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Jean-René Huguenin : La fureur d’écrire

5657889Longtemps l’auteur de La Côte Sauvage porta la mine basse et la mèche en berne. Écrivain hétérodoxe et anachronique, sorte d’Adolphe des fifties, compagnon de route de Sollers ou de Renaud Matignon, archange foudroyé en plein succès de son premier roman : Zone Critique revient pour vous sur le trop méconnu Jean-René Huguenin.

‘’ Je ne suis pas celui qui regarde le monde comme un spectacle divertissant, mais j’y défends ma querelle, ma propre querelle, avec passion, avec rage, avec feu, de toute mon âme et de toute ma vie.’’ Georges Bernanos

Portrait de l’artiste en jeune homme

‘’ Il y aura toujours de la solitude au monde pour ceux qui en sont dignes.’’  Maurice Barrès

C’est un visage allongé, rimbaldien et oblong que ferme un menton glabre, une mâchoire serrée, tendrement volontaire. Sous deux sourcils arqués percent de grands yeux étincelants et ébènes qui trahissent malgré eux des désordres intimes. Une moue se dessine sur des lèvres pincées, qu’occupe souvent une cigarette, et dont les commissures dessinent une imperceptible ironie. Des pommettes saillantes, des joues caves, un nez droit et fin complètent ce visage qu’un front noble et  altier, surplombé d’une mèche d’enfant de cœur ébouriffée en as de pique, vient conclure.

Jean-René Huguenin naquit le premier mars 1936 d’un père professeur à la faculté de médecine et d’une mère ennuyeuse. Il grandit à quelques mètres de la famille Mauriac, dans les rues profondes, ombragées et paisibles de l’Ouest parisien, suivit les cours d’Histoire de Julien Gracq au lycée Claude Bernard, passa vérifier si Morand ou Drieu la Rochelle hantaient encore les couloirs de Science Po puis mourût à 26 ans, en Mercedes 300 SL.

Il laissa derrière lui un unique roman – La Côte Sauvage – récit sombre courant sur deux cents pages, un journal intime et une poignée d’articles à Arts, Réalités ou au Figaro Littéraire, regroupés post-mortem dans le recueil Une Autre jeunesse.

A vingt ans, Huguenin possédait déjà la panoplie complète de l’écrivain en devenir

A vingt ans, Huguenin possédait déjà la panoplie complète de l’écrivain en devenir et se présentait en uniforme réglementaire devant le monde des belles-lettres, claquant ses bottines en cabotin singeant les officiers de cavalerie. Panoplie de papier comprenant en pardessus une mine sombre et un air ombrageux qui vous tiennent chaud pour l’hiver, une certaine morgue seyante qui fait briller en société, une fierté de jeune homme en maille forte bien tricotée, une veste de sentiments écarlates pour éprouver le bourgeois, de l’orgueil nacré en boutons de manchettes et une écharpe de références littéraires pour le prestige de l’héritage.

Le général Barrès, le connétable Bernanos et le caporal Constant lui ont donné un goût littéraire sûr, une haine viscérale de la vulgarité et de grandes espérances. L’adjudant Huguenin, la main sur le cœur, prend place dans les rangs et claironne : ‘’La vieille garde meurt mais ne se rend pas !’’. Vadrouilleur de l’esprit épris d’ordre, de force et de sévérité, escrimeur juvénile en garde le sourire aux lèvres ; les hussards arrivaient en escorte, Huguenin préféra faire cavalier seul.

Aidé par les éditions du Seuil et entouré par quelques anciens camarades du lycée Claude Bernard, dont son ami de toujours Renaud Matignon, Huguenin fondera cependant Tel Quel, revue littéraire aujourd’hui légendaire, dans un tapage de cocktails au Pont Royal, avant d’en être exclu quelques mois plus tard. Il croise ensuite la route de Jean Le Marchand, secrétaire des éditions de la Table Ronde, qui le conseille et lui présente le tout Paris littéraire et journalistique.

Mais le plus clair de son temps, Huguenin le passe seul. Enfermé dans ses appartements à écrire, réfugié dans l’âtre de ses rêveries littéraires, le jeune Jean-René rêve de pureté, de grandeur et de liberté. “Aut Caesar, aut nihil” : il sera un grand romancier.

