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«Ecrire sur l’automobile, c’est écrire sur la vie»

Steve MQueen dans Bullitt

Steve MQueen dans Bullitt

« L’été est une sale saison pour l’élégance. A moins de rouler en buggy et d’être Steve McQueen dans L’affaire Thomas Crown ». Le « must have » de tout dandy qui se respecte vient de paraître aux Editions rue fromentin : retour sur le Dictionnaire élégant de l’automobile de Thomas Morales.

Octobre 2013

Octobre 2013

« Car écrire sur l’automobile, c’est écrire sur la vie », nous affirme d’emblée Thomas Morales. L’auteur nous convie en effet dans son dernier ouvrage à une ballade aussi légère qu’amoureuse, à une « dérive à la Blondin » à travers les grands mythes automobiles et culturels d’une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, au charme suranné et inimitable, les trente glorieuses : « Les hommes qui aiment les voitures sont plus subtils qu’il n’y paraît. C’est grâce à leur mystérieux pouvoir que je me suis ouvert à la littérature, au cinéma, à la politique, aux actrices italiennes, au monde en somme. Je ne suis pas naïf, je sais que depuis une quinzaine d’années, un malentendu s’est installé entre les « pro » et les « anti » automobiles. (…). Comment leur expliquer, aux autres, aux donneurs de leçons, aux sauveurs de la planète, que le sourire d’une pimpante Dauphine me réjouit, que la vue d’un type H fripé me remplit de bonheur, qu’une indomptable 911 me rappelle un été à Biarritz, un hiver au Turini, un automne place de la Madeleine et ce printemps sur une route du Berry. »

Claude Lelouch et Tom Selleck

Journaliste spécialiste d’automobiles et de cinéma, Thomas Morales nous fait ainsi suivre, de sa plume désopilante et teintée de nostalgie, un itinéraire totalement subjectif d’un bout à l’autre de l’histoire de la seconde moitié du XXème siècle, où se croisent décapotables et berlines, souvenirs littéraires et cinématographiques ; on y rencontre ainsi Claude Lelouch et la Cadillac Eldorado, Roger Nimier et James Bond, la Ford Granada et Tom Selleck, l’acteur-culte de la série Magnum : « Thomas Magnum est le premier héros de télévision à porter la moustache, le short très court, des chemises à fleurs, et à avoir peur de deux dobermans, Zeus et Apollon. N’oublions jamais que Magnum est un vétéran du Vietnam, ce qui explique les cauchemars qui le réveillent en pleine nuit. (…) Le succès de la série aurait-il été aussi important sans la Ferrari ? On peut en douter. L’italienne donne un côté décalé, européen, à ce grand gaillard américain. Elle a fait rêver des millions d’adolescents qui auraient donné tout leur argent de poche pour se mettre au volant de la 308 et se laisser pousser la moustache. »

« Les chevaux s’ébrouaient sur la lande déserte. »

Un rideau de pluie voilait notre avenir. On portait des bottes et des vestes Barbour et on conduisait une Range Rover de couleur moutarde.

Vous aurez compris l’idée: le Dictionnaire élégant de l’automobile est une agréable déambulation, iconoclaste et sentimentale, qui rendra nostalgique jusqu’au plus jeune de ses lecteurs. Alors, pour le simple plaisir de la lecture et du souvenir, citons l’entrée « Taxi mauve (Un) » : « Il y eut une époque bénie où lorsqu’on évoquait le mot « taxi », nous ne pensions pas immédiatement à la ville de Marseille, mais à la couleur mauve. Une époque lointaine où les lacs du Connemara n’évoquaient pas une chanson de Michel Sardou, mais un film d’Yves Boisset. Où Charlotte Rampling n’était pas une actrice de publicité mais incarnait la sublime Sharon qui se promenait seins nus devant Philippe Noiret. En ce temps-là, pour réaliser un film, on s’inspirait d’un roman de Michel Déon, on embauchait Peter Ustinov et Fred Astaire pour mettre de l’ambiance, on vous plongeait dans une Irlande sauvage et irréelle, on dansait au son de la cornemuse dans un pub où il fallait éviter les coups de poing et les chaises volantes. La bière était si brune qu’elle ressemblait à du café noir. Le docteur Scully soignait ses malades par les mots. La beauté des paysages était aveuglante. Les parties de chasse s’étiraient du petit matin jusqu’au coucher du soleil. On se gavait dhuîtres creuses. On appelait Paris d’une cabine téléphonique dans un bureau de poste. On dormait mal. On n’arrivait pas à oublier le passé. Les chevaux s’ébrouaient sur la lande déserte. Un rideau de pluie voilait notre avenir. On portait des bottes et des vestes Barbour et on conduisait une Range Rover de couleur moutarde. »

Réservez vos billets pour L’Irlande et louez-y une Range-Rover ; emportez dans votre sac Un Taxi mauve de Michel Déon, et peut-être Les enfants tristes de Roger Nimier : les lacs du Connemara vous attendent déjà.

  • Dictionnaire élégant de l’automobile, Thomas Morales, Editions rue fromentin, otobre 2013, 23 euros, 183 pages.

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