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Parasite ou l’art du faux-semblant

Maître du thriller coréen, Bong Joon-Ho a coutume de faire frissonner son public avec des histoires percutantes, servies par une mise en scène efficace et une photographie léchée qui fait honneur au cinéma asiatique contemporain. Parasite ne déroge pas à la règle, en proposant un portrait de famille cynique à souhait, qui oppose classes modeste et aisée. Chacun de ces deux clans ne considère-t-il pas l’autre comme le parasite de son microcosme ? Grâce à un savant mélange des genres, le réalisateur de Memories of Murder profite de ce septième long métrage pour mettre en lumière ceux que la société relègue à ce rang de « parasites ».

parasite affichePossédant à la fois les atouts de la comédie noire, du polar, et du drame familial, Parasite navigue entre les genres, de la même manière que la famille de Ki-taek navigue entre les aléas de sa difficile existence. Unis dans la précarité, les parents et leurs deux grands enfants ont un improbable sens de la débrouille et les voir se réjouir des petites victoires quotidiennes est un délice. Mention spéciale à la séquence du Dieu Wifi, filmée avec une dérision empathique. Si Bong Joon-Ho n’épargne pas cette joyeuse tribu, il n’est pas non plus dans le jugement. Au contraire, le réalisateur parvient à humaniser ces êtres malmenés par des conditions de vie peu enviables.

 

Destins croisés

Pétri de pragmatisme, chacun des membres de la famille a une spécialité qui va lui permettre de s’immiscer dans le quotidien bien plus appréciable de la famille Park Cette famille bourgeoise, dont les préoccupations se concentrent sur l’épanouissement personnel des enfants, mène une existence opposée à la leur. Vivant dans une maison d’architecte, ils cherchent à améliorer une vie déjà confortable, quand leurs « employés », qui partagent un entresol avec les cafards, essaient simplement de survivre. La séquence de l’inondation, aussi forte visuellement que narrativement, est éloquente.

Maintes fois traité au cinéma – notamment par Iñárritu, qui en a fait une spécialité – le thème des destins croisés est le fil conducteur d’un récit qui se déroule avec une fascinante fluidité.

Astucieux effets de style

C’est surtout en termes de rythme que le film fonctionne. La musique volontairement grandiloquente apporte une solennité décalée à des scènes dont l’aspect humoristique est renforcé par un ralenti, ou un jeu de focale. Une astuce qui, couplée à l’excellent jeu des comédiens, permet de s’immerger entièrement dans l’histoire. Allant toujours plus loin dans son propos, le cinéaste coréen peut compter sur une galerie de personnages joliment étoffés pour peindre les travers de l’âme humaine. Grâce à ce film aussi divertissant qu’engagé, il amène une réflexion sur les chances offertes ou conquises par chacun, pour occuper une place décente dans la société.

Non sans rappeler les attachants arnaqueurs d’Une affaire de famille, les usurpateurs de Bong Joon-Ho décrocheront-ils aussi la Palme d’or ? Si le palmarès promet d’être serré entre cadors de la Compétition, gageons que Parasite brille dans la catégorie Grand Prix ou Meilleur scénario.

  • Parasite, de de Bong Joon-Ho, avec Kang-ho Song, Sun-kyun Lee et Yeo-Jeong Cho. Sortie en salles le 5 juin 2019.

Présenté au 72e Festival de Cannes en Compétition.

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