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Conte initiatique et réalisme à l’anglaise

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Les acteurs Conner Chapman et Shaun Thomas

Arbor et Swifty sont deux gamins d’un quartier populaire de Bradford, dans le Nord de l’Angleterre. Pas franchement intéressés par l’école, ils préfèrent trainer dehors et s’enfiler quelques canettes de bière à l’occasion. Suite à leur rencontre avec Kitten le ferrailleur, ils vont peu à peu s’enfoncer dans le petit monde du trafic et de la débrouille, pas forcément pour leur plus grand bien.

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18 décembre 2013

Un champ dans lequel se découpent les silhouettes de chevaux, un ciel étoilée et irréel prend la moitié de l’écran ; c’est cette première image que l’on retiendra surtout du film de Clio Barnard. Pourtant, si le premier plan nous fait la promesse d’un conte, le film participe plutôt d’une forme hybride située quelque part entre le récit d’initiation et la fiction naturaliste.  Hélas, la réalisatrice parvient difficilement à équilibrer ces deux aspects.

Le récit suit les péripéties du jeune Arbor, gamin prolo sujet à de violentes crises de colère, en alternant moments de contemplation et accélération de l’action dans des points d’apogée dramatique. Seulement, la répétition de ce schéma à tendance à l’essouffler. Les différents points culminants du récit sont placés au même niveau d’intensité dramatique, ce qui finit par annuler toute émotion chez le spectateur. En plus de ce problème de construction du récit, le film perd également de son impact par  une morale finalement assez attendue : quand les enfants font des bêtises, il finissent par avoir des ennuis.

Parallèlement à ce parcours initiatique, le Géant Egoiste s’inscrit dans la veine réaliste du cinéma britannique en figurant la vie prolétaire d’un quartier de Bradford. Le pari est particulièrement réussi grâce au temps accordé à la figuration des paysages. En effet, Clio Barnard prend le temps de filmer ce non-lieu, ni vraiment campagne, ni vraiment ville, qui se retrouve en périphérie des villes et où se côtoient champs à l’abandon et pylônes électriques. La dualité de cet espace, entre nature et modernité, imprègne le film qui ne cesse d’en jouer : la froideur des machines contre la chaleur des chevaux, la nervosité d’ Arbor en opposition à la bonhomie de Swifty , le double-jeu de Kitten, tour à tour paternel et inquiétant.

Finalement, c’est dans la performance des acteurs que le film trouve sa puissance

Finalement, c’est dans la performance des acteurs que le film trouve sa puissance. Conner Chapman, qui tient le rôle principal, est un gamin du cru et possède une gouaille et une spontanéité qui sert parfaitement le récit. Les rôles secondaires sont eux aussi parfaitement incarnés, du meilleur copain Swifty à la mère de famille sans le sous, en l’occurrence jouée par Siobhan Finneran, la méchante femme de chambre de Downton Abbey.

Pauline Gounelle