Dans un collège de Saint-Nazaire, deux adolescents poussent un de leurs camarades, Hugo, au suicide. Vous parlez de mon fils, le nouveau roman de Philippe Besson, est l’histoire de sa descente aux enfers racontée par la voix de son père. Sans pathos et sans moralisme, l’écrivain charentais s’attache à nous décrire les conséquences du harcèlement scolaire sur le quotidien d’une famille ordinaire. En résulte un texte très émouvant qui dépeint en creux le récit glaçant d’une mise à mort. 

Comment raconter le harcèlement scolaire ? Comment en faire le sujet d’un roman sans tomber dans l’apitoiement et la leçon de morale ? Philippe Besson parvient à éviter ces deux écueils en faisant du père d’Hugo, Vincent, le narrateur de l’histoire. Il nous donne accès à un point de vue singulier, la voix du père. Une voix que l’on entend rarement, même dans les médias. 

Vincent est un père de notre époque, un type ordinaire, qui travaille sur les chantiers navals de Saint-Nazaire. Dans son monologue écrit sous la forme d’une confession, il avoue n’avoir pas tout à fait compris ce qui se passait, peut-être même a-t-il préféré le déni. Il le reconnait, c’est sa femme Juliette qui a agi la première. Un jour, elle s’est postée devant le collège pendant la récréation, sans se faire voir. Il lui a fallu moins de cinq minutes pour « voir un truc » comme elle dit. Deux garçons en train de malmener leur fils. Quand Juliette raconte à son mari ce qu’elle a vu, il lui répond que « c’était sûrement pour rigoler » avant d’ajouter que « les gamins, ils sont comme ça. Surtout à cet âge-là ». Le père minimise l’événement, un peu par incompréhension, un peu pour se rassurer. Le texte ne le condamne pas. Au contraire, il représente avec beaucoup d’humanisme les ambivalences dans lesquelles chacun est pris. 

Le père d’Hugo le reconnaitra plus tard, il n’a pas une personnalité combative et entreprenante : « Juliette prétend que je dois aller contre ma nature » dit-il « que c’est pour la bonne cause, que ça dépasse largement “ma petite personne”, qu’on s’en fout de mon confort personnel, et de mon besoin de tranquillité. Alors le fossé se creuse ». C’est aussi une des singularités de ce roman. Il donne à voir les effets du harcèlement scolaire sur la cellule familiale, et en particulier sur le couple. 

Ce n’est pas seulement ce qui se passe dans le secret de la cour de récréation, c’est aussi le système qui protège les agresseurs.

Les parents, qui cherchent pourtant à faire front uni pour rassurer leur enfant, se retrouvent confronter à des divergences morales. Juliette veut immédiatement agir. Elle fait un scandale dans le collège pour rencontrer le principal. Elle cherche à tout prix à parler à son fils, quitte à le brusquer pour qu’il avoue ce qu’il vit. De son côté, son mari préférerait ne pas faire de vagues. Il aimerait qu’une simple discussion avec son fils permette de changer les choses. 

Il lui explique qu’être plus doux et plus sensible que les autres garçons est une chance. Puis, sans le vouloir, il atteint le point douloureux. Lorsqu’au détour d’une conversation, son fils lui demande si ça le « ferait chier » qu’il soit homo, il répond que non, mais qu’il préférerait qu’il ne le soit pas, « mais pas parce que j’ai un problème avec ça, hein » ajoute-t-il, « non, parce que la vie est plus dure pour eux. Tu en es la preuve ». 

Philippe Besson ne raconte pas n’importe quelle histoire ...