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Wildlife : Paul Dano derrière la caméra

Derrière ses traits éternellement juvéniles, Paul Dano a longtemps renvoyé l’image de l’adolescent mutique de Little Miss Sunshine – son film de la révélation – et de There Will Be Blood, sa consécration critique. Il fait aujourd’hui preuve d’une saisissante maturité en réalisant un premier long métrage maîtrisé, où les relations de couple se déclinent au gré des injustices et des vexations du quotidien. Devant sa caméra, le Montana des sixties devient un décor aussi pesant que le drame qui se joue entre Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal.

Présenté en ouverture de la Semaine de la Critique, Wildlife pourrait faire écho à l’adage « l’homme est un loup pour l’homme ». Traduit en français sous le titre Une Saison Ardente, il a l’Amérique rurale de Kennedy dans son viseur et, dès la scène d’ouverture, on comprend que le modèle de la société de consommation de la décennie précédente a laissé des stigmates.

En particulier pour les « petites gens » que sont Jeanette (Mulligan) et Jerry (Gyllenhaal), comme ce dernier le rappelle en constatant amèrement qu’il faut rester à sa place. Mais comment concilier ses aspirations et une réalité sociale devenue insupportable ?

Ed Oxenbould, dans les pas de Dano

Les positions qu’adoptent ce mari et cette femme fonctionnent en miroir. Le scénario, adapté du roman de Richard Ford avec la complicité de Zoe Kazan, trouve sa force dans cette opposition. Surtout, Paul Dano choisit de filmer à hauteur d’enfant, en faisant du fils de 14 ans le guide du spectateur dans les sillons de cette histoire déchirante. Si le comédien a travaillé auprès des plus grands cinéastes pour se forger la filmographie qu’on lui connaît, le style qui se dégage de sa mise en scène ne semble emprunté à personne. Il impose sa patte en commençant par confier le rôle de l’adolescent à Ed Oxenbould, au sujet de qui il est difficile de ne pas voir une projection de Dano. De quoi ravir ses fans et donner des arguments à ceux qui seraient tentés de reprocher ce manque de risque.

Judicieux effets de style

L’audace, il faut la chercher dans le jeu des têtes d’affiche. Chacun livre une remarquable prestation, qui tend à la gradation à mesure que l’intrigue se noue. Le destin de ce couple, aux prises avec ses frustrations, se dessine alors par touches. Au-delà des cadrages à dominance serrés, des répliques ciselées, et des tons ternes qui baignent la photographie de Diego García, c’est la judicieuse utilisation du hors-champ qui convainc. Qu’il soit sonore ou visuel, le hors-champ permet à Paul Dano d’user de cette astuce pour appuyer l’impression de distance qui sépare les protagonistes et alimenter la tension du récit. De quoi laisser à ses séquences la durée nécessaire pour qu’un malaise de plus en plus palpable s’instaure.

La marque d’un drame intimiste réussi, pour un  baptême de la réalisation qui ouvrira, on l’espère, une nouvelle vocation au comédien.

Wildlife (Une Saison Ardente), de Paul Dano, avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal et Ed Oxenbould.

Semaine de la Critique. Concourt à la Caméra d’or. Sortie prévue le 19 décembre 2018.

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