Pastiches

L’apparition

Jour dominical : on a mis la main sur un manuscrit inconnu à propos du virus. On dirait un incipit à l’OuLiPo. À vous d’y voir un salut au grand scribouillard qui a disparu.

Anton Vax arriva à son logis sans savoir jusqu’à quand. Il coupa la radio, son GSM, son ordi. Il s’accroupit sur son tapis, prit son inspiration, fit cinq ou six tractions mais finit par pâlir. Ça fondait sur lui, ça l’opprimait. L’air disparaissait tout autour. Il frissonnait sous son drap. Il lui fallait du Xanax mais il fut joint par son papa. Il lui donna un tas d’informations sur la situation. Un virus avait fait son apparition. Il avait pour nom incongru, non masculin : la COVID. Anton Vax voulut savoir si son mal inconnu coïncidait aux signaux qu’on indiquait sur BFM.

Un voisin compatissant mais un poil idiot l’accompagna à la consultation à l’hôpital Cochin. Il donna son nom. On l’invita à subir auscultation, palpation puis on mit un fin bâton blanc dans son puissant tarin. Un gars jovial introduisit un miroir rond sous son palais, farfouilla son sinus droit. L’oto-rhino faisait du bon travail. Il posa son diagnostic : « Inflammation du sinus. Circuits olfactifs normaux. Anton Vax n’a pas la COVID. ». Anton Vax sortit plus confiant. Il n’avait pas un virus fatal mais un gros cafard.

Huit jours plus tard, ça tourna mal. On mourrait tour à tour. Nul n’avait plus jamais un air confiant vis-à-vis d’autrui. On toussait, on suffoquait ou on mugissait : on aurait dit un zoo. Capharnaüm obscur où la raison disparaissait, où l’hôpital payait l’addition, paraissait à l’abandon.

Macron mobilisa la population : il faisait tout pour garantir la paix. Il tâcha d’offrir à son public un discours captivant : « Français, un virus a fait son apparition, a fondu sur nos maisons. J’ai clos tous nos loisirs : sports, films, parcs, bistrots. Nos grimauds sont sans prof. J’ai compati pour nos soignants, nos toubibs, nos hôpitaux. La nation a du chagrin mais on fourbit nos ciboulots pour saisir la solution. Mon ambition, unir vos dons pour avoir la main sur un vaccin. Avant tout, il nous faut nous accomplir : joignons nos informations sur la COVID ! Coordonnons nos actions ! J’ai l’intuition qu’un jour brillant ouvrira l’horizon par la fulguration du savoir français. »

Il ramassa un gadin colossal. Un blanc assourdissant suivi son allocution. Un frisson vacillant parcourut illico la population à la façon d’un magma sanglant. Un cri surgit : « Macron, implosion ! » Subissant la fascination du mal, Anton Vax participa aux larcins commis par un flot d’individus infâmants.

Cinq jours plus tard, un lockdown bloqua la circulation, la population pour amortir la propagation du mal sournois qui va toujours rôdant. Anton Vax s’occupa autant qu’il put, toujours à la maison.

D’abord saisi par l’inspiration, il composa illico un roman dingo. On aurait dit un truc tordu où l’imagination d’un scribouillard gribouillait un fil narratif discontinu. Puis, il voulut assouvir jusqu’au bout sa passion pour l’harmonica. Il joua jusqu’à plus soif la partition du solo : « Long Train Runnin’ ». Un son puissant surgit du poumon d’Anton. Il produisait un bruit hallucinant qui illuminait son affliction par l’art. Ainsi, faisant fi du lockdown, il oublia son cafard : il surmonta la COVID, adoucit son mal, par son imagination.

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