2020 : les films préférés de la rédaction cinéma

Plus qu’à l’ordinaire, au moment de regarder derrière soi, de fermer les yeux pour visualiser avec les ratures du temps et de la mémoire les films aimés de l’année écoulée, des images parasites s’emparent de nos esprits. Ces images, ce sont tous ces films que nous n’avons pas vus, que nous avons attendus en vain, que nous avons rêvés et qui sont restés au seuil de notre imaginaire, sans que nous puissions assister à leur projection sur grand écran, au milieu d’une salle obscure, au milieu d’autres personnes qui, à partir d’une même promesse, se seraient construits d’autres rêves et d’autres voyages imaginaires. Ce sont tous ces films repoussés, décalés, annulés, qui sans personne pour les regarder, n’existent pas en tant que films. Ces films nous rappellent à quel point le cinéma est avant tout l’art du réel et quand le réel est à l’arrêt, la machine cinématographique s’enraye. Ils nous disent aussi que le cinéma est un exercice du désir, et du désir, nous en sommes emplis pour ces films invisibles. Nous avons hâte de les rencontrer et de vous les partager, car, à l’image des dix films que nous avons choisis pour cette année 2020, il nous faudra à l’avenir un cinéma des forces vives, de la bravoure et de l’invention, de l’intelligence et de l’émotion, qui se refuse à la résignation et à l’abattement.

 

1. Dark Waters de Todd Haynes

Encore une fois, Mark Ruffalo doit faire face à un monstre froid et sans visage, ne semant que désolation sur son sinistre passage. Un combat acharné contre la mort (et donc, contre le temps), qui a plus d’un point commun avec Zodiac. Édifiant film d’horreur, où le meurtrier psychopathe n’est ni plus ni moins que l’industrie chimique américaine.

Axel Biglete

Retrouvez la critique complète de Dark Waters

 

 

2. Uncut Gems de Josh & Ben Safdie

Uncut Gems symbolise peut-être un aboutissement dans la carrière des frère Safdie. Grand film d’aventure urbaine aux contours naturalistes, course effrénée de la mise en scène et du héros, les réalisateurs semblent clore une ère qui, espérons-le, les mènera vers l’exploration de nouveaux horizons terrestres et cinématographiques.

Théodore Anglio-Longre

 

 

3. Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret

Là où poindrait un scénario archi-rebattu du cinéma français, des premiers élans du désir à l’adultère bourgeois dans une maison de vacances, Emmanuel Mouret frappe fort. Son jeu de massacre sur un lieu commun déjoue tout lieu commun. Dans ces mille et un jours de l’amour, il s’agit avant tout de savoir avec un étincelant brio se raconter pour mieux séduire, donc survivre.

Hélène Boons

 

 

 

4. La Femme qui s’est enfuie de Hong Sang-soo

L’art de mettre en scène des conversations dénuées d’artifices. Les silences trament ce film de retrouvailles. De simples phrases sont répétées d’une amie à l’autre. Les hommes sont réduits à des intermèdes comiques, pris au piège de leur propre ridicule. L’intrigue est peut-être morale, filant cette idée que les mots comptent, qu’il faut savoir bien les choisir. Un écrivain qui parle trop est un écrivain perdu.

Léa Merle

 

 

5. Eva en août de Jonás Trueba 

Un conte madrilène et caniculaire dans lequel Éva, solaire Itaso Arana, erre dans les rues de sa ville natale dans l’idée de devenir « una persona de verdad », une vraie personne. De cet Éden estival se dégage un lumineux appel à l’apaisement : puisque le hasard rayonne sur chaque destinée, mieux vaut foncer, tête baissée, dans le labyrinthe de la vie. HB

 

 

 

6. Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood

Avec Le Cas Richard Jewell, Eastwood prolonge sa nouvelle obsession, la dissection du héros américain sous toutes ses formes. Le film, bien plus que ses prédécesseurs, se montre virulent avec les institutions du pays, et plus que jamais le protagoniste subit le rejet de l’opinion populaire : il ne fait pas bon d’être un héros aux Etats-Unis. TAL

 

 

 

7. City Hall de Frederick Wiseman

90 printemps et le regard toujours aussi limpide, Wiseman passe de l’Indiana rural à la grande cité bostonienne où il observe avec la même patience et la même sagesse le déroulement de la vie politique et citoyenne, reliant l’Amérique de Donald Trump à celle d’Alexis de Tocqueville.

Corentin Destefanis Dupin

 

Retrouvez la critique complète de City Hall

 

8. Hotel by the river de Hong Sang-soo 

Première chambre : un poète se prépare à retrouver ses fils. Deuxième chambre : une jeune femme reçoit son amie pour se consoler d’un chagrin d’amour. Hong Sang-soo nous invite à faire halte dans un hôtel pris dans la neige, et dans l’épaisseur des ressentiments. La blancheur du paysage étouffe la violence des fulgurances relationnelles. En résulte une certaine qualité d’angoisse, qui résiste aux volontés d’apaisement. Le réconfort n’aura pas lieu. Mais cette inquiétude insistante agite en nous une douce et belle amertume. LM

 

 

9. Strasbourg 1518 de Jonathan Glazer 

Des corps emmurés dans une chorégraphie aussi gracieuse que démoniaque, condamnés à la reproduire jour après jour, nuit après nuit, dans des appartements sans meuble et sans âme, sans savoir quand leur confinement dans cette fièvre dansante daignera enfin les achever. Fascinante tentative de figurer l’époque, à défaut de pouvoir y donner un sens. AB

 

 

10. 1917 de Sam Mendes

La tranchée est une ligne continue, le plan-séquence de 1917 en est l’expérience de la veille au matin. Ne pas donner l’assaut, voilà l’enjeu : arrivera-t-il à transmettre le message ? Vingt-quatre heures continues concentrées en deux heures : une aurore esthétique.

Blaise Marchandeau

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