Un roman noir à fleur de peau

Olivier Adam © David Ignaszewki / Koboy © Flammarion

Olivier Adam © David Ignaszewki / Koboy © Flammarion

Dans son onzième roman, Peine perdue, Olivier Adam a choisi de ne pas s’attacher à un seul protagoniste, mais plutôt à un aréopage de 21 personnages plus ou moins reliés les uns aux autres. Défi littéraire pour cet auteur que de brosser le portrait vécu de l’intérieur par cette pléiade d’acteurs écorchés, fragiles et vulnérables, en proie à un mal de vivre contre lequel chacun d’entre eux essaie de lutter au quotidien. Car « c’est un long apprentissage parfois que de savoir rejoindre enfin la vie qui nous va. »

Septembre 2014

Septembre 2014

Autour d’eux gravite Antoine, figure sanguine et dépressive bien connue du style d’Olivier Adam, homme mal guéri de ses blessures d’enfant, mis sur le banc de touche, qui ouvre et referme le bal.

L’auteur déplace également son territoire littéraire, délaissant la côte atlantique et le Japon, pour le sud, hors saison,  avec ses plages désertes et sas campings vides, cadre plus trouble, théâtre de petites arnaques en tout genre.

Les états d’âme des personnages coïncident avec l’atmosphère : la nature est en colère « on dirait là-haut qu’on a décidé de sortir le grand jeu », la tempête fait rage et chacun à sa manière, tente d’échapper à la noyade. Au sens propre comme au figuré.

On retrouve bien dans cette ambiance la fibre de l’auteur qui semble avoir plus de goût pour les perdants magnifiques que pour les gagnants. Avec un style plus sec, qui emprunte au genre des nouvelles, Olivier Adam se met à hauteur d’homme, jusqu’à l’intime, et c’est sans concessions qu’il décrit ses ravages, ses doutes et ses gâchis personnels. En parlant de Jeff, l’ami proche d’Antoine : « Qu’est-ce qui le pousse depuis toujours à faire un pas de côté ? Et le mauvais de préférence. A croire qu’au fond de lui il y a comme un goût pour le ratage. » Impression que ses personnages sont abîmés de naissance et qu’ils se consument au gré des aléas de la vie qui souvent le les épargne pas.

Constat du désarroi

Ce roman, c’est le constat du désarroi, des gens qui ne sont pas entendus, de cette frange de la population en galère, invisible aux yeux des autres, les dominants. Reflet d’un pays en crise ?

« Nous c’est nous. C’est tout. Ceux qui en sont le savent très bien. Et les autres aussi. Chacun sait où il est. De quel côté de la barrière. »

L’horizon de ce livre, sa noirceur, la cupidité des uns qui peut broyer la vie d’un autre témoignent de ce qu’on pourrait nommer la théorie du saccage, « ce qu’ils ont échoué à devenir ». « Il faut parfois retenir les vivants, les arrimer pour ne pas qu’ils s’en aillent »; mais c’est sans doute peine perdue.

« Il faut parfois retenir les vivants, les arrimer pour ne pas qu’ils s’en aillent »; mais c’est sans doute peine perdue.

 Ce qui vaut la peine, en revanche, ce sont les égards des uns envers les autres, la solidarité entre perdants. « Il n’y avait aucun remède au mal-être sinon l’attention des proches, leur tendresse, leur amour. »

 Ce roman de l’intime et du collectif donne une voix à ceux qui ne sont pas entendus.

  • Peine perdue, Olivier Adam, Flammarion, 414 p., 21,50 €, septembre 2014

Séverine Osché

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