Le dernier romantique 

‘’Et je veux écrire, avec un tremblement perpétuel sur le front.’’ Franz Kafka

Jean-René-Huguenin-JournalEn ouvrant le Journal nous pénétrons dans l’arrière-pays du cœur : une attention particulière portée aux ciels d’automne par la fenêtre, un amour pour l’herbe chaude et les calvaires bretons, des rapports rigoureux de dîners chez Sagan dont les yeux d’anthracite impressionnent le jeune auteur, une haine des théories et des théoriciens, des vocatifs d’effroi, de colère ou d’amour, des scènes de la vie parisienne, des pointes assassines sur Sollers, Hallier et la Nouvelle-Vague, du fanatisme littéraire, des colères sans nuances et des chagrins d’enfant.

Classique dans la forme, romantique de sensibilité, Huguenin est avant tout un barrésien, qui s’enivre d’être solitaire et différent. Son imagination vagabonde et sa sensibilité exacerbée font de lui un être peu enclin aux concessions de la vie sociale. Le lecteur assiste ainsi dans le Journal au murissement solitaire de l’œuvre à venir :  des heures de travail acharné au bureau à dominer son imaginaire, à sentir désespérément  que ses personnages, comme ses amis, lui échappent, à relever une phrase qui boite, resserrer une période, traquer la précision, se fabriquer un style à coup de biffures, d’ascétisme et de corrections, creuser le réel, mettre les mots en mouvements, sortir des armatures apprises et se créer soi-même dans la création.

Classique dans la forme, romantique de sensibilité, Huguenin est avant tout un barrésien, qui s’enivre d’être solitaire et différent

Huguenin a une unique maxime, empruntée à Paul Valéry : “Ne se fixer que des buts impossibles”. Il planifie son écriture, se donne des horaires, s’astreint à la discipline et connaît le besoin noble et profond de se vaincre lui-même. Restaurer la douleur, l’héroïsme et la grâce, ne pas se contenter, se contempler ni se complaire et ‘’faire face’’ comme le disait Bernanos : voilà pour Huguenin les garants de la grandeur. Appelant de ses vœux une vie supérieure, majorée par la contrainte afin de devenir un grand écrivain, un héros ou un saint, Huguenin rêve de régner sur lui-même en despote éclairé et berce sa douleur dans des rêves intransmissibles et trop grands. C’est dans un néoromantisme de la volonté qu’il va chercher ses sources, loin des jérémiades rousseauistes et de la quête narcissique du Moi. Le jeune auteur cherche l’harmonie des forces, la rencontre de l’ordre apollinien et des pulsions dionysiaques. Son Journal témoigne pour lui : journal de travail, journées de lecture et non pas journal intime. Si l’ego présente pour lui le moindre intérêt c’est en tant que force qui va, en tant que potentialité de dépassement ou de désordre et non comme dépotoir à névroses. C’est ainsi qu’Huguenin, être tragique et sombre, âme téméraire et tremblante, ne se lamente jamais.

Être d’intérieur et écrivain de l’intériorité, Jean-René est le souverain d’un sombre empire qui connaît ses tiraillements, ses invasions, ses coups d’états, massacres et défaites…Primitifs et aristocrates s’y battent en permanence et un jeune prince demeure, entre eux écartelé, portant l’étendard noir de la mélancolie. Retiré dans sa Thébaïde, emmuré dans une tristesse altière couleur d’ardoise, protégé des bourrasques et des averses extérieures, Huguenin prend alors la  figure d’un  jeune romantique se saignant les phalanges sur des accords plaqués, phrases fortes et retentissantes avant de s’effondrer subitement en arpèges mineurs devant sa propre insuffisance. Résolument cyclothymique, il oscille ainsi entre l’acédie des âmes mortes et les foucades d’un jeune chef scout indiscipliné.

