Premier long-métrage thaïlandais sélectionné à la Semaine de la Critique à Cannes, le féroce et fantaisiste Fantôme utile, réalisé par Ratchapoom Boonbunchachokes’est imposé en remportant le Grand Prix de cette édition 2025. On y parle de fantômes, d’exploitation ouvrière, de répressions et d’amours disparues.

Une nuit, un lady boy (Wanlop Rungkumjad) entend son aspirateur tousser. Stupéfait, il réalise que ce dernier a recraché toute la poussière aspirée le jour précédent. Cette première inversion pose le décor du monde de Ratchapoom Boonbunchachoke, où le réalisme magique affleure et où tout semble sens dessus dessous. Cet univers où tout va de travers devient rapidement le miroir grossissant d’une société thaïlandaise dominée par des désirs d’oubli. 

Un peu à la manière de Sous le ciel de Koutaïssi du réalisateur géorgien Alexandre Koberidze, Fantôme utile fait de la voix-over un principe narratif qui donne à voir la magie qui imbibe le quotidien. Sur un mode proche du conte, le long-métrage est guidé par la voix d’un mystérieux réparateur d’aspirateur qui apparaît sur le seuil de la porte de notre lady boy. Cet étonnant narrateur lui raconte l’histoire d’amour contrariée entre un homme, March (Witsarut Homhuan) et sa femme, Nat (Davika Horne), qui, incapable de le quitter après sa mort, décide de hanter leur aspirateur pour rester éternellement avec lui – au grand dam de la famille de March. Gestionnaire d’une usine d’aspirateurs qui connaît la visite régulière de revenants mécontents, sa belle-famille tente dès lors de faire appel à des moines bouddhistes pour exorciser l’esprit de Nat, avant de céder à la tentation d’y aller à coup d’électrochocs.

Retourner à la poussière

Jouant à la fois d’un imaginaire proche de celui de la science-fiction – on pense à Her (2013) de Spike Jonze qui déjà travaillait sur l’attachement que l’on peut entretenir avec les objets – que de celui de la légende ancestrale, Ratchapoom Boonbunchachoke propose là une histoire queer au sens large du terme. Cequi commence comme un mélo se mue progressivement en une histoire à plusieurs pans où se croisent hommes politiques hantés par leurs crimes, moines bouddhistes transformés en exorcistes et fantômes ouvriers d’usines mécontents qui décident de continuer à hanter leurs patrons. La mémoire, sujet nod...