Ultime combat – Arts martiaux au musée du Quai Branly

Lady Snowblood de Kazuo Kamimura. © Kazuo Koike / Kazuo Kamimura. Remerciements MEL Publisher

Stéphane du Mesnildot, critique de cinéma asiatique, a su s’allier avec Julien Rousseau, responsable de l’unité patrimoniale des collections d’Asie, pour proposer l’exposition fascinante Ultime combat, Art Martiaux d’Asie au musée du Quai Branly jusqu’au 16 janvier 2022.

L’exposition propose des œuvres classiques et contemporaines qui proviennent de plusieurs collections, à commencer par celles méconnues du Quai Branly qui compte environ 55 000 pièces, puis par le Musée national des arts asiatiques Guimet, le musée de l’armée et enfin deux musées étrangers : le musée Rietberg de Zürich et la Bruce Lee Foundation de Los Angeles. Les deux créateurs de l’exposition ont été adroits dans leur démarche, en soulevant les souvenirs enfantins grâce aux films et aux jeux, tout en sensibilisant les plus jeunes avec un parcours éducatif. L’initiation culturelle du spectateur aux Arts martiaux est permise grâce aux 464 œuvres variées, trente-six extraits de films et cent cinquante robots dans cette exposition comme, par exemple, une sculpture bouddhique du gardien de porte de temple (dvarapala) du IXe siècle, mais aussi une armure composite de type uchidashi dō tōsei gusoku, de l’époque d’Edo japonaise, et des figurines de robots futuristes comme le Mazinguer Z jumbo de 2000. En un mot : éclectisme !

Collection robot-samouraï Goldorak. Ultime combat, Art Martiaux d’Asie, Paris Quai Branly – Jacques Chirac. © AP

Une histoire des Arts Martiaux, de l’Inde jusqu’à la Chine en passant par le Japon.

L’exposition retrace l’histoire des Arts martiaux et informe le spectateur sur le coté mythologique, historique mais aussi cinématographique, tout en occultant la dimension compétitive pour s’étendre sur l’aspect artistique et philosophique. L’exposition rend hommage à ces arts asiatiques, qui aujourd’hui dépassent les frontières. En effet, les héritiers de la tradition Shaolin sont en Afrique de l’ouest et concernant l’Europe, il est intéressant de signaler les suffragettes en Angleterre au début du XXe siècle qui, pour supporter leur cause, ont pratiqué un dérivé du ju-jitsu.

La vocation de l’exposition souhaite donner un aperçu des Arts martiaux dont le sentiment d’ego doit disparaître si l’on souhaite l’éveil. Dès lors le public doit se détacher de toutes ses connaissances sur le sujet pour se laisser transporter dans cet univers avant tout spirituel. Les Védas sont les premiers textes religieux indiens, datés entre 1500 et 500 av. J-C, qui posent les bases de la représentation du combat. Un art ancien, donc, qui se perpétue encore aujourd’hui comme en Chine, faisant partie intégrante de la formation des acteurs de l’opéra de Pékin, et ce depuis l’Antiquité où l’on retrouve des danses exorcistes et gymnastiques thérapeutiques.

détail, Immortels, XIXe siècle, Japon, peinture sur soie, Paris, musée du quai Branly – Jacques Chirac. © AP

Les samouraïs japonais de la période Edo (1603-1868) ont repris cette fonction spirituelle chinoise afin de justifier leur rang dans une époque stable. Au delà, concilier le savoir de guérir et le savoir de tuer est le devoir du samouraï, qui, à partir de connaissances millénaires – comme le Kalaripayattu originaire d’Inde plus exactement du Kerela, s’appuyant sur la médecine antique et de ses massages, ou encore le Taijiquan en Chine qui permet de mettre le corps en relation avec les forces de l’univers, via les méthodes d’alchimie interne Taoïste – va permettre à celui qui pratique de dépasser la force physique. La religion n’est pas sans reste dans les arts martiaux comme en témoigne le moine indien Bodhidharma, fondateur du kalaripayattu indien, du « poing de Shaolin » et du bouddhisme chan, connu au Japon sous le nom de zen. Le zen permet de se détacher face à la mort, forgeant ainsi le caractère de ses pratiquants.

Par conséquent, les Art martiaux sont un processus de développement personnel que l’exposition souhaite mettre en avant. Ils apparaissent alors comme une métaphore de la connaissance et de la libération individuelle. Dès le début de l’exposition, une œuvre représente Skanda, dieu hindou de la guerre, considéré violent mais changé en bien par le bouddhisme, démontre parfaitement la conception initiale des arts martiaux, celle de la force pour le bien.