Être d’intérieur et écrivain de l’intériorité, Jean-René est le souverain d’un sombre empire qui connaît ses tiraillements, ses invasions, ses coups d’états, massacres et défaites…

Huguenin, âme forte, se sent assailli par le vide, une révolte sourde gronde dans son cœur. Le  présent – notamment politique – trahissant tous ses rêves de grandeur et d’énergie nationale, l’auteur de La Côte Sauvage porte avec lui la nostalgie d’une Histoire plus romanesque qu’exacte, réclame une civilisation et distribue les majuscules. Amour, Force, Foi sont de grandes valeurs mortes que la France a remplacé par des succédanés sans envergure : plaisir, contrôle de soi et  humanisme bourgeois. Vomissant les tièdes, aveuglé par sa jeunesse mais resplendissant de révolte, Huguenin entend bien se débarrasser des autres qui l’encombrent, s’enfoncer dans sa solitude, écrire et se consumer vite, plus vite encore, comme une cigarette qu’on calcine ou un buisson ardent.

Observant son intériorité tortueuse à travers les trous qu’il perce dans son amour-propre, notre jeune homme maudit la patience, a l’humeur tragique et fière et entend bien se forger une âme forte, à grands coups de refus. Avoir de la superbe, le cœur en chamade, des chimères plein l’esprit, l’honneur de mourir en pleine course et ne jamais se laisser choir dans la langueur monotone d’un romantisme confortable ou dans l’humanisme des impuissants : tels semblent être les impératifs catégoriques du jeune Jean-René Huguenin.

Les articles d’un enfant triste 

‘’ Les mots abstraits qu’ils avaient jetés au peuple, comme monnaie de cours, sont devenus les instruments du sophisme et de la fourberie, et les expressions de la philanthropie n’ont fourni des armes qu’à la barbarie et au fanatisme’’ Antoine de Rivarol

12665847_10209070812514345_18674841_n1960. L’automne tombe en continu sur un Paris sans mystère, des Simca mille amorphes sillonnent les rues tristes, les étudiants hagards s’amassent à la Mutualité et l’ORTF vous parle sans entrain. Que dit la littérature? Mauriac tisanier du style et maître à penser des âmes tièdes fait infuser dans l’Express un catéchisme bien élevé tandis que Les Temps Modernes radotent sur le matérialisme-historique. Le Kremlin ou le Vatican ? Deux maisons de retraites à succursales multiples qui ne satisfont pas notre jeune homme en colère. Lui que Science Po destinait aux croupissantes rengaines des rentiers peureux de la grande presse ou aux pantalonnades boulevardières des partis politiques, décida devant tant de sottises sacralisées de se faire écrivain. Et critique.

La standardisation – discipline moderne – fait ses premiers pas.  Le parfait citoyen se prosterne désormais cum laude devant les statistiques, l’image publicitaire et la presse : nouvelles idoles qui forment le cœur d’un monde sans cœur et l’esprit d’un monde sans esprit. C’est l’avènement du normal, du suivisme, de cette vaste conjuration du similaire. Tout est dans tout : le capital est social, l’homme objet et les sciences humaines. Ces dernières enterrant au passage dans la fosse commune de l’Histoire les dernières racines de sacré et les décombres calcinés de la métaphysique. Ce monde nouveau, douce dictature du même, du bruit, du confort et de la transparence remplace peu à peu le mystère des siècles des siècles. A l’ère du soupçon, Huguenin répond par la foi. Face à ces vies ivres de vide, à cette uniformisation faussement émancipatrice des désirs qui fabriqua à l’époque une génération de James Dean en blue-jean parodiant le mal du siècle autour de cafés crème, Huguenin grince des dents et décèle un état d’esprit – si l’on peut parler d’Esprit – portant tout à la pétaudière.

Face à cette vaste tribu des raisonnables, qui ne sont souvent que des résignés qui le cachent, les intellectuels de son temps ne convainquent pas plus le jeune Huguenin. Depuis quelques années, sous le pontificat intellectuel de Sartre, une nouvelle liturgie a vu le jour. L’Ordre des ignorantins prêche la bonne parole dans des processions interminables et distribue les nouveaux bulletins paroissiaux du culte que récitent avidement les séminaristes assidus de l’indignation laïque, gratuite et obligatoire. Cette foule d’étudiants hagards, guidés par quelques universitaires parisiens voués sur leurs heures de temps libres au culte de la pythie progressiste, accommodent alors maladroitement un ragoût de Trotski, à de filandreux morceaux de Freud relevés sauce formaliste.

