La nouvelle plume de Franck Courtès

Franck Courtès – crédit photo : Jérôme Bonnet –

Si Franck Courtès a choisi de s’éloigner un temps de son métier de photographe, c’est pour nous livrer 19 nouvelles écrites d’une plume vibrante. Zone Critique revient en détail sur  Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées. 

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En septembre 2013, sous le chapiteau du Livre sur la Place à Nancy, j’attends qu’un auteur revienne. A côté de la chaise vide, au détour d’un stand littéraire, un homme m’interpelle et me propose de découvrir son premier livre, « Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées », un recueil d’une vingtaine de nouvelles. Il s’appelle Franck Courtès, il est photographe. Séduite par sa mine joviale et son regard franc, je me laisse tenter. Sur la dédicace, je lirai plus tard : « Posologie : 1 par jour ». J’ai respecté la prescription, non sans mal certains soirs, tant les nouvelles se sont avérées magnifiques, tragiques ou succulentes. Il n’y a pas de hasard, juste de belles rencontres.

19 nouvelles écrites d’une plume vibrante

Si Franck Courtès choisit de s’éloigner un temps de son métier d’origine, c’est pour nous livrer, à travers Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées 19 nouvelles écrites d’une plume vibrante. Il capte à merveille des thèmes intemporels comme les oscillations de l’amour, l’enfance qui ne s’enfuit jamais vraiment et qui rattrape à la volée l’adulte qui essaie de s’y soustraire, les ravages des mauvais choix et la lâcheté. Comme dans Mauvaise pioche, qui dépeint avec justesse comment un manque de courage, une hésitation de quelques minutes peut remettre en question une vie entière et saccager deux familles. « J’ai cru pouvoir assumer seul ma honte, me trouver des excuses. J’ignorais que ce purgatoire serait éternel. La seule chose qui m’a fait du bien durant toutes ces années, c’est la fatigue, parce qu’on se fatigue de tout, même de se haïr ».

L’auteur sait aussi décrire ces petits riens qui nous agitent tant et si bien que le lecteur se sent touché de plein fouet. Et se laisse gagner au fil des pages par une sorte de curiosité frénétique qui le fait s’interroger sur l’existence humaine, ses ambivalences et contradictions, la nature et sa beauté, avec une focale différente.

L’auteur sait aussi décrire ces petits riens qui nous agitent tant et si bien que le lecteur se sent touché de plein fouet

Le talent est puissant, la force de frappe indéniable. A l’image de celle intitulée Le fil où, à la faveur d’un baiser, le narrateur de 13 ans se remémore une histoire de brochet pêché avec son ami Bruno. Ou comment rendre captivante cette partie de pêche entre deux pré adolescents qui ne tient qu’à un fil, celui qui fera le lien entre le baiser du jeune homme et la gueule du brochet. Le poisson le fera passer de l’excitation la plus folle – « Jamais je n’ai senti aussi précisément la fragilité du bonheur. Par un fil de soie, presque invisible. J’ai compris comment réussir à être heureux à ce moment-là, j’en suis sûr. Ca se gravait en moi comme dans du granit » – à la prise de conscience de la beauté et de la fragilité de ce monde. « Le dos du brochet était fait de vert, d’or, de cuivre, d’argent. Une beauté inutile au fond de l’eau, je me suis dit, perplexe. Autant de soin dans la création, pour pas grand chose, comme un gâchis ».

Et que dire de la sublime «Chevaline  qui met en scène deux jeunes sœurs peinées par la séparation récente de leurs parents et dont le père s’échine à faire retrouver le sourire en leur offrant à chacune une jument ? Le conte de fées prendra fin devant la cupidité de deux malfrats conférant à ce petit bijou d’une dizaine de pages une issue tragique.

Plus légères, les Chroniques de mon restaurant japonais favori, déclinées en trois parties dont l’une, drolatique, tient d’emblée sa promesse : « S’il y a bien un endroit où je ne m’attendais pas à voir entrer une handicapée des bras et en fauteuil roulant, c’est dans cet exigu restaurant japonais. A cause des baguettes ».

Poétique et sensible, Franck Courtès a su finement retranscrire l’acuité visuelle avec laquelle il observe, à travers son objectif de photographe, le monde et les êtres qui le peuplent.

  • Autorisation de pratiquer la course à pied de Franck Courtès, Février 213, Editions JC Lattès, 17,50 euros

Séverine Osché

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