Les art mariaux sont un processus de développement personnel que l’exposition souhaite mettre en avant. Ils apparaissent alors comme une métaphore de la connaissance et de la libération individuelle.

Les Arts martiaux… et cinématographiques

Au XXe siècle le cinéma a permis de populariser cet art si disparate qui donnera naissance au Kung Fu. L’exposition présente le cinéma d’arts martiaux hongkongais, à travers quelques extraits de films, de Chang Cheh (1923-2002), Alex Law Kai-Yui (1953-) ou encore King Hu (1932-1997). Le parcours évoque ainsi des styles différents, comme des comédies, le cinéma wu xia (littérature chinoise ayant pour thème le « chevalier errant »), les animes, ou les dessins animés de Warner Bros sans oublier les films de gangsters hollywoodiens et hongkongais, tous ayant bercé l’imaginaire collectif de plusieurs générations.

« Be water my friend » – Bruce Lee

 

Bruce Lee (1940-1973) est la figure incontournable du Kung Fu, connu mondialement grâce au cinéma pour ses rôles dans Big Boss (1971), Fureur de vaincre (1972), Fureur du Dragon et enfin Le Jeu de la mort (1973) dont il ne verra d’ailleurs jamais la sortie, dû à son décès prématuré. L’exposition lui consacre une salle entière, suivie d’écrans positionnés en triangle pour que le spectateur pose son regard sur la beauté du geste de Bruce Lee tout en étant stimulé par les variations constantes d’images de ses films. Appelé Lee Sui Long en Chine, signifiant « petit dragon », Bruce Lee maniait sans précédent le nunchaku engrenant un fantasme éternel chez les Occidentaux, sans oublier qu’il créa son propre art martial : le jeet kune do.

Les arts martiaux au féminin.

La femme samouraï relève de la fiction. Toutefois des légendes opèrent comme pour l’Impératrice Jingú en 200 ap. J-C, archère partie conquérir la Corée. Il faut attendre le XIXe siècle et plus précisément pendant le Bakumatsu (1853-1868), une période troublée, pour voir apparaître des figures samouraï féminines comme Takeko Nakango…

La femme samouraï relève de la fiction. Toutefois des légendes opèrent comme pour l’Impératrice Jingú en 200 ap. J-C, archère partie conquérir la Corée. Il faut attendre le XIXe siècle et plus précisément pendant le Bakumatsu (1853-1868), une période troublée, pour voir apparaître des figures samouraï féminines comme Takeko Nakango…

L’exposition met à l’honneur les femmes, notamment Lady Snowblood dont une salle entière lui est consacrée. L’héroïne nippone de manga, née sous la main du dessinateur Kazuo Kamimura (1940-1986) et du scénariste Kazuo Koike (1936-2019), est assoiffée de vengeance et a inspiré le personnage principal de Kill Bill, Béatrix Kiddo, de Quentin Tarantino.

Toutefois la figure féminine contemporaine la plus emblématique d’Ultime combat, Art Martiaux d’Asie, est la marraine de l’exposition : Clarisse Agbégnénou (1992-) championne de judo, médaillée d’or Olympique à Tokyo, et cinq fois championne du monde. « Être une sportive de haut niveau, c’est comprendre que ce qui nous anime est plus grand que la performance, plus grand que la compétition » écrit-elle dans la seconde préface du livre de l’exposition. Athlète de haut niveau, elle reprend tous les codes spirituels et philosophiques des arts martiaux pour son art, le judo, qui se transmet de génération en génération sur tous les continents, avec sagesse et raison.

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Toute l’exposition éveille la curiosité et le goût du détail, dans une ambiance propre au Quai Branly. Chaque salle évoque un sujet précis, dont les œuvres sont chacune mises en valeur par des jeux de lumières. Le spectateur se balade oubliant les murs du musée, grâce au parcours erratique, donnant une expérience inédite. Les plus jeunes ont à disposition un livret ludique et humoristique. L’attention du jeune public est maintenue tout au long de l’exposition grâce à ce parcours dont le but final est de programmer son robot. En fournissant ses données personnelles dans un bulletin délivré à la fin du livret et à remettre à la fin de l’exposition, les plus jeunes se verront peut-être chanceux de gagner une initiation au taï-chi pour 12 personnes.

Ultime combat, Art Martiaux d’Asie, Musée du Quai Branly jusqu’au 16 janvier 2022.

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