Contre les perroquets du parti intellectuel de l’époque, Huguenin apprête donc sa trique dans des articles d’artificier

Contre les perroquets du parti intellectuel de l’époque, Huguenin apprête donc sa trique dans des articles d’artificier, pétards montant haut et explosant fort : spectacle réjouissant en somme. Il se livre alors à des philippiques emportées contre les intellectuels en rond de cuir et en robe de chambre, les curés psychanalystes de la revue Esprit, la phraséologie amphigourique des avant-gardes et leurs provocations de table d’hôte.

Notre généreux jeune homme tolère mal la sècheresse de cœur des grimauds de l’École Normale, leurs ricanements appris devant de vieilles idées (comme le petit Jésus ou les vertus digestives du potage à l’ognon),  leur manie à meetinger, défiler, distribuer. Il n’aime pas les foules, ni le théâtre de rue. Huguenin refuse par ailleurs la transplantation de la littérature hors d’elle-même, l’invasion du récit par le concept et part en résistance pour reconquérir le romanesque et libérer le champ littéraire des herses de la narratologie et du chiendent existentialiste. Alors que l’époque était reflet de la Régence, Huguenin appelait l’Absolutisme. Plus touché par le mythe du coup de force que par celui du grand soir, possédant un sang vigoureux qui ne fait qu’un tour, une certaine ivresse des vertiges et la témérité des tempéraments aristocratiques, le jeune Huguenin prenait naturellement dans ses articles et pour la postérité la figure d’un conjuré solitaire ou d’un enfant tyrannique.

L’homme d’un seul livre

‘’Et penitus toto  divisos orbe Britannos.’’ Virgile, Bucoliques, I, 66.

41RW8W1RBGL._SX303_BO1,204,203,200_De retour dans la demeure familiale de Bretagne après des années d’absence, Olivier, un beau ténébreux très gracquien replonge dans ses souvenirs d’enfance et retrouve sa jeune sœur à la veille de son mariage. Porté par une progression dramatique maîtrisée et des pages à la  beauté pasiphaesque, le lecteur voit peu à peu les rapports entre les êtres se faire de plus en plus flous, étranges, oppressants.

Oscillant entre la grande tragédie, le drame intimiste et le roman policier, La Côte Sauvage est un roman épuré, en retenue, qu’éclairent des rayons de grâce épars tempérés par l’air grave et sombre des nuages bretons. Au cœur de ce paysage épais, des eaux apparemment calmes cachent mal des passions profondes, courants brutaux, emportements secrets et le pâle silence de la bise marine engloutit les promesses d’un frère et de sa sœur. Des îlots de mal-être, des embarcations dangereuses et des raz-de-marée intérieurs entre rêves et réalité nourrissent ce récit d’une rare beauté. On se cherche dans les rochers, les jeux d’enfants comme seul refuge, la catastrophe vient l’air de rien et on l’accueille avec un sourire. Le lecteur est charmé par ce roman étrange, qui ne répète jamais la même chose mais exprime une maigre intrigue : les remous mystérieux de deux âmes fières et tristes. Olivier et Anne sont empêtrés dans les liens infrangibles d’une fraternité mortifère et les autres, protagonistes qui les encombrent, comparses d’un été, forment les spectateurs d’un drame invisible. A côté d’eux se trouve Berthes, épave de sœur aînée, obèse et échouée,  noyée dans l’écume des jours, coulant dans le quotidien comme une grosse larme chaude.

La Côte Sauvage est l’un de ces livres où souffle l’esprit.

Le jeune Huguenin fait montre dans son unique roman d’un sens profond de la description des paysages intérieurs. Le ton y  est grave, le style maîtrisé, les images fortes. Dans cette rêverie impressionniste qui tourne au cauchemar, le clair-obscur des sentiments est rendu avec une finesse rare et l’incertitude transparaît partout ; dans les brumes marines ou à la lisière du soir, ses personnages, ombres de désir et d’orgueil, fuient telles des bêtes blessées, partageant parfois quelques mots dans des dialogues diaphanes, trop écrits pour être vrais.

