Expositions

Rencontres d’Arles 2023 #1 — De films en images

Pierre Zucca. Judex de Georges Franju, 1963, tirage original. Avec l’aimable autorisation de la Succession Pierre Zucca.

À l’occasion de la 54e édition des Rencontres de la photographie d’Arles, Zone Critique propose une série d’articles au fil des différentes expositions. Expérimentations formelles et émergence de talents nouveaux se côtoient dans toute la ville. Point d’orgue de cette édition : le dialogue fécond entre les images photographiques et les images de cinéma. Retour sur six expositions mêlant les deux arts.

Agnès Varda. Filets de pêche à la Pointe courte, vue positive d’après un négatif, mars-avril 1953. Avec l’aimable autorisation de la Succession Agnès Varda / Fonds Agnès Varda déposé à l’Institut pour la photographie des Hauts-de-France.

Varda la vida

Vedette indéniable de cette 54e édition des Rencontres d’Arles, Agnès Varda est doublement mise à l’honneur dans la ville. Il faut en premier lieu faire halte au cloître Saint-Trophime pour y découvrir la splendide exposition consacrée à La Pointe courte, son premier long-métrage. S’ouvrant sur un extrait vidéo du générique du film, l’exposition montre combien le travail photographique de Varda constitue la basse continue de sa création cinématographique. Sétoise d’adoption, comme elle aimait à se décrire, Varda a longtemps arpenté le quartier de la Pointe Courte, sur les hauteurs de Sète, photographiant à l’envie les marins rentrant au port, les « pointus » — du nom des habitants de ce quartier — en plein travail, et les paysages offerts par la vie en bord de mer : épaves de bateaux, cordes à linge, pontons plongeant dans les flots. Différentes planches de photos en petit format carré permettent de voir la pensée de Varda à l’œuvre. Les photos prises durant ses promenades fournissent un premier matériau qui est ensuite réemployé dans les story-board dessinés à la main, Varda allant parfois jusqu’à reproduire certaines photos pour indiquer au mieux l’idée qui était la sienne au chef opérateur. De nombreux clichés saisissent également Pierre Noiret et Sylvia Monfort, acteurs principaux de La Pointe courte, et le noir & blanc presque hiératique des photos semble annoncer la tonalité des dialogues du film, régulièrement énoncés sur ce ton lent et précis qui a fait la marque du film. L’on découvre également que la séquence où les deux acteurs entrent dans la coque du navire échoué a été mûrement préparée et étudiée, comme en témoigne un nombre considérable de clichés consacrés à ce bateau.

Mais l’œuvre photographique d’Agnès Varda ne saurait se résumer à un pur et simple travail « préparatoire » de ses films. La suite de l’exposition rappelle que la photographie fut son premier métier — elle fut notamment photographe officielle du festival d’Avignon — et la scénographie insiste sur la place prépondérante qu’occupait la photographie dans l’univers de Varda. Bien souvent présentée comme la seule réalisatrice de la Nouvelle Vague, Varda fut une artiste aux multiples facettes, décloisonnant volontiers les arts. Les photos prises à la Pointe Courte s’émancipent en ce sens largement du pur travail de repérage. Varda a ainsi conçu une série de clichés au noir & blanc très travaillé où la vie à la Pointe Courte est restituée dans une émouvante proximité avec les habitants — tel ce gros plan sur les mains d’une femme étendant du linge. Tirant presque vers une forme d’abstraction, les tirages de cette série s’autonomisent pleinement pour s’affirmer comme un pan entier de l’œuvre de Varda. Cette exposition permet donc ainsi de montrer en quoi la photographie a intéressé Varda dès les débuts, puisqu’elle exposait dès juin 1954 ses propres tirages rue Daguerre dans le 14e arrondissement de Paris — le carton de l’invitation de cette première exposition fait partie des pièces rares et inattendues présentées au cloître Saint-Trophime.

