Revenir au langage du passé pour honorer le présent ; voici le cœur des chants rassemblés dans Voici mon cœur, brise-le avec un marteau. Ces derniers s’inscrivent dans une tradition orale qui fait circuler la parole, celle qui transforme les individus et persiste au-delà du temps. Les voix féminines dominent ce corpus, affirmant une présence souvent effacée de l’histoire officielle. La répétition, la structure des refrains et les motifs récurrents ancrent ces textes dans une logique de transmission qui dépasse le cadre strictement poétique ; ce recueil met en évidence une articulation entre condition féminine, labeur, exil et fatalité.

Les chants s’inscrivent dans l’histoire du Portugal, où la parole chantée a longtemps porté la mémoire paysanne et ouvrière face aux mutations sociales et aux violences politiques. La Beira Interior, traversée par des influences chrétiennes, juives et musulmanes, a vu s’ancrer une tradition orale transmise de génération en génération. La voix des femmes y structure un répertoire lié aux cycles agricoles, aux rituels et aux résistances quotidiennes. Dans l’Estado Novo, la censure a frappé ces formes d’expression, perçues comme une menace par un régime hostile aux manifestations culturelles autonomes. Le chant a alors fonctionné comme une forme de transmission détournée, une parole échappant partiellement au contrôle du pouvoir. Ce recueil en restitue l’épaisseur historique et sociale. Derrière la plainte d’une mariée, la douleur du labeur ou le regret de l’exil, se dessine une réalité collective. Le Portugal rural et ouvrier s’exprime à travers une poésie qui ne relève jamais d’un simple lyrisme personnel, mais d’un témoignage ancré dans une expérience commune. Ces textes préservent cette mémoire et donnent à voir la manière dont le chant a parfois constitué un mode d’affirmation et de résistance.
Un répertoire ancré dans la condition féminine
Le mariage, le travail domestique et les contraintes imposées aux femmes constituent un motif structurant. La voix féminine circule entre regret et dénonciation, dans un espace où les choix individuels se heurtent à des impératifs collectifs.
Dans Laissez chanter les mariées, la répétition insiste sur une contradiction : « Mariée depuis seulement trois jours / La voilà qui pleure déjà » Le temps du mariage n’est pas celui de la célébration, mais plutôt celui de la résignation immédiate : l’image de la jeune fille pleurant déjà avant d’entrer dans sa nouvelle condition souligne une continuité plutôt qu’une rupture. La structure du texte met donc en tension la jeunesse insouciante et l’assignation sociale inévitable : « Quand j’étais célibataire / Je mettais des rubans dans mes cheveux »
Les chants s’inscrivent dans l’histoire du Portugal, où la parole chantée a longtemps porté la mémoire paysanne et ouvrière face aux mutations sociales et aux violences politiques.
L’ornementation féminine précède la perte de liberté. Le regret, jeté dans le langage, condense la prise de conscience brutale de l’illusion matrimoniale : « Je serais restée célibataire / Pas un garçon ne m’aurait embobinée ». L’expression du regret se mêle à une volonté de reprise de contrôle, trop tardive pour modifier un destin déjà scellé.
L’exclusion et l’assignation prennent aussi une forme végétale avec La Margaça, une « mauvaise herbe » qui devient métaphore du rejet : « La méchanceté pique également / Le cœur des hommes ». L’identification à la plante faire percevoir le rejet social comme une blessure physique. La strophe finale ne laisse aucune ambiguïté sur le degré d’exclusion subi : « Dont ne veulent même pas les animaux » L’isolement atteint une dimension totale, sans espoir de réintégration du groupe humain.
Travail et aliénation : un cycle immuable
Le labeur structure ces chants, soit dans une perspective de transmission du savoir, soit dans une dénonciation de l’exploitation. Dans