Expositions

« AUTOPORTRAIT » – Parler en silence

© Astrid Staes

Pour leur première exposition, qui débutera le 22 octobre 2021, la photographe Astrid Staes et la plasticienne Élia Valet ont décidé de s’unir, sur invitation de la photographe, dans un dialogue silencieux dans une galerie en plein cœur du Marais. Dans cette proposition, le spectateur pénétrera dans le non-lieu d’un corps en cire entouré de ses photographies, icônes mémorielles marquées par l’absence. « Autoportrait » s’inscrit dans le cadre de l’exposition internationale « IM-POSSIBILITY » d’Elena Korzhenevich, curatrice indépendante et co-fondatrice de la Fondation Moleskine, organisation à but non lucratif qui promeut des projets culturels afin de rendre la culture vivante et de favoriser le changement social par l’art.

« IM-POSSIBILITY », mais vrai !

L’exposition des deux artistes s’inscrit dans une exposition internationale conduite par Elena Korzhenevich. « IM-POSSIBILITY » est la rencontre à distance de vingt-deux artistes qu’ils soient de renommée internationale ou émergeants comme le sont Astrid Staes et Élia Valet. L’exposition est déstructurée, fragmentée en plusieurs moments aux quatre coins du monde : de Berlin à Moscou en passant par Soweto et ce jusqu’à Paris. C’est à l’invitation d’Elena Korzhenevich qu’Astrid Staes a eu la liberté d’organiser cette exposition et de rencontrer Élia Valet qu’elle a conviée.

Mirage

« Ego vox clamantis in deserto » semblent dire les deux artistes qui, avec leurs œuvres respectives, invitent au silence et à l’errance. Quel étrange titre alors pour une exposition qui ne montrent rien de la présence de la photographe et de la plasticienne, absentes de leurs compositions ! Voilà une exposition qui ne dit pas son nom et qui pourtant promet une plongée au cœur. Leurs esprits mis à nu, Astrid Staes et Élia Valet, qui partagent, toutes les deux, dans leur prénom une essence divine, se dévoilent non pas dans l’immédiateté de leur art, mais dans la mémoire de celui-ci.

L’exposition s’ouvre dans la Galerie du Forez, à quelques encablures de l’École Duperré. Dans l’étroitesse de la galerie qui se donne comme un long couloir blanc seront exposées les photographies argentiques d’Astrid Staes, jeune photographe parisienne d’origine lilloise, ainsi qu’un corps en cire de la plasticienne Élia Valet, étudiante à l’École Duperré. L’on aura l’impression d’un « temple où le silence est le secret d’entendre » pour reprendre un vers du poète Pierre Louÿs, tant les œuvres habiteront la galerie dans une union quasi-mystique, frappé du sceau du silence et de l’absence.

La déréliction d’une photographe

© Perrine Mechekour

Astrid Staes a l’œil sensible. Non pas qu’elle délaisse la technique, mais elle donne la préséance à ses sens, très fins, très subtils. Purgation des passions, besoin cathartique de s’abandonner dans l’immensité du vide, les images de la photographe sont des moments de méditation qui donnent sa place à l’ombre avec quelques lueurs d’espoir qui indiquent la présence au loin d’une étoile, peut-être, encore flamboyante, mais dont la lumière vacille pour devenir nova. Finalement, les images nous invitent à penser que la lumière possède une mémoire. Flotte dans cette lumière douce un temps révolu, agrégat de sensations et de sentiments, peau de l’âme délicatement suspendue par la photographe qui ouvre sur des histoires qui sont contes pour celui qui la regarde et leçon pour Astrid Staes qui la propose.

Flotte dans cette lumière douce un temps révolu, agrégat de sensations et de sentiments, peau de l’âme délicatement suspendue par la photographe qui ouvre sur des histoires qui sont contes pour celui qui la regarde et leçon pour Astrid Staes qui la propose.

Les photographies qu’elle nous propose sont une invitation à la solitude. Paysages désertiques, intérieurs délaissés, figures abstraites qui ressemblent à des fantômes, les photographies balaient un large éventail de représentations qui convergent tous vers une idée commune de l’absence et du silence. « Je suis ici et nulle part » semble dire Astrid Staes dans cette exposition intitulée « Autoportraits », pied de nez au genre qui, habituellement, représente celui qui l’annonce. Dans cette exposition, Astrid Staes n’est pas là. Et pourtant… Dans cette présence-absence, qui nous fait dire que la photographe n’est qu’une apparition dans ses photographies, demeure les traces du passé.

La consumation de la plasticienne

© Marie Deteneuille / Magazine Magazine

© Elia Valet

En dialogue avec les images, la plasticienne Élia Valet proposera une œuvre étonnante. Reposera sur le sol froid et gris de la Galerie du Forez un corps en cire moulé à partir d’un véritable corps. Coquille molle d’un humain qui n’est plus ? On pense alors aux masques mortuaires en cire que l’on réalisait pour garder la trace du défunt. On pense aux corps suppliciés de Pompéi ou encore aux traces humaines laissées par la déflagration de la bombe atomique lâchée à Hiroshima et Nagasaki. Puis, Élia Valet nous offre ce corps, inerte, doux, avec des mèches qui consumeront ce corps si fragile. Le corps devient autel, le corps devient prière, il devient l’idée même de l’absence en réalisation. En somme, Élia Valet met en scène la disparition dans toute sa matérialité alors qu’Astrid Staes donne à voir l’absence.

Le corps en cire paraît si simple. Et pourtant quelle complexité faut-il pour le réaliser ! L’exigence de la plasticienne demeure dans la simplicité de son art. Il est attention au temps, au processus de création et à la matière.

L’exigence de la plasticienne demeure dans la simplicité de son art. Il est attention au temps, au processus de création et à la matière.

Il y a de la passion là-dedans et une profonde sensibilité chez l’artiste à réaliser une telle œuvre. Dans son étude du vide et de l’absence, Élia Valet a très justement réussi à rendre matériel ce vide. Le vide devient sensible, il devient matière douce et délicate, prêt à devenir idée. « Qu’est-ce qui demeure ? » semble nous demander la plasticienne.

*

L’exposition « Autoportrait » se tiendra du 22 octobre au 29 octobre 2021 à la Galerie du Forez et promet un dialogue magnifique entre deux artistes dont les esprits se sont réunis autour d’une idée commune qui les habite et qui les mue dans leur travail respectif.

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