Véritable traversée dans l’univers de Varda, cette exposition confirme, si besoin était, le talent protéiforme de cette artiste totale. En 2019, année de sa disparition, le Festival de Cannes avait pris pour affiche une photo de Varda en train de regarder dans une caméra, montée sur le dos de son chef opérateur. Ce cliché fait partie de ceux qui ont été pris lors du tournage de La Pointe courte. De Cannes à Arles, Varda aura été de toute les célébrations, pour célébrer le talent qui fut le sien.

Véritable traversée dans l’univers de Varda, cette exposition confirme, si besoin était, le talent protéiforme de cette artiste totale.

Cinéaste, scénariste, photographe, Agnès Varda fut également, vers la fin de sa carrière, une plasticienne originale et fantasque. En regard de l’exposition consacrée à La Pointe courte, la fondation LUMA présente une exposition conçue par l’historien d’art Hans-Ulrich Obrist à partir de ses archives personnelles : Un jour sans voir un arbre est un jour foutu. Prenant appui sur la collaboration entre Varda et l’historien d’art, cette exposition met l’accent sur deux projets d’installation menés par Varda. Une première salle présente les « cabanes de cinéma » pensées par l’artiste comme une manière matérielle de donner une seconde vie à ses films. Partant du principe que la matérialité du film réside dans les rouleaux de pellicule accueillant les milliers d’images qui constituent, mises bout à bout, le long-métrage, Varda a conçu et dessiné les schémas de différentes cabanes dont la structure serait uniquement constituée de bandes de pellicules. On peut ainsi consulter différents projets de « cabane », chacun étant lié à un film précis de la cinéaste ; mais surtout on peut visiter et pénétrer dans la « Cabane du Bonheur », ainsi nommée d’après le film éponyme de Varda. Sur une armature en fer, se déploient quatre parois entièrement constituées de pellicule photographique. Une fois dans la cabane, selon l’éclairage et l’orientation du regard, on peut ainsi voir toutes les images du film. Sentiment étrange et magique de se sentir entouré d’images, comme si nous étions littéralement plongés au sein du film. Au centre de la cabane, trois tournesols occupent l’espace, et on a la sensation qu’ils ne savent où tourner la tête tant les images solaires de Varda irradient la pièce.

La suite de l’exposition revient sur la présentation par Varda lors de la 50e Biennale de Venise, en 2003, de son œuvre la plus farfelue : le projet Patatutopia. Avec cette exposition, Varda met la pomme de terre à l’honneur : émue par la vision d’un tubercule en train de germer, symbole pour l’artiste de la régénération de la vie par elle-même et de la persistance de la condition végétale et humaine, elle a réalisé de multiples photos du légume en train de germer. Poussant la loufoquerie jusqu’au bout, Varda fait une apparition dans cette installation revêtue d’un costume de pomme de terre pour expliquer et commenter en direct son œuvre. Les images de Varda arborant sa coupe au bol bicolore sont à la fois émouvantes et drôles, témoignage de la richesse d’une artiste qui savait, sans se prendre nécessairement au sérieux, opter pour les arts les plus sérieux du monde et dans un geste toujours novateur, se renouveler sans cesse.

  • La Pointe courte. Des photographies au film, d’Agnès Varda, au Cloître Saint-Trophime à Arles jusqu’au 24 septembre 2023.
  • Un jour sans voir un arbre est un jour foutu, d’Agnès Varda, à la Tour LUMA à Arles, jusqu’au 30 avril 2024.

