Les mille couleurs de Georgia O’Keeffe

 

Road to the Ranch, 1964

Avez-vous déjà visité l’extraordinaire exposition de Georgia O’Keeffe ? Si ce n’est pas le cas, vous avez sûrement déjà entendu son nom. Américaine avant-gardiste, c’est l’une des premières artistes dans l’histoire de l’art à marquer son époque. Femme reconnue, elle est notamment l’artiste la plus vendue au monde. Ainsi, le centre Pompidou lui offre l’honneur d’une rétrospective majestueuse.

Toute sa vie et son évolution picturale se déroulent sous nos yeux, mais bien plus encore, le musée nous dévoile également l’unique personnalité qu’était Georgia O’Keeffe. À travers des citations, des lettres et des vidéos, nous comprenons ses inspirations, son travail et la femme qu’elle était.

Qui était Georgia O’Keeffe ?

Arthur Dove, Orange Grove in California, by Irving Berlin, exposé dans la galerie de Stieglitz en 1927

Avant de commencer notre aventure autour de l’exposition, voici quelques points-clés à connaître : artiste américaine née en 1887 et morte en 1986, O’Keeffe s’intéresse à l’art assez jeune et étudie à l’Art Institute de Chicago et à l’Art Students League of New York. Elle part enseigner le dessin au Texas, mais retourne à New York pour retrouver son futur mari et la personne influente dans son travail : Alfred Stieglitz, le célèbre photographe. À la suite d’un voyage, elle tombe éperdument amoureuse du Nouveau Mexique et s’y installe en 1949. Cette terre sera sa principale source d’inspiration. À la fin de sa vie, des troubles de la vue ne lui permettent plus de peindre. Elle se tourne alors vers la céramique et laisse exprimer ses mains.

Deux Amours : la galerie 291 et Alfred Stieglitz

L’exposition est conçue chronologiquement. Ainsi, la première salle est consacrée à ses modèles  d’inspirations et au lancement de sa carrière. Sont alors exposées les œuvres des artistes de la galerie 291, galerie New Yorkaise avant-gardiste où y figuraient les plus grands artistes de son époque comme Pablo Picasso, Henri Matisse, Paul Cézanne ou encore Auguste Rodin. On y retrouve également les œuvres d’Alfred Stieglitz, le propriétaire de la galerie, un photographe américain avant-gardiste. Fervente admiratrice, Georgia rêve d’y être un jour exposée. Par le biais de son amie, Anita Pollitzer – qu’elle avait rencontrée à l’université –, elle présente des dessins à Stieglitz en 1916. Celui-ci reconnaît tout de suite son talent et les expose quelques mois plus tard. Il exposera chaque année les œuvres de Georgia, et ce jusqu’à sa mort en 1946. Une belle relation se crée entre les deux artistes. Des lettres adressées à Stieglitz y sont exposées et révèlent la qualité humble et pure d’une Georgia encore incertaine de son talent. « Je ne fais qu’essayer d’exprimer ce que j’ai au plus profond de moi… » écrit-elle. 

Peinture, Liberté et Féminité

Light of Iris, 1964

En suivant le parcours de l’exposition, un grand espace nous mène à découvrir l’évolution picturale de l’artiste. Son œuvre commence dans le figuratif, traverse l’abstrait pour enfin s’ouvrir à une avant-garde minimaliste. Plusieurs séries de peintures s’offrent à nous : les fleurs, les abstractions, la ville, les montagnes, le désert et enfin le minimalisme. À travers ces séries, même un œil néophyte constate tout de suite cette inexplicable qualité qui rend l’œuvre de Georgia O’Keeffe si spéciale et si unique. Ce qui est assez incroyable est sa qualité à traduire la nature. Comme la plupart des grands peintres de l’histoire, elle trouve une manière bien à elle de la décrire. Elle déploie sa propre vision, s’affranchissant de l’influence des peintres français et de l’idéalisation qu’avaient les artistes américains pour la France. Elle devient ainsi un symbole, ce qui lui vaudra d’être la première artiste femme à intégrer le MoMA en 1929. 

S’imposant comme une femme indépendante, forte, sensuelle et féministe, Georgia O’Keeffe s’oppose aux valeurs misogynes de son époque et revendique sa liberté dans ses choix, ses idées et dans sa personne.

Lorsque l’on parle d’une œuvre de Miró, Matisse, Picasso, Monet, Cézanne ou Van Gogh, leur nom n’est plus associé à l’homme, mais à l’artiste. Jusqu’à Georgia O’Keeffe, aucune femme n’avait atteint ce statut. Elle fait alors tomber ces barrières pour de nombreuses artistes à venir comme Yayoi Kusama, Louise Bourgeois, Niki de Saint-Phalle, Louise Nevelson, Cindy Sherman. S’imposant comme une femme indépendante, forte, sensuelle et féministe, Georgia O’Keeffe s’oppose aux valeurs misogynes de son époque et revendique sa liberté dans ses choix, ses idées et dans sa personne. Ce désir d’affranchissement et d’affirmation est comme un éclat dans ses œuvres. Un indéniable caractère de liberté et de sensualité se dégage de ses peintures, et grâce au sublime traitement des couleurs, s’ajoutent douceur et majesté. Ces éléments sont tout aussi présents dans son œuvre figurative que dans ses peintures abstraites et minimalistes. Là est aussi sa force. Sa personnalité est toujours traduite dans son œuvre, peu importe le style emprunté. 

Des louanges tant méritées

Très reconnue et honorée, elle recevra de nombreux prix et médailles. En 1962, elle devient la 55e membre de l’Académie américaine des arts et des lettres. En 1966, elle est élue à l’Académie américaine des arts et des sciences. En 1977, elle reçoit la médaille présidentielle de la Liberté, remise par le président Gerald Ford. Enfin, lui est attribuée la National Medal of Arts en 1985. Aujourd’hui cette grande artiste est exposée dans plus de vingt musées dans le monde. Il était temps qu’une exposition dans le prestigieux Centre Pompidou lui soit consacrée !

Sidonie SAKHOUN

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