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Initiation d’un américain déraciné

David Vann [1]

David Vann

L’écrivain américain David Vann, auteur notamment du recueil de nouvelles Legend of a Suicide, nous revient en beauté avec son dernier roman Impurs, une réflexion sur l’impureté en forme de récit initiatique : Zone Critique recommande chaudement. 

7 mars 2013 [2]

7 mars 2013

Impurs. Avant de lire le livre, on se demande de quelle impureté il s’agit. Quelle est la jauge d’évaluation? La religion? La société? La morale? L’hygiène? On sait d’emblée que les personnages seront impurs. Mais par rapport à quoi? La richesse du roman de David Vann vient de son refus de clairement répondre à cette question. L’impureté n’existe pas en soi. Sans justifier les actes de Galen, le personnage principal, le romancier nous amène vers des horizons troubles où l’on se surprend à comprendre, voire accepter le meurtre d’une mère et la fornication d’une cousine. D’une apparence certainement impure, l’attitude du jeune Galen nous piège parce que narrée de son propre point de vue. On le comprend parce qu’on est dans sa tête.

L’écriture nous bouscule sans arrêt. Pas de répit pour le lecteur. Simples, secs et violents par moment, les paragraphes se succèdent avec des interstices langoureux et poétiques, où l’écriture, comme le récit, semble arrêtée, en apesanteur, reprenant son souffle pour de nouvelles épreuves.

Epreuve initiatique

Parce que ce livre est une épreuve! Épreuve éminemment physique pour Galen, une sorte d’épreuve initiatique. Mais épreuve aussi pour le lecteur qui ressent les souffrances physiques causées par la chaleur, la faim et la fatigue. Un personnage à la vision philosophique et transcendante, sans cesse rattrapée par la banalité des besoins primaires. Un personnage trop sur-humain (au sens nietzschéen du terme) ou trop bête, animal. Mais un personnage assurément pas humain. Ce paradoxe est palpable dans tout le livre : ” il ne voulait plus jouer un rôle dans la société humaine. Il voulait se joindre au temps géologique. Mais il lui fallait d’abord tenir la journée, et même cela lui semblait aussi long que la transformation du désert en jungle“.

Jungle, désert, terre, soleil, montagne : la nature est omniprésente dans l’œuvre de Vann

Jungle, désert, terre, soleil, montagne : la nature est omniprésente dans l’œuvre de Vann. La nature comme la seule issue possible pour Galen. Une nature synonyme de disparition d’attaches humaines. Une nature devant l’aider à se soulever au-delà de l’humanité, ou alors à le rapprocher de la bête.

Passages lyriques, réflexions philosophiques, observation sociologique, description d’une nature savoureusement sauvage et une posture ni déterministe ni psychologisante, le roman de David Vann mérite à coup sûr d’être lu et RELU. N’est-ce pas là un signe qu’on a dans les mains non plus un simple roman, mais une œuvre littéraire?