Les livres d’images des cinéastes

Creusant le sillon ouvert par l’exposition consacrée à La Pointe courte de Varda, les Rencontres d’Arles nous font pénétrer dans l’atelier des cinéastes. Lors de la préparation des films et en amont des tournages, c’est tout un usage singulier de la photo qui est mis à l’honneur. L’Espace Van Gogh présente en ce sens deux expositions fascinantes. On s’arrête en premier lieu dans la courte mais réjouissante exposition consacrée aux Polaroïds de Wim Wenders, captés par le cinéaste durant le tournage de son film L’Ami américain. Mettant en scène plus de cinéastes que d’acteurs, ce film affiche un générique impressionnant des grands noms du cinéma du XXe siècle : Dennis Hopper, Samuel Fuller, Nicholas Ray, Jean Eustache, Gérard Blain, pour ne citer qu’eux. Constituée d’extraits vidéo du film et de Polaroïds pris par le cinéaste lui-même, l’exposition montre comment le film s’est, pour ainsi dire, construit par l’accumulation de ces petites photos instantanées en format carré. Durant le tournage à Hambourg, Wenders parcourait les lieux en les photographiant. Ces clichés instantanés fournissent à la fois une matière réflexive sur le film — le cinéaste usant de ces photos pour concevoir la continuité de la trame narrative — tout autant qu’une partie intégrante du film lui-même. La scène où le personnage incarné par Dennis Hopper se prend en photo en retournant l’appareil contre lui tel une arme, inscrit dans le film lui-même cette importance de l’image photographique. Tourmenté moralement par le fait d’avoir convaincu un ouvrier innocent de commettre un meurtre, le personnage de Hopper semble vouloir se suicider via l’image, comme si en se photographiant, c’est-à-dire en « arrêtant » littéralement l’image au sein du film, il se supprimait. Exposition visuelle et immersive dans le processus de création de Wenders, Mes amis Polaroïds marque aussi un véritable processus réflexif dans la pratique du cinéaste et dans la conception de son art.

Exposition dense et foisonnante, déroutante sans doute, en ce qu’elle nous livre pour ainsi dire la part secrète du travail des cinéaste et leurs recherches à l’état brut, elle exhibe un nombre incalculable de pépites à ravir le cinéphile comme le curieux.

À l’étage de l’Espace Van Gogh, on découvre ensuite l’exposition consacrée aux scrapbooks de différents cinéastes. À mi-chemin entre le carnet de travail et le journal intime, collection d’éléments épars, le scrapbook nous fait pénétrer dans le laboratoire mental et artistique des cinéastes. Prenant souvent la forme d’épais cahiers où sont pêle-mêle collées photos, coupures de journaux, extraits de story-board, ou encore morceaux de dialogues ou de texte, les scrapbooks livrent les prémices de la conception d’un long-métrage. Exposition dense et foisonnante, déroutante sans doute, en ce qu’elle nous livre pour ainsi dire la part secrète du travail des cinéaste et leurs recherches à l’état brut, elle exhibe cependant un nombre incalculable de pépites à ravir le cinéphile comme le curieux. On s’arrêtera ainsi devant la longue vitrine qui présente le journal de Pedro Costa, tenu juste avant le tournage de son deuxième long-métrage Casa de Lava (1994). Articulant des morceaux de texte et des photos prises au Cap-Vert, on retrouve dans ce scrapbook la poésie à la fois volcanique et éruptive, sombre et tout en clair-obscur qui sera la marque de fabrique du cinéaste portugais. On découvre également l’influence qu’a pu avoir sur l’esthétique de Costa un film tel que Les Yeux sans visage de Franju. Dans les visages filmés en gros plan, les nuages de fumée qui nimbent les regards, on décèle certains thèmes qui se retrouveront dans la plupart des long-métrages de Costa — à l’instar de Vitalina Varela (2022), où les yeux des femmes et des hommes semblent émerger de l’obscurité comme des globes irradiant une lumière venue d’outre-tombe.

