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Le triomphe du Rire ou le sacre des perdants

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(Crédit photo : Christelle Mercier)

Zone Critique revient pour vous sur le dernier ouvrage de Cyril Huot. Le rire triomphant des perdants constitue le journal de bord : le « journal de guerre » d’un écrivain contemporain passant au crible de l’Histoire des mentalités, depuis que l’animal social et politique existe, la panoplie de la bêtise humaine, dans sa splendeur pathétique ; d’un auteur s’activant à en écrire ici la critique tout en continuant de mener contre elle, par le truchement et le pouvoir de la littérature, une guerre sans répit et sans concessions où le rire insolent – arme des exclus : des perdants de « la barbarie systémique » – lui fait face, exprimant ainsi sa résistance contre « les castes et les cliques des dominants ».

Novembre 2016

Novembre 2016

Après avoir évoqué les différents prédateurs dominants de ce système, barbares à visage humain sévissant hier et encore aujourd’hui : « (…) la clique de tous ceux qui (…), pour faire prévaloir leur propre idéologie, recourent à un terrorisme (…) obscurantiste et totalitaire » ; « (…) la clique omnipotente de ces aveugles bas du front qui, bardés de leurs certitudes, forts d’une bonne conscience que rien ne saurait ébranler, font de nos sociétés dites démocratiques une barbarie qui s’ignore, une barbarie toujours pleinement satisfaite d’elle-même, une barbarie systémique qui écrase sans états d’âme tous ceux qui se refusent à adhérer aussi aveuglément qu’eux à leur idéologie, à leurs valeurs, à leur religion qui est par excellence celle du profit, celle du consumérisme effréné, celle de l’arrivisme » ;  « (…) la tyrannie de cette caste souveraine (…) face à laquelle les gueux d’aujourd’hui et les exclus de toujours ne peuvent opposer qu’un rire insolent, cet intolérable rire triomphant qui de tout temps a toujours été leur seule arme, mais une arme contre laquelle les castes et les cliques des dominants, aussi puissantes fussent-elles, ne peuvent tout simplement rien. » – après avoir ainsi listé les différents types sociaux de cette barbarie, Cyril Huot analyse les différentes modalités optées par ce rire insolent, mêlant sa propre voix à celle des plus grands pour rire à son tour de la bêtise généralisée.

Le livre du courage

En prenant le parti et la défense des offensés de la barbarie systémique, l’auteur prend le risque du pari pascalien où rien n’est à gagner si ce n’est une victoire dans le temps, victoire de soi-même et au nom des humiliés et ignorés du système.

Cet essai – le septième livre des éditions Tinbad et le deuxième de Cyril Huot chez cet éditeur, après Le spectre de Thomas Bernhard – est un livre du courage. Un livre de défi et « un pari dans le Temps » (Christelle Mercier, Présidente des éditions Tinbad). Car « la décision de continuer à vivre seul ou même en contradiction avec tout son entourage exige beaucoup plus d’autonomie et de courage que l’acceptation de la mort » considérée à tort comme la plus mortelle des peurs de l’homme par la croyance universellement répandue alors que la mort sociale est bien aujourd’hui la plus mortelle, « c’est-à-dire la peur d’être discrédité, ignoré, ou même raillé. » Car, en prenant le parti et la défense des offensés de la barbarie systémique, l’auteur prend le risque du pari pascalien où rien n’est à gagner si ce n’est une victoire dans le temps, victoire de soi-même et au nom des humiliés et ignorés du système spectaculaire imbu de sa suffisance et sûr de sa légitimité sociale, existentielle. Le courage d’une telle posture, celle de craquer chaque jour de sa vie une allumette du désespoir, un Bukowski (« l’homme au courage exemplaire ») l’incarna merveilleusement : terriblement les craquements broyeurs du Vivant, cette Machine-à-broyer en route du vivant au bord du chemin qui nous tisonne et nous crame vif dès le premier pas franchi sur la terre du « mal-monde », nous « agonisants de naissance » :