La Côte Sauvage est l’un de ces livres où souffle l’esprit. C’est le roman du dernier été, des derniers instants de  jeunesse, porté par ce style dense aux couleurs gracquiennes, évoquant gracieusement les paysages poétiques chers à Tristan Corbière. Mais c’est aussi cet imaginaire profondément enraciné dans le terroir breton : la fin de terres nues résonnant du bruit des vagues, les lueurs lointaines des lanternes de bateaux, les grandes grèves atlantiques et leurs rivages d’écume, les fêtes foraines du Finistère, les calvaires du quinzième siècle bordés d’hortensias délavés, les bigoudens d’un autre temps et la jeunesse insolente des cafés de Quimper. Petit roman fulgurant rappelant par moment Les Enfants terribles, La Côte Sauvage est une sorte d’esquisse poétique qu’on devine plus qu’on ne comprend, l’ineffable y côtoie l’indicible : ils se racontent peu de choses mais leur dialogue est très joli.

La Côte Sauvage est une sorte d’esquisse poétique qu’on devine plus qu’on ne comprend, l’ineffable y côtoie l’indicible

Aux amateurs, partant régulièrement à la chasse aux grands crus français et appréciant entre autre le Château Blondin 52 (rond et fruité), le Moulin Nimier-Perrière 48 (sec), la Grande Cuvée Destouches 57 (acide) ou encore les arômes harmonieux du Domaine Bouteleau-Chardonne 1937  (vin de pays équilibré et subtil dont un compte rendu de dégustation vous a déjà été proposé dans cette même rubrique), je recommande donc chaudement ce Huguenin 1960, vin jeune et tonique, long en bouche et  laissant l’ivresse douce-amère d’un premier amour de grandes vacances.

Epilogue 

‘’Je vais écrire quelques romans puis j’éclaterai comme un feu d’artifice et j’irai chercher la mort quelque part.’’  Jean-René Huguenin

Romancier anachronique, jeune homme d’autrefois si représentatif de cette rêveuse bourgeoisie de l’avenue Mozart, il ne pouvait décemment pas finir en fonctionnaire des Lettres.

Huguenin, amoureux de ses inquiétudes, parvint dans son œuvre à naviguer dans les eaux vives d’une intériorité emportée en évitant soigneusement la flaque réservée du verbalisme académique (Genette), les marécages uligineux du Nouveau-Roman (Robbe-Grillet) et la mare saumâtre de la vulgate psychanalytique (Leiris). Fils de médecin, il diagnostiquait les symptômes d’un état de santé général inquiétant : amaurose spirituelle, amnésie historique et anémie égalitaire. Le jeune garçon prescrivait quelques prières, de bonnes lectures et une cure de solitude. Romancier anachronique, jeune homme d’autrefois si représentatif de cette rêveuse bourgeoisie de l’avenue Mozart, il ne pouvait décemment pas finir en fonctionnaire des Lettres.

Huguenin n’eut pas la patience d’attendre l’âge du Christ, trop pressé pour s’éterniser à Paris il partit en permission un matin de septembre 1962. 6 cylindres, 215 chevaux. Il avait 26 ans. L’esprit revêche de ce feu follet des lettres repose à jamais sous des draps de tôle froissée, quelque part sur la route de Chartres sous le bleu ineffable d’un ciel irrésolu. Il ne quittera cependant jamais nos mémoires, où nous lui dressâmes un cénotaphe, nous lecteurs gorgés d’orgueil qui rêvons d’Une autre jeunesse.

Dans les recoins de nos consciences et de nos refus gisent ainsi quelques gloires mort-nées, aux côtés de La Rochejacquelein, d’Henri Lagrange ou d’Hecquet, de ces mousquetaires ou condottieri anachroniques, princes d’une jeunesse sacrifiée : Hic Jacet Huguenin.

  • La Côte sauvage, Jean-René Huguenin, éditions du Seuil, 1960, 8,70 euros.
  • Journal, Jean-René Huguenin, éditions du Seuil, 1964, 7,50euros.
  • Une autre jeunesse, Jean-René Huguenin, éditions du Seuil, 1965, 7,50 euros.
  • Un jeune mort d’autrefois, tombeau de Jean-René Huguenin, Jérôme Michel, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013, 19,90 euros.
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