Depuis quatre ans déjà, Zone Critique rend compte du Cinéma du Réel, grand rendez-vous du cinéma documentaire affranchi et radical. Cette année, nous souhaitions quitter la forme journalistique pour prendre davantage le temps, ne pas courir à la critique mais faire mûrir les réflexions et les envies, être dans le moment. Après une semaine à parcourir les salles du Quartier latin, voici nos regards et nos notes sur le festival, ses films, ses cinéastes et ses ambitions.

Cette semaine, une horde de jeunes – et moins jeunes – cinéphiles bloquaient le passage devant le cinéma l’Arlequin, dans le 6e arrondissement de Paris. Massés en petits groupes, on y discutait programmes, projections à venir et possibilités de dégoter des places pour la trilogie Jeunesse du documentariste star Wang Bing, dont deux des films étaient diffusés en avant-première. Des attroupements similaires s’apercevaient au Christine, au Saint-André-des-Arts et au Reflet Médicis, s’agglutinant sur la chaussée, signe d’un festival vivant et ayant gagné, en quittant le Centre Pompidou, pignon sur rue.
Tel était le mot d’ordre de cette 47e édition : rendre le documentaire visible dans l’espace public, attirer de nouveaux spectateurs, faire émerger de nouvelles réflexions. Fidèle à lui-même, le festival a laissé une grande place aux interrogations en tous genres et aux œuvres de toutes formes, se faisant le flambeau de la diversité et de la liberté du cinéma documentaire. Cette exigence, au cœur de l’identité du Cinéma du Réel depuis ses débuts, se voit renouvelée chaque année par sa programmation attentive et engagée. Avec la volonté de mettre en lumière ceux qui font vivre ce festival et lui donne toute sa singularité, Pauline Ciraci a rencontré Catherine Bizern, directrice artistique du Réel depuis 2018. Un entretien réalisé en amont du bouillonnement festivalier, pour parler du sens de cette édition, de l’équilibre précaire des festivals en France et de la capacité d’action du documentaire et des cinéastes face à l’affolement du monde. Que faire ? Pourquoi faire ? Que peut-on face aux évènements, face à l’histoire ?