Considérablement influencée par l’esthétique de la beat generation, la pratique du scrapbook se révèle également un condensateur du matériau psychanalytique qui occupe les cinéastes. On retrouve en ce sens le travail de William Burroughs, expérimental et cinématographique avant la lettre en ce qu’il semble organiser une nouvelle dimension du visible par la rencontre de morceaux de texte et d’images retravaillées. Puisant dans les tréfonds de l’inconscient, mêlant le texte poétique aux photos découpées sur lesquelles il dessine, rature ou ajoute des mots. Un pan de mur entier présente ensuite le scrapbook de Jim Jarmusch, lequel découpe et archive depuis le début des années 2000 des coupures de journaux — principalement issues du New York Times. Le cinéaste réarticule, réarrange, et remanie ces images à la manière d’un scénariste préparant la trame d’un film. Tantôt inquiétants, tantôt amusants, ces collages de Jarmusch croisent l’actualité et l’invention : il assemble des photos où les visages des personnages ont été découpés, une photo où l’on distingue ainsi une réunion de dirigeants politiques — on croit reconnaître la silhouette de Trump — côtoie la photo d’un joueur de base-ball en plein lancer, ou celle d’un couple en train de s’enlacer. On retrouve, à travers cette pratique, l’art suranné du cinéaste pour le bizarre et l’étrange, lui qui a si souvent mis en scène des personnages errants ou « sans visages », tels les zombies de The Dead Don’t Die (2019), ou encore les vampires spectraux d’Only Lovers Left Alive (2013). Point saillant de la visite : la vitrine présentant le scrapbook de Stanley Kubrick tenu durant le tournage de Shining (1980). Épais volume renfermant des fausses coupures de presse, établies par le cinéaste lui-même et relatant les meurtres sauvages et énigmatiques perpétrés par Jack Torrance à l’Overlook Hotel durant l’hiver où il y résidait seul avec sa famille. Minutieux travail de compilation et de création journalistique, ce scrapbook témoigne de la rigueur maniaque avec laquelle Kubrick a conçu son film. La légende dit que la clef du mystère du film — qui sont les jumelles ? qui est la jeune femme de la chambre 237 ? — se trouve dans ce scrapbook. On enrage de ne pouvoir feuilleter à loisir le volume pour en disséquer les moindres détails, et l’auteur de ces lignes doit admettre ne pas avoir réussi à percer le mystère à l’issue de la visite. Mais la légende dit aussi que celui des chefs-d’œuvre est impénétrable.

  • Mes amis Polaroïds de Wim Wenders, à l’Espace Van Gogh à Arles, jusqu’au 24 septembre 2023
  • Scrapbooks. Dans l’imaginaire des cinéastes, à l’Espace Van Gogh à Arles, jusqu’au 24 septembre 2023

Mille plateaux

Dernier aspect de la relation entre cinéma et photographie mis en valeur cette année à Arles : la notion de mise en scène et de mise en espace. Souvent considérée comme une pratique ancillaire par rapport au cinéma d’une part, et à la photographie « d’art » d’autre part, la photographie de plateau se révèle d’une richesse insoupçonnée. À l’étage du Monoprix, on trouvera donc une sélection de clichés de Pierre Zucca présentés et rassemblés par Aurélien Froment. C’est ainsi toute une certaine histoire du cinéma des années 1960-70 qui se déploie sous les yeux du visiteur : Judex de Georges Franju, ou encore l’expérimental Out 1 de Rivette. Saisis sur le vif d’une prise interrompue, d’une pause sur le tournage, les clichés de Pierre Zucca se démarquent par une forme de spontanéité et de proximité avec celles et ceux qu’ils capturent — à l’instar de cette splendide photo de Jacqueline Bisset se dénouant les cheveux sur le tournage de La Nuit américaine de Truffaut.