« À la lecture d’un Kierkegaard, tout comme à celle d’un Bukowski, à chaque page, on prenait gifle sur gifle. (Un rapprochement dont on aurait bien tort d’être surpris, car sur ce terrain, ces deux-là nous donnaient une même leçon de courage). Titre d’un livre de Bukowski : « Play the piano drunk like a percussion instrument until the fingers begin to bleed a bit. » En substance : « Mets-toi au piano ivre-mort et cogne sur les touches comme si c’était un instrument de percussion jusqu’à ce que tes doigts se mettent à saigner un peu. » Et ce n’était là que le titre du programme… Chaque fois que nous laissions le fil du travail se casser, nous laissions le fil de la vie se casser. C’était un truc que Buk, l’un de nos rares contemporains, avait su nous faire comprendre presque aussi bien que l’auteur du Traité du désespoir. Buk, qui toute sa vie, avait écrit jour après jour, nuit après nuit, son propre Traité du désespoir. Buk, l’homme au courage exemplaire. Peut-être plus seul encore et plus courageux encore que Kierkegaard lui-même. Un homme qui n’avait aucune chance d’écrire et qui avait réussi à ne faire que ça toute sa vie. Un homme qui avait écrit dans les conditions les plus bousillantes. Buk, l’homme qui montait la littérature à cru. Définition qui n’aurait peut-être pas déplu à ce malade des champs de course… Buk, seul à trois heures du matin, devant sa machine à écrire, moitié beurré, craque une allumette et se marre comme un bossu. « Celui qui a besoin d’autre chose que d’un coin de table de cuisine graisseux pour écrire, est tout sauf un écrivain. » Comment comprendre qu’un homme qui a été aussi merveilleusement vivant puisse être mort aujourd’hui ? … »

Critique littéraire, Littérature critique

Cyril Huot ne commet pas seulement ici une Critique littéraire de la bêtise humaine mais bien une Littérature critique, où l’observateur d’une société aujourd’hui plus que jamais consumériste-arriviste-carriériste-individualiste à outrance et au mépris du respect des droits de chacun : de l’autre, dresse par la lame de fond de son écriture (de l’Écriture résistante) une falaise déjà bien attaquée, « écrivant sur » mais aussi et peut-être surtout « écrivant contre ». Ainsi ce « rire triomphant des perdants » n’est-il pas le journal d’un écrivain parmi d’autres, mais le journal de guerre mené de front par un écrivain contre l’Homme médiocre, contre une bêtise généralisée prépondérante en son vacarme et ses succès de vacuité, omniprésente en ses manifestations systémiques et sociétales.

L’auteur définit ainsi sa démarche :

« Se faire au jour le jour, le journaliste de soi-même, ce terrain des opérations, comme du monde qui nous entoure. Se faire correspondant de guerre. Envoyer des nouvelles du front, des nouvelles de cette guerre qui fait rage sous son propre front comme elle fait rage partout entre les hommes. Tenir un journal de bord fait de chiffons, papiers recyclés, de papiers privés, mémoires de guerre de sa propre guerre. »

Il définit ainsi la démarche de ce « journal de guerre » en se plaçant du côté des « naufragés du temps » (« Des naufragés volontaires de leur temps face à l’omniprésence de la barbarie systémique », s’intitule le premier chapitre) travaillant le sens de leur existence, sans but, telle cette masse intérieure faite du tri et du recyclage de nos ruminations et de la chair du monde, « qui n’a de nom dans aucune philosophie. »

Deux voix interfèrent sans cesse au long de cet essai décliné sous la forme épistolaire d’un journal de bord, mêlant celle de l’essayiste à celle de l’auteur Cyril Huot en passant par « la voix des plus grands de ceux qui avaient dit la même chose que lui avant lui ».

