Nul si découvert – Valérian Guillaume

c Patrice Normand

Pour sa première édition, les jurés étudiants du Prix Étudiant des Arts et des Lettres (PEAL) ont choisi d’honorer le premier roman de Valérian Guillaume, Nul si découvert, publié aux éditions de l’Olivier. Acteur, metteur en scène et auteur, Valérian Guillaume signe un premier roman épatant qui a véritablement marqué les lecteurs du PEAL pris, alors, dans ce flot de mots et de pensées qu’est Nul si découvert.

Le tourbillon de la vie

Je citerai volontiers, pour ouvrir cette recension, le film de Robert Zemeckis, Forrest Gump, avec cette phrase fameuse prononcée par le personnage éponyme : « Maman disait toujours : ‘’La vie c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.’’ ». Le roman se présente de cette manière, une boîte de chocolats qui renferme plusieurs tableaux, sublimes et tragiques, qui renvoient à la vie même.

Le personnage de Nul si découvert a des airs de Forrest Gump, un homme dont la simplicité et la sincérité touchent, à tel point que l’on se demande si le personnage n’est pas, finalement, celui qui nous ouvrira les yeux. Il subit, sans mot dire, les railleries de certains, bourreaux du quotidien qui profitent de sa naïveté et de sa gentillesse.

Le protagoniste, dont on ne connaît pas véritablement l’identité, possède un regard sur le monde qui suscite de la compassion. Que ce soit avec la jeune femme qu’il rencontre à la piscine, et qu’il aimerait connaître plus avant, ou avec sa mère dont la présence-absence est quelque peu étrange, le personnage s’affranchit des codes de la société et ainsi questionne la normalité. Ainsi, il a les airs d’un personnage tout droit sorti de L’Idiot de Dostoïevski qui, sur le monde, pose son regard vrai et poétique.

Une poésie du prosaïque

Une des grandes forces de ce roman est la description des scènes qui sont comme des tableaux du quotidien qui s’impriment fortement dans notre mémoire. Les jurés ont été véritablement marqués par certaines scènes comme, notamment, le concours dans le supermarché. Ce lieu, éminemment représentatif de notre société de consommation, trouve, sous la plume de Valérian Guillaume, un autre aspect. « Il n’y a rien de plus laid qu’un centre commercial et il arrive à en faire quelque chose de beau », nous confie un de nos jurés. Sublime, parce que rendu à travers le regard du personnage, et tragique, parce que l’on est renvoyé à notre société dégradée, l’écriture de Valérian Guillaume agit comme une loupe.

Le titre est alors trompeur. « Nul si découvert », qui nous invite à ne pas gratter la case recouverte sur les tickets de jeu, prend tout son sens. Il faut ouvrir le livre, plonger, véritablement, dans le flux de l’écriture et, donc, gratter pour découvrir ce tout cela cache. « Nul si découvert » masque un système de cryptage pour éviter la fraude. Nul si découvert invite, à travers l’écriture profuse, à décrypter la société de consommation et ses conséquences.

Flux de conscience, de produits et de sentiments

L’expérience qu’est Nul si découvert ouvre sur une écriture qui peut, à certains égards, paraître déroutante pour son lecteur. Cependant, celle-ci fait sens. C’est un flux continu de pensées, sans ponctuation. Puis, l’on se retrouve happé par la conscience du personnage. Dans notre société, la pause n’existe pas, le silence n’existe pas, ce qui fait écho à la boulimie du personnage, allégorie de notre monde.

Le personnage court dans les rayons comme il court en sa conscience qui le tourmente sous la forme d’un démon intérieur inquiétant qui réveille en lui des pulsions consommatrices folles. Le volet psychiatrique ouvre sur la relation au monde. On se demande si le personnage n’est pas meilleur que nous. On se demande si le personnage n’est pas nous lorsque l’on perd pied. Cette inadéquation entre le sentiment et l’expression est quelque chose que tout le monde rencontre. Est-il un saint ou un fou ?

*

Nul si découvert est un roman mystérieux, un objet littéraire non-identifié avec lequel il faut prendre le temps pour en savourer toutes les subtilités et un style qui peut décontenancé. En ce sens, il est un roman puissant qui présente un personnage d’une force incroyable, d’autant plus que l’on ne sait rien de lui. Ainsi, le PEAL, vous invite à lire Nul si découvert avec sa plus grande joie !

  • Valérian Guillaume, Nul si découvert, Éditions de l’Olivier, 128 pages, 16€
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