L’exposition ne se limite toutefois pas à une succession de photos de plateau, mais montre également le travail de composition des affiches de film. Souvent issues de photos prises lors du tournage, elles sont ensuite retravaillées — ou parfois colorisées pour les films les plus anciens. Citons ainsi l’affiche de L’Amour fou de Rivette, composée de la superposition de plusieurs images de plateau où l’on voit un couple s’embrasser. On navigue ainsi au fil de l’exposition dans différents films où l’on croise Anna Karina dans La Religieuse de Rivette, ou encore Truffaut capturé en costume lors d’une scène de L’enfant sauvage. Une exposition simple et émouvante, tant elle s’éloigne des standards de la « photo d’acteurs » pour embrasser au plus près la vie sur un plateau de tournage. Il faut à ce titre souligner la subtile mise en abyme opérée par la présentation de multiples clichés issus de La Nuit américaine. Ce film qui jouait du ressort du « cinéma dans le cinéma », revit ici par les photos de Zucca, figeant sur pellicule la mise en scène de ce film sur la mise en scène.

Eveningside 2012-2022

Gregory Crewdson. Starkfield Lane, série An Eclipse of Moths, épreuve pigmentaire, 2018-2019. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Pour conclure la grande traversée arlésienne dans les images cinéphiles, on se rendra à la Mécanique Générale, nichée au cœur d’une petite oasis de verdure, non loin de la Tour LUMA. Est présentée dans ce vaste espace l’impressionnante exposition Eveningside 2012-2022 du photographe américain Gregory Crewdson. Conçue comme un triptyque rassemblant trois séries — Cathedral of the Pines, An Eclipse of Moths, Eveningside — cette exposition sonde les contradictions et les déboires d’une Amérique toujours rivée à son « rêve », mais engluée dans une misère croissante et un délabrement de ses idéaux. Présentées dans des tirages grands formats, sur épreuve pigmentaire, les photos de Gregory Crewdson frappent par leur force de mise en scène et leurs multiples couches de significations. Ici une jeune fille à demi nue, les pieds dans la boue et le regard vide tourné vers ce qui semble être les rêves brisé d’une Amérique en lambeaux ; là une rue déserte, barrée d’un lampadaire tombé au sol et un homme perdu, sorti d’une voiture, le tout nimbé d’une atmosphère crépusculaire. On traverse ainsi cette exposition, comme on traverserait une Amérique rongée de l’intérieur par des démons jamais conjurés. Mais plus encore, au fil de cette exposition, le visiteur est saisi du sentiment de voir défiler un long film qu’on aurait découpé plan par plan, comme pour appuyer sur l’effort de mise en scène que chaque plan propose. Eveningside 2012-2022 s’apparente à un long film catastrophe sur une Amérique en lambeaux. Il faut s’attarder, à la fin de l’exposition, dans une petite salle obscure où est projeté un film montrant comment se déroulent les séances photos de Gregory Crewdson. Travaillant comme un chef-opérateur de cinéma, une large équipe de plus d’une douzaine de personnes l’entoure, attentive au moindre détail de mise en scène : reflet d’un visage dans un miroir ou une flaque d’eau, objet visible à travers la fenêtre d’un salon de coiffure, orientation du regard, tout est calculé dans les moindre détails, faisant de chaque photo un véritable « plan de cinéma ».

Images de cinéma, images de tournage, ou photos de mise en scène, ces six expositions présentées durant la manifestation arlésienne exhibent de manière tantôt émouvante, tantôt savante, les liens qui se tissent entre cinéma et photographie. Comme une manière de fixer le temps toujours en mouvement de la pellicule, la photographie semble ici rendre possible un arrêt du temps, comme pour suspendre de manière intemporelle le mouvement de la vie que le cinéma restitue, quant à lui, dans son étirement.

  • Théâtre optique de Pierre Zucca & Aurélie Froment, au Monoprix d’Arles, jusqu’au 24 septembre 2023.
  • Eveningside 2012-2022 de Gregory Crewdson, à la Mécanique Générale à Arles, jusqu’au 24 septembre 2023.
Imprimer cet article Imprimer cet article
© 2022 Zone Critique
Facebook Zone Critique Instagram Zone Critique YouTube Zone Critique