Deux voix interfèrent sans cesse au long de cet essai décliné sous la forme épistolaire d’un journal de bord, mêlant celle de l’essayiste à celle de l’auteur Cyril Huot en passant par « la voix des plus grands de ceux qui avaient dit la même chose que lui avant lui ». Pourquoi redire ce que d’autres auparavant – et pas des moindres : Kafka, Pessoa, Nietzsche, Artaud, … – ont déjà proféré ? — Pour prolonger et répercuter la veille des « mauvais esprits » surveillant le « mal-monde » en s’écriant : « Dans nos bras, ceux qui ont dit la même chose que nous avant nous ! » — Pour clamer dans la permanence que rien n’avance de neuf sous le soleil en dépit d’un progrès annoncé de l’Humanité et faire actuellement et humblement entendre sa propre voix – celle de sa « tragédie personnelle » — en insurrection contre le terrorisme ambiant et survivant d’une barbarie standardisée toujours à l’oeuvre, orgueilleuse d’elle-même et fière des « petits dieux-vivants faits à son image » qu’elle enfante, « qui croissaient et se multipliaient chaque jour davantage. » Ce constat fait pendant à l’une des deux citations mises en exergue du livre, celle-ci de Günther Anders : « Autrefois, les dieux parlaient comme des hommes ayant une bonne situation. Les dieux étaient tombés en disgrâce. Désormais les hommes ayant une bonne situation se prenaient pour des dieux. » (L’Homme sans monde).

En utilisant l’imparfait comme temps narratif de son essai, à part égale avec le présent de narration, Cyril Huot glisse par intermittence sa voix dans le discours rapporté des naufragés. Ainsi lorsqu’il parle, par exemple, lui-même et au nom « des naufragés volontaires de leurs temps, ces suppliciés de la société » dans le chapitre II (ces désertés par tout courant de pensée ou d’idéologie, faisant « chaque matin les poubelles de la pensée », fouillant « dans les détritus de l’inépuisable décharge publique ») : « Dans un texte philosophique, chaque phrase devrait être aussi proche du centre que toutes les autres », dit Adorno dans ses Minima Moralia. Pour nous, philosophique ou non, chacune de nos phrases se devait être aussi proche du cœur de cette masse intérieure que toutes les autres. »

En conjuguant les voix anciennes à la sienne, en les rendant complices, par un « on » fédérateur, d’une posture et d’un discours analogues face à une même problématique, il postule et instaure dans la pérennité cette prise de pouvoir abusive par une société du Spectacle sur laquelle « l’oeil ouvert » des perdants veille, à l’affût ; atteste par cette forme de discours de la survivance du même schéma vicieux dans ses forces à l’origine du fonctionnement de notre société. La bêtise persiste, cependant que ses détracteurs – bien que minoritaires et rares  continuent d’y opposer leur « contre-terrorisme insurrectionnel ». Cet essai en est l’incarnation vive.

Mais alors – peut se demander le lecteur — à quel bonheur (en est-il un ?) peuvent prétendre ces « sombres naufragés » et « agonisants de naissance », bafoués par l’omnipotence de la bête sociale ? Peut-il y en avoir un pour eux, irréductibles contestataires, davantage : agonisants, en retrait du système dont ils font à leur insu partie ? Un « naufragé volontaire » de son époque et du cadre sociétal qui l’inclut, irrémédiablement à l’écart, irrévocablement à contre-temps, peut-il prétendre au bonheur ? Comment se « sentir exister » dans une posture en retrait par rapport au fonctionnement généralisé et consensuel du troupeau grégaire, étranger à toute pensée systémique, à toute théorie, à tout système normatif social ? L’exceptionnel courage et l’autonomie qu’une telle présence au monde exige, peuvent-ils rendre un homme heureux ? On peut répondre par l’affirmative si l’on se représente « la splendeur (des) haillons (…) des princes de la pensée » (Pessoa, Musil, Pascal, Kierkegaard, Nietzsche, Artaud …), rejetés hier, célébrés aujourd’hui, avec leur âme noble et conscience de s’être conformés tout au long de leur vie, chacun à leur manière, à ce qu’ils avaient professé.

Un « journal de guerre »

Après avoir évoqué les différentes formes revêtues par la société mercantile et la barbarie systémique qu’elle enfante, après nous avoir introduit dans les parages des « princes de la pensée », l’auteur décline les modalités de ce « rire triomphant des perdants », ultime, extrême et victorieuse réponse.

