficheOn pourrait croire que Beanpole propose un voyage dans le temps simplement parce que son histoire se déroule dans le passé. Précisément en 1945, au lendemain du siège de 900 jours que les troupes nazies ont imposé aux Soviétiques. Toutefois, c’est plutôt que le temps semble s’arrêter pour le spectateur, tant le film est figé par l’ennui.

Lourdeurs et maladresses

Au premier abord, celle que les autres personnages surnomment « la girafe » (Viktoria Miroshnichenko), est touchante. Au seul son de sa respiration saccadée, la séquence d’ouverture donne le ton. Rapidement, on comprend que l’atmosphère du film va souffrir à la fois d’une lourdeur de mise en scène, avec des plans appuyés sur des regards fixes et des scènes frénétiques dont on peine à percevoir la profondeur, et d’une lourdeur de propos sur le leitmotiv de la perte de repères.

Difficile pour le public de s’attacher à cette jeune femme semi-mutique, dont les crises de tétanies redondantes alourdissent encore l’ensemble.

À ses côtés, son ancienne sœur d’armes au caractère affirmé (Vasilisa Perelygina), n’invite pas non plus à entrevoir une quelconque empathie. En formant le duo antagoniste de ces deux camarades de front, Kantemir Balagov amène une intéressante réflexion sur les relations d’ascendance et de domination qui se sont nouées au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale.

L’après Tesnota

Remarqué pour Tesnota, dont l’intrigue se déroulait légèrement plus tôt, Balagov poursuit son exploration d’une période historique qui lui est chère, en s’attelant à un sujet qui avait de beaux atouts sur le papier. À nouveau présenté en section Un Certain Regard, Beanpole bénéficie de la lumière crépusculaire de la directrice photo Kseniya Sereda, ce qui donne au long métrage son cachet esthétique, au même titre que les costumes et décors particulièrement soignés. Cette fresque historique qui ne parvient jamais véritablement à convaincre aurait gagné à ce que cette maîtrise s’applique aux autres composantes de la réalisation.

  • Beanpole (Une Grande fille), de russe Kantemir Balagov, avec Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina. En salles le 21 août 2019.

Présenté au 72e Festival de Cannes en section Un Certain Regard.

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