Journal de Cannes #4

Aujourd’hui, nous amarrons notre navire cannois en Colombie, en Islande et en Iran avec Amparo de Simón Mesa Soto sélectionné à la Semaine de la Critique, Lamb de Valdimar Jóhannsson à Un Certain Regard et Un héros d’Asghar Farhadi en Compétition officielle.

  • Amparo de Simón Mesa Soto

8h30 du matin. Je me trouve dans un lieu reculé du palais et des marches rouges : l’espace Miramar, le haut lieu de la Semaine de la Critique. Je m’apprête à découvrir le film colombien Amparo. Il n’est pas difficile de s’immerger dans l’univers du réalisateur. Simón Mesa Soto fait le choix de la simplicité. Une héroïne, Amparo. Un drame, la mobilisation de son jeune fils. Des moyens à mettre en œuvre. Amparo n’est pas un film contemplatif. Amparo est un film d’urgence. L’héroïne est à la fois femme, fille, mère et amante. Elle ne pleure pas, elle n’a pas le temps de pleurer. Elle doit encaisser les coups et agir. La caméra met en exergue les traits d’Amparo. Son visage impassible, son regard figé, sa souffrance contenue. Sa puissance, sa détermination, sa sagesse. Face à la lâcheté de son amant et la malveillance de sa mère, l’amour qu’Amparo voue à ses enfants ne décroît pas. Un jour, le volcan se réveille : les larmes coulent et la parole jaillit. Amparo est un long-métrage aussi sensible qu’efficace, une ode à l’amour et à la persévérance ainsi qu’une condamnation de l’injustice et de la cruauté humaine.

  • Lamb de Valdimar Jóhannsson

Dans une ferme au nord de l’Islande, un agneau vient au monde. Là où vivent María et Ingvar, tout n’est que désolation, brume et montagnes en arrière-plan. Point de tendresse, de regards ou de mots au sein de la maisonnée. Seul le bêlement des brebis vient troubler leur silence. Un silence pesant. Rapidement, l’agneau devient un élément catalyseur dans le couple. Arraché à sa mère puis confiné dans un berceau, le divin enfant s’anthropomorphise. A savoir que Valdimar Jóhannsson puise son inspiration dans le folklore islandais. Le film qui jusque là se montrait austère créé la surprise parmi le public de la salle Debussy. A la vue de cette créature mi-agneau mi-bébé sortie tout droit d’un film de Guillermo del Toro, les éclats de rires fusent. Je reste pour ma part stoïque face à cette créature monstrueuse qui ne parvient pas à me décrocher l’ombre d’un sourire. Comment s’émouvoir face à ce couple ascétique et glaçant, face à ce bébé hybride illégitimement dérobé ? Lamb me paraît être un film d’horreur avant d’être un film d’auteur. Que dire si ce n’est que de ce premier long-métrage se dégage beaucoup de froideur et un soupçon de frigidité, le tout servi avec une touche d’humour à l’islandaise.

  • Un héros d’Asghar Farhadi

Je monte à nouveau les marches rouges mais cette fois-ci en compagnie d’un ami réalisateur, ce qui me vaut de me retrouver sous les feux des projecteurs le temps de quelques photos. J’en oublie d’enlever le sésame pendant à mon cou, ce qui me vaut la réprobation gestuelle d’une photographe zélée. Un héros fait partie de ces films qui, à l’instar de Titane de Julia Ducournau, bénéficient déjà de l’encensement des fidèles avant même que ces derniers n’aient visionné le long métrage en question. L’effet Farhadi. La dimension artistique est totalement absente du dernier film du réalisateur. Des mots reviendront fréquemment : créancier, pièces d’or, dette, prison… Un héros oscille entre le conte moral et le thriller mais peine à répondre aux exigences des deux genres. Les dialogues creux reviennent sans cesse comme un boomerang, agaçant les spectateurs en quête de réflexion. Impossible de savoir si nous devons éprouver de la pitié ou du dégoût envers le protagoniste. Je n’ai pu ressentir que de l’aversion pour ce prisonnier indécis, lâche et arrogant qu’Asghar Farhadi semble vouloir disculper à tout prix. Si certains s’inclinent devant l’efficacité de ce long-métrage, d’autres plus critiques déploreront l’absence de poésie visuelle et de profondeur psychologique. Les amateurs de thrillers méthodiques trouveront ce long-métrage à leur goût mais que les amoureux de la culture iranienne et de la finesse s’abstiennent et courent voir Hit the road de Panah Panahi.

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