Cette entrée dans les coulisses des « perdants » peut nous laisser entrevoir, qu’au final et dans certains cas, c’est davantage le disciple que le maître qui ira jusqu’au bout de son retrait du monde en tant qu’irréductible résistant à ses séductions, simulacres et bassesses. Ainsi Pessoa, « en dépit de sa vocation de poète, restait en deçà », en ce qu’il ne se réconciliait pas avec le monde tout en continuant d’écrire, l’acte d’écrire demeurant « une souillure, ne serait-ce que dans le désir de laisser une trace » et non un accomplissement du mourir au monde et à soi-même. Mais comment faire entendre sa voix autrement qu’en communiquant, qu’en transcrivant, en disant par les mots transmis le fond de sa pensée ? C’est bien donc le « maître » – lui qui engendre des disciples  qui retiendra toujours l’attention et se tiendra dans la voilure de l’écriture, la tension paradoxale de l’écriture. Et l’écriture semble bien un modus vivendi radical et efficace pour contrer le triomphe des opérateurs de l’Imposture.

Après avoir évoqué les différentes formes revêtues par la société mercantile et la barbarie systémique qu’elle enfante, après nous avoir introduit dans les parages des « princes de la pensée », l’auteur décline les modalités de ce « rire triomphant des perdants », ultime, extrême et victorieuse réponse.

Mais avant il aura relevé les quelques traits relatifs, voire dérisoires, de certains succès que s’accordent ceux qui se destinent à tenir les rênes de la toute-puissance, par soif de pouvoir, soif de domination. La relative appréciation de l’opinion publique déjà fragilise et déstabilise le piédestal sur lequel s’élevaient leurs « idoles ». La multitude formée par l’empathie publique dont jouit une « idole » et le processus d’identification qu’elle promène avec elle, l’admiration stupéfaite qu’elle entraîne, ne sont en effet pas un gage suffisant pour assurer un succès durable à ceux qui se prennent pour « le nombril du monde ». L’écran réversible du relationnel superficiel motivé par la séduction, l’humeur du moment et quelques touches dues au hasard vouent cette posture à l’Imposture et ne promettent, ni assurent, la postérité. Qu’arrivera-t-il par exemple si la corruption généralisée observée dans le système politico-économique contemporain ne devient plus, d’un jour à l’autre, un trait marqué et structurel de notre société, si « le juge incorruptible, le fonctionnaire wébérien, l’enseignant dévoué à sa tâche, l’ouvrier pour qui son travail, malgré tout, était une source de fierté » ressurgissent demain, après une restructuration, une autre conception et optique de la société ? Retour des choses peu probable – tout retour signifiant une marche en arrière  mais évolution possible et demain peut-être, les « perdants » deviendront-ils au grand jour les hauts vainqueurs de la marche du monde et des hommes…

Réponse à l’immense bêtise, par le haut fait du rire insolent de « perdants », l’observation et la compréhension des mécanismes qui font avancer la démesure des « ambitieux sans scrupules » se donnant pour unique objectif d’exercer leur toute-puissance vénale en méprisant instinctivement ceux qui ne leur sont pas supérieurs du point de vue hiérarchique, seront des clefs d’élucidation veillant sur « le mal-monde », exerçant leur « mauvais oeil » comme un saut de barillet dans les serrures, pour faire tomber les idoles et renverser les simulacres. Déverrouiller le système clôturé du « mal-monde ».

« Avec (…) Exercices de Shaftesbury, Aphorismes sur la sagesse dans la vie de Schopenhauer et Poteaux d’angle de Michaux – on savait tout ce qu’il y avait à savoir sur le fonctionnement du genre humain et sur la conduite à tenir en conséquence », écrit Huot. « Un manuel complet de savoir-vivre en société en trois tomes définitifs. À quoi s’attendre et comment se comporter face au grand rouleau compresseur de la barbarie généralisée. Trois livres de base qui devraient être mis au programme des écoles maternelles. Et même à déposer dans le berceau de tout nouveau-né en même temps que la layette. »

La verve de l’écriture

Et la verve de l’écriture fuse à l’encontre des nouvelles idoles érigées sur les podiums du 21ème siècle, l’auteur commentant et poursuivant :

« La politique (le pouvoir), c’est pisser en public, “la liaison entre l’ambition et l’érotisme urétral” dont parle Freud, allant de pair avec les prétentions hautaines qui scotomisent, couvrent d’un épais voile de ténèbres, ce théâtre humain. »

Dès lors l’écriture peut-elle assouvir cette rage intériorisée d’appartenir malgré soi à cette société égocentrique, exclusivement centrée sur les intérêts personnels de chacun, si méprisante ?

« L’homme ne descendait pas du singe. Il était clair qu’en tout cas il ne descendait pas des grands singes, le gorille ou l’orang-outan. Il n’en avait ni la noblesse, ni le caractère solitaire et ombrageux. Mais il ne descendait pas non plus des babouins ou des macaques et de toutes ces espèces de petits singes hideux, sales, braillards, effrontés, vicieux, malappris, qui allaient par bandes hiérarchisées dans lesquelles on s’offrait pour se faire sodomiser en signe de soumission aux grands mâles dominants, détenteurs des femelles toujours enamourées de ceux qui avaient su imposer leur force au clan. Il était non moins clair que l’homme ne descendait pas de ces singes-là. Il en était, plus que jamais, à leur stade. »

Dès lors l’écriture peut-elle assouvir cette rage intériorisée d’appartenir malgré soi à cette société égocentrique, exclusivement centrée sur les intérêts personnels de chacun, si méprisante ?

Mais comment faire quand les doses du besoin d’écrire se font de plus en plus profondément ressentir, pour éviter qu’en pleine société l’on se mette à hurler ?

― Faut-il, se tuer à la tâche plutôt que vivre ?

― Se résigner à vivre en bête de somme, à jamais « intermittent de la maturité » (« Nous étions incapables de nous maintenir bien longtemps supérieures à ce qu’ordinairement nous sommes. Incapables de nous affranchir bien longtemps de ce que notre nature comporte de vulgarité, de bêtise, d’agressivité et de mesquinerie. Nous demeurions à jamais des intermittents de la maturité. De la naissance à la mort, aucun progrès. ») ?

― Qu’allions-nous brandir en résistance contre la bêtise du monde si nous n’étions, voués à « la noblesse de l’échec » du poète, si nous n’étions « souverainement fou » (à l’instar d’un Salvador Dalí), si nous n’étions à perpétuité amoureux ?

― Qu’allions-nous répondre et comment, sinon demeurer tels Les Énervés de Jumièges (cette toile d’Évariste Luminais représentant l’Effroyable de la vie condamnée de ces hommes suppliciés pour avoir osé livrer bataille au Roi, tendons des jambes et jarrets brûlés, Immobiles traversant leurs derniers instants de vie dans l’attente imminente, l’œil grand ouvert sur la mort, à dériver sur leur radeau par les eaux impassibles du monde) ?

― Faire preuve de sagesse en guise de résistance à la vulgarité, à la mesquinerie du monde ?

Comment imaginer que Le rire triomphant des perdants ne résonnera pas fort aujourd’hui, à notre œil grand ouvert, à notre oreille auscultant le monde et nous-mêmes à coups de marteau, à coups d’écriture ?…

Le rire triomphant des perdants, véritable « journal de guerre » fulminatoire et incendiaire de Cyril Huot  même s’il réagissait comme une bombe à retardement (puisqu’il faudra bien du temps pour décrasser la fange de bêtise recouvrant le théâtre de la société et éradiquer l’espèce séductrice et perverse  invasive  de la « bête sociale » telle qu’elle se prostitue aujourd’hui devant un public béat stupidement satisfait de la Goule ambitieuse et vénale qui pourtant le méprise)  le livre comminatoire de Cyril Huot, quel que soit le moment de sa répercussion, aura questionné et sondé efficacement : à coups de marteau les entrailles pleines de vide d’une société gonflée comme une baudruche par ses propres idoles – en hissant les valeureux spectres de ses naufragés volontaires au rang de véritables Vivants.

« Comment comprendre qu’un homme (Bukowski) qui a été aussi merveilleusement vivant puisse être mort aujourd’hui ?… », interroge Cyril Huot. Comment comprendre que les morts-vivants peuplant encore la société en soient arrivés là, qu’ils n’en soient encore « que là », au rang de la « Bête sociale » ? Comment imaginer que Le rire triomphant des perdants ne résonnera pas fort aujourd’hui, à notre œil grand ouvert, à notre oreille auscultant le monde et nous-mêmes à coups de marteau, à coups d’écriture ?…

Murielle Compère-Demarcy

  • Cyril Huot, Le rire triomphant des perdants, Editions Tinbad, novembre 2016, 214 